‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 9 sur 218 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

déçus faisaient en enfer « grand tumulte, » quel enthousiasme quand, au son des orgues du Paradis, le chœur des anges célébrait les victoires de Dieu I

Le grand mouvement des mystères commence pour nous vers 1450 ^ et finit en 1548, lors de l'édit du Parlement qui interdit de représenter la Passion et autres sujets religieux. Il dure un siècle. A l'origine, si nous ne nous trompons, il faut placer l'œuvre d'Arnoul Greban : c'est elle qui la première avait excité l'admiration et avait été représentée de ville en ville. Son succès lui vint sans doute, — en outre du talent réel, si on le compare à ses prédécesseurs, qu'y avait montré l'auteur, — de ce qu'elle inaugurait la grande mise en scène. Jamais on n'avait vu jusque-là un mystère durer quatre journées, employer plus de 220 personnages, déployer une action si riche et tant d'épisodes variés. Ce n'était rien à côté de ce qui suivit : les Actes des Apôtres sont à la Passion ce que celle-ci était aux mystères plus anciens, mais Greban avait donné le signal. Plus tard on trouva qu'il était trop timide et trop bref, et quand on voulut représenter, avec une pompe qui surpassât tout ce qu'on avait vu encore, la Passion à Angers, en 1486, on chargea le docteur Jean Michel de remettrel'ouvrage d'Arnoul Greban à la mode.

Cette refaçon de Jean Michel fit rentrer dans l'ombre le texte primitif; c'est elle qu'on joua presque exclusivement depuis lors. L'auteur avait moins de sérieux, mais plus de verve que Greban; son travail a détruit en bonne partie le caractère religieux de l'œuvre, mais il Ta rendue plus riche, plus variée, plus touffue, plus inté ressante en beaucoup de points. Ce serait une étude digne d'intérêt que la comparaison détaillée de l'œuvre du docteur angevin à celle du maître es arts de l'université de Paris ; nous ne songeons pas à l'entreprendre ici, nous bornant à fournir à cette enquête la pièce principale vainement demandée jusqu'ici. Il vaudrait encore plus la peine de rechercher le rapport de l'œuvre d'Arnoul , aux essais qui l'avaient précédé. Nous nous sommes déjà excusés d'entreprendre ce .• travail. Disons seulement que Greban ne parait pas dépendre beaucoup de la tradition antérieure. 11 est très-probable que les mystères du quinzième siècle publies par M. Jubinal nous représentent le répertoire des confrères de la Passion, et il est également vraisemblable que c'est pour eux, pour remplacer ces pièces vieillies, qu'Arnoul Greban a travaillé. On ne voit pas cependant qu'îles aient eu d'influence sur lui, et il y a notamment une remarque importante à faire. Les mystères anté rieurs font aux épisodes étrangers au récit évangélique, empruntés aux apocryphes ou à des légendes, une part qu'Arnoul Greban leur retire presque absolument. Les quelques traits de ce genre qu'il admet étaient consacrés par l'enseignement d<r l'Église elle-même ou devenus tellement inséparables de la représentation de la Passion

^ On peut le rapporfc?r à la période de calme et de prospérité qui suivit, notamment à Paris, la trêve d^Ârras (1444). Les Anglais, qui infestaient les abords de la villef ne reparurent plus dans TUe-de-France. Les derniers épisodes de la guerre de cent ans se passèrent^ plusieurs années après, en Normandie et en Guyenne.

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qu'il était impossible de les en exclure. Jean Michel se moûtra moins sévère : les l^endes, les épisodes apocryphes, les développements de pure invention prennent chez lui une place énorme et, en rendant soir œuvre plus neuve, plus diverse, plus pathétique, leloignent de plus en plus du terrain sévèrement religieux où Arnoul Greban avait voulu la maintenir. La grande innovation de celui ci avait été de comprendre, dans une seule œuvre, qui devrait dès lors s'appeler le mystère de la Rédemption et non de la Passion, l'histoire entière du Christ, depuis le moment mystique où Dieu décide de sauver Thomme en s'incarnant lui-même jusqu'au retour triomphant du Fils dans le sein de la Trinité.

