XXVI INTRODUCTION
mohstrera a été remplacé par celui-ci : En fera demofistracion. A côté des suppressions, nous trouvons aussi^ notamment dans la troisième partie, quelques passages nouveaux. — Entre la deuxième et la troisième, devaient s'intercaler, comme nous l'avons dit, la cinquième et la sixième partie, formant un volume aujourd'hui perdu. — La septième partie, qui commence le tome III actuel, correspond avec la huitième à la quatrième journée de Greban. Il est à noter que le manuscrit de Troyes permet de restituer après 27498 trois vers que nous avons dû indiquer par des points ; il faut lire : Eu lui firent crudelité souffrir, moult fort obprobriery Et des Juifs injurier. La dernière partie est à peu près exactement conforme au texte de Greban et la fin est identique. Le manuscrit de Troyes n'offre donc ni une imitation ni une simple copie, mais un véritable remaniem^it : certaines parties sont conservées sans aucun changement ; d'autres sont supprimées ou refaites : ainsi dans la scène des bergers une partie du dialogue est remplacée par des strophes lyriques. Le rôle du sot, dont Vallet de YiriviUe a exagéré l'importance, se borne à quelques annonces ; les vers burlesques qui le composent ont été ajoutés en marge du manuscrit, à l'occasion de quelque représentation, par une main légèrement postérieure à celle qui a écrit le texte : c'est là un trait intéressant pour l'histoire des mystères. Ce personnage adventice était fréquemm^it adjoint, dans les représentations, aux véritables acteurs du mystère; on peut dire qu'il était en marge de l'œuvre, comme nous le montre le manuscrit de Troyes. Au reste, il n'est écrit que pour la première partie; dans le reste de l'ouvrage, on lit seulement en marge : le sot, ou le folace. L'acteur chargé de ces intermèdes bouffons improvisait sans doute son rôle ou le composait à part lui ; on a d'autres exemples de ce procédé.
A l'aide de notre pAllcation, on pourra établir avec une précision absolue le rapport du manuscrit de Troyes k l'œuvre d'Arnoul Greban ; il ne pouvait en tout cas servir de rien à une édition critique.
A plus forte raison en est-il ainsi du manuscrit de Yalenciennes, où Onèsime Leroy ^ a cru reconnaître une rédaction toute particulière du Mystère de la Passion^ rédaction qui présenterait un caractère tout à fait flamand. La comparaison des passages qu'il cite avec le texte de Jean Michel nous montre que ce manuscrit n'est qu'une copie abrégée de l'œuvre de ce dernier, qui elle-même est un remaniement de celle d'Arnoul Greban. Jean Michel s'est d'ailleurs servi, comme nous l'avons dit plus haut, d'un manuscrit appartenant à la famille B G : la comparaison de son texte ne pouvait donc guère nous être utile. Nous l'avons cependant consulté, et nous avons eu une ou deux fois l'occasion de le citer dans nos notes ^.
» Études sur les Mystères (i837, in-8), p. 135-161.
2 Notons ici qu'un fragment manuscrit du Mystère de la Passiont qui se trouve à la bibliothèque île Saiat-Pétersbourg, appartient à Tœuvre de Jean Michel.
INTRODUCTION xxvii
Le système que nous avons suivi, dans l'impression du Mystère de la Passion, est d'une grande simplicité. Prenant pour base le manuscrit Â, nous l'avons reproduit, <duflescas où la leçon de BC nous paraissait meilleure: les variantes des trois manuscrits ont été complètement relevées. Nous avons apporté un soin particulier à la ponctuation, grâce à laquelle les phrases souvent diffuses de Greban ont pris im peu plus de clarté. Nous avons aussi essayé de rendre visible la construction rhythmique des parties qui ne sont pas en rimes plates : une initiale rentrante marque le commencement d'une strophe et n'est jamais employée dans le courant du dialogue ; les vers qui, dans les rondeaiuv (triolets pour les modernes), sont répétés Qoe ou deux fois, ont été imprimés en caractère espacé, etc. Nous avons essayé de marquer par des blancs plus ou moins grands les changements de lieu qui se produisent si fréquemment ; nous n'avons pu arriver à une précision parfaite, parce que les personnages qui vont d'un lieu à un autre en passant par le devant de la scène parleut souvent pendant tout le temps de leur voyage et empêchent ainsi toute coupure nette, et pour d'autres motifs analogues, tenant à la construction de l'ancien théâtre. On ne s'étonnera donc pas que la division indiquée dans la Liste des personnages ne coïncide pas toujours exactement avec celle qu'on trouve dans le texte ; nous appelons particulièrement l'attention sur cette Liste, qui, ^ceàla disposition que nous lui avons donnée, permet d'embrasser d'un coup d'œil la distribution des lieux et des personnages. Enfin le Glossaire apporte une contribution importante à la lexicographie du quinzième siècle ; nous y avons fait entrer, outre les mots hors d'usage ou pris dans un sens aujourd'hui inconnu, un grand nombrede termes empruntés crûment au latin, caractéristiques pour la langue littéraire de lepoque, et dont la plupart ne se sont pas maintenus ; nous avons aussi cherché à enregistrer toutes ces locutions populaires et pittoresques dont le style familier d' Arnoul Greban n'abonde pas moins que son style élevé n'est prodigue de prétentieux latinismes.
Et maintenant nous dirons à nos lecteurs ce que Greban disait à ses auditeurs en prenant congé d'eux :
Se rien avons dit ou escrit Ou mal fait ou mal ordonné, Pour Dieu quil nous soit pardonné...
S'erreur disons ou expliquons.
Tout maintenant la révoquons, Soubmettans nos fais et nos signes A. vos corrections bénignes.
Paris, janvier 1878
LISTE DES PERSONNAGES