LES PRERHERS REPRESENTANTS DE LA TRADITION CATHOLIQUE
Le profond contemplatif, le doux mystique, l'intrépide confesseur de la foi, Ignace d'Antioche, est
(1) PMlipp., II. 5-lJ. — Cf. A. Crampon, in h. 1.; P. Prat, La Théologie de saint Paul, I, pp. 438-451, II, pp. 232-233; J. LEBREX TON, Les Origines du Dogme de la Trinité, pp. 320-325.
un des premiers théologiens de l'Incarnation. Citons le passage célèbre : « Il n'y a qu'un seul médecin, corporel et spirituel, engendré et inengendré, devenu Dieu dans la chair, dans la mort vie véritable, de Marie et de Dieu, d'abord passible et alors impassible, Jésus-Christ Notre-Seigneur (i). »
Les termes dont se sert Ignace montrent que dans sa pensée les attributs divins et les attributs humains conviennent au Christ simultanément. « Si l'on songe que la préexistence de Jésus-Christ aussi bien que sa divinité pendant sa vie terrestre ne font aucun doute pour saint Ignace {Magn., \i, i; Ephes., I, I, XIX, 3), le sens général de ces textes ne paraîtra pas douteux : l'évêque d'Anlioche attribue ici au Sauveur simultanément les qualités de l'homme et de Dieu (2). »
C'est tout le dogme de l'Incarnation qui est condensé en ces mystiques formules : deux natures, la di^•inité, selon laquelle il est Dieu, spirituel et inengendré; l'humanité, selon laquelle il est fils de Marie, passible, etc.; une seule personne, c'est un seul et même médecin qui est à la fois inengendré et engendré.
L'épître de Barnabe nous fournit aussi un témoignage de grande importance. « Le Seigneur, qui est le Fils de Dieu, a apparu dans la chair, afin de ne pas nous éblouir, car les hommes ne sauraient fixer le soleil, œuvre de ses mains, et afin de vaincre la mort dans la chair et de faire la preuve de la résurrection de la chair et d'expier tous les péchés de ceux
(1) s. ICNAT., Ephes., VII, 2. — Incngendrf signlûe Ici tncréé. (9) J. TixtROST, Histoire des Dogmes. I, las I3J.
qui ont persécuté ses prophètes (i). » Voilà encore une même personne en deux natures, Dieu et Fils de Dieu, et victime dans la chair, dont les souffrances ont une valeur divine et peuvent satisfaire surabondamment pour tous les crimes du genre humain.
Saint Justin prouve pareillement que Jésus-Christ est le Verbe, le Fils de Dieu fait chair et devenu homme, qui est véritablement corps. Logos et âme (2). — Dualité des natures : la divinité, Fils de Dieu et Logos; l'humanité, âme et corps; unité de personne, le même Christ est tout ensemble Verbe et chair. Dieu et homme.
Saint Irénée, à mesure qu'il développe sa belle théorie de la récapitulation de toutes choses dans le Christ, établit, en termes équivalents, le dogme de l'union hypostaticjue. C'est une communion de Dieu et de l'homme, telle que le Verbe a été suspendu sur la croix. Il fallait au Christ, avec cette unité personnelle, la dualité des natures; il devait être réellement Dieu et réellement homme pour être médiateur entre le ciel et la terre, pour vaincre le démon et triompher de lui en toute justice (3).
Chez Clément d'Alexandrie, le Christ est représenté avec deux natures, il nous est utile comme homme et comme Dieu; et avec une seule personne, si bien que le Verbe vivant et enseveli avec le Christ est exalté avec Dieu (4).
(1) barnab., v. 5-12.
(2) s. JUSTIN., Blalog., lxiv, LXVin, c, ex.; P. G., VI, 621, 632, 709-711, 732.
(3; s. IREN., V Cont. Hxres., cap. xvin, l; P. G., VII, 1172. — III Cont. Haeres., xvm, 7; P. G., VII, 936-938. (.4) Clem. Albxandr.. Cchort., l, U; P. G., VIII, 61, 97.
Origène est aussi un excellent témoin de notre 'dogme christologique : En Jésus autre est la nature de la divinité, selon laquelle il est le Fils unique du Père, et autre la nature humaine, qu'il a reçue aux derniers temps (i). Cependant, il est un seul être : le Verbe par l'Incarnation est devenu un avec l'âme et le corps de Jésus (2).
Tertullien a trouvé la formule théologique qui restera immuable, toujours vivante, respectée par tous les systèmes d'école : une seule personne et deux substances, una persona, duœ substantiœ. Ces deux substances ne se sont pas mêlées, confondues, fusionnées, mais unies dans une seule personne, qui est le Dieu-Homme, le Christ Jésus : duplicem statiim non confusum sed conjunctum in una persona, Deum et hominem, Jesum (3).
Les Pères des siècles postérieurs, à l'occasion des erreurs grandissantes, achèveront de mettre la doctrine en lumière et dissiperont les équivoques. Nous aurons à reproduire les principaux témoignages à propos de nos diverses thèses; qu'il suffise, pour le moment, de rappeler la phrase célèbre de soint Léon, merveilleux résumé du dogme de l'Incarnation : Un seul et même Médiateur de Dieu et des hommes, possédant notre humanité pour mourir, la divinité pour se ressusciter. S'il n'était pas vrai Dieu, il n'apporterait pas le remède; s'il n'était pas vrai homme, il ne donnerait pas l'exemple palpable que requiert notre nature sensible (l\).
(i) OHiCEN.. Pcrinrchon, I, 2. 1, II. 6, 23; P. G.. XI, 130, 210-SIl.
(2) Origen., Cont. Celsum, I. 66, II, 9; P. G., XI, 786. 810.
(3) TERTiLi,., Adv. Praxean. 27; P. L., II, 191.
'♦) S. LEO M., Serm. XXI (allas XX), cap. il; P. L.. LIV. 109