Quoi que nous puissions penser aujourd'hui de cette tentative et de la manière dont elle a été exécutée par Arnoul Greban, le succès immense qu'elle obtint n'est pas douteux. Depuis 1452, nous voyons, dans des documents nombreux qu'il serait intéressant de rassembler aussi complètement que possible, la Passion représentée dans la plupart des villes du nord, de l'ouestet du centre delà France^ Sans doute il n'est pas absolument sûr que ces représentations aient toujours porté sur l'œuvre de Greban, mais c'est extrêmement probable. En tout cas nous n'avons conservé aucun autre ouvrage sur le même sujet : les manuscrits qui semblent s'écarter des nôtres en offrent des abrégés, des remaniements ou des amplifications. La plus célèbre de ces dernières est celle que fit à Angers, en 1486, le docteur Jean Michel, et qui fut imprimée peu après à Paris. Elle supplanta sans doute l'ancien mystère dans la faveur générale; au moins les nombreuses éditions de la Passion contiennent-elles toutes, à notre connaissance, le rifacimento et non l'œuvre primitive. C'est aussi la Pas^ sion de Jean Michel qui fut dans le seizième siècle^ représentée, à Paris, parles Con frères; c'est sur elle spécialement que porta, en 1548, l'interdiction du Parlement.

Xous avons donné cette édition d'après trois manuscrits, dont voici l'indication : Le manuscrit de la Bibliothèque nationale fr, 816 (anc. 7206^) est un volume in-folio de 236 feuillets sur papier ; il est orné d'une miniature et de deux initiales. Cenianuscrit a été décrit par M. Paulin Paris*, qui le reconnaît, d'après les armes peintes dans les deux grandes initiales des feuillets 1 et 4, comme ayant été exécuté pour le connétable de Saint-Pol, qui eut la tète tranchée à Paris le 19 décembre 1475. Sur la page blanche qui précède le dernier feuillet, le copiste s'est nommé : « Fait, escriptet accomply par moy Jacques Riche, presbtre indigne, le lundi xxu® jour de

^ Ifeotionnons, à cause de la date, la représentation qui eut lieu à Amiens en 1455 : il est probable que ^ bourgeois d*Ainiens furent piqués d*émulation par le succès de ]& Passion A Abbeville. * Les Manuscrits français, VI, 280.

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février l'an mil quatre (Sent soixante et douze, » c'est-à-dire d'après notre compte le 22 février 1473. — Le second propriétaire paraît avoir été Philippe de Glèves, dont on lit la signature au bas de l'avant-dernier feuillet.

Le manuscrit 815 (anc. 7206), que nous appelons B, est un volume in-folio de 277 feuillets de parchemin, à deux colonnes, contenant plusieurs miniatures. lia été décrit au même endroit par M. Paulin Paris. Il provient de la bibliothèque de Gaston, duc d'Orléans. A la fin on lit cette note : Et sic est finis mysterii PassioniSy resurrectioniSy ascensionis et eiiam missionis sancti spiritus domini nostri Jhesu Christi^ scripta anno domini Af° quinquagesimo (sic^ lisez quingentesimo) septimOy die septimo januariiy favente Altissimo qui est trinus et urms in secida seculorum. Amen. On lit sur le recto de la dernière garde : « Ce présent livre appartient a madame la princesse de Roche sur Yon, » c'est-à-dire à Louise de Bourbon, fille de Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier, morte en 1561; et au verso : « Marié de Malingres, famé de noble home Hector de Moy, a fest feres sete passion. » Nous n'avons trouvé nulle part aucun renseignement sur cet Hector de Moy (ou Mouy), dont nous avons eu grand peine à déchiffrer le nom effacé.

Nous désignons par G le troisième manuscrit, conservé à la bibliothèque de l'Arsenal (B. L. Fr. 270) et comprenant 287 feuillets de pai^chemin, écrits à deux colonnes. Ce manuscrit, qui est orné de nombreuses miniatures, abeaucoup souffert et a notamment perdu un assez grand nombre de feuillets. Il porte sur les plats les armes de l'intendant Foucault, et à l'intérieur la marque imprimée de la bibliothèque de l'abbé de Rothelin. Le catalogue de G. Haenel donne à tort Jean Michel pour auteur de l'œuvre contenue dans ce volume.

Dans ces trois manuscrits il est facile de distinguer deux groupes bien marqués, composés l'un du seul manuscrit A, l'autre des manuscrits B et G. Ces deux manuscrits ont très-souvent des fautes communes, tandis que A n'est d'accord avec l'un d'eux contre l'autre que pour des leçons, ou évidemment préférables, ou au moins égales à celles du manuscrit isolé. Il en résulte que A d'un côté, B G de l'autre, représentent deux familles différentes. Le manuscrit A a sur les deux autres l'avantage d'une antériorité considérable (35 ans sur B, plus sans doute sur G) qui engageait déjà à lui donner la préférence, mais cette circonstance n'aurait pas suflS si le rapprochement des leçons n'avait pas montré que B G représentent, sans parler des fautes nombreuses qu'ils partagent, un texte remanié et surtout rajeuni. La comparaison de leurs variantes, que nous avons toutes indiquées au bas des pages, n'est pas sans intérêt pour qui veut étudier les modifications insensibles du langage et du style dans l'espace qui sépare la composition de Greban de cette première retouche, antérieure à l'a grande refonte de Jean Michel et par conséquent à l'année 1486 K II est un seul point sur lequel nous nous sommes écartés de notre

^ Nous avons pu en effet nous assurer, par la comparaison de nombreux passages, que Jean IGchel a exécuté son travail à Angers, en 1486, d'après un manuscrit appartenant àlafamiUe BG.

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principe de préférer toujours  à B G (sauf bien entendu le cas, d'ailleurs assez rare, de leçons visiblement fautives dans Â), c'est l'accueil que nous avons fait dans le teite aux additions nombreuses de B G. Quand les premiers cas de ce genre se sont présentés à nous, dans le cours de cette longue impression, nous n'étions pas peut être absolument assurés du rapport de nos trois manuscrits; il semblait d'ailleurspossible que A-, tout en étant en somme la reproduction plus fidèle de l'original, y eût pratiqué des suppressions; aussi avons-nous mieux aimé admettre ces morceaux que de nous exposer à mutiler le texte. Aujourd'hui, en considérant la manière dont ils sont presque tous intercalés, — entre deux rimes, — nous jugeons leur interpolation par B G beaucoup plus vraisemblable que leur suppression par AS mais on peut dire qu'ils ne jurent pas dans le texte, comme d'ailleurs la révision conservée dans B G est faite dans son ensemble avec intelligence et sobriété, et conserve généralement le caractère de l'original. Peut-être cette révision emane-t-elle de Simon Greban ? car divers indices ne permettent pas de l'attribuer à Arnoul lui-même. Si Arnoul était mort, comme nous l'avons supposé plus haut, vers 1470, c'est dans les années qui suivirent immédiatement que Simon, sans doute auMans, a pu donner de l'œuvre de sonfrère une édition revue, corrigée et augmentée. — Nous avons aussi admis dans le texte les indications scéniques qui se trouvent à peu près exclusivement dans B G ; celles, en petit nombre, que fournit A, ont été rejetées en note.

Nous n'avons connu qu'après l'achèvement plus ou moins entier de notre travail trois autres manuscrits, tous incomplets, qui, heureusement, n'en auraient en rien modifié Texécution. G'est d'abord le manuscrit de la Bibliothèque nationale, fr. 1550, manuscrit sur papier de 206 feuillets. Il ne contient que le prologue et la première journée. Il se rattache à la famille B G; comme B, dont il se rapproche surtout, il comntence au vers 223 de A et place les vers 1-222 entre les vers 1732 et 1741. Le seul intérêt de ce manuscrit est dans ses indications scéniques, difierentes de celle de B G et beaucoup plus nombreuses ; elles s'arrêtent au vers 2071 ; nous les donnons en note ^.

^ Plusieurs de ces additions consistent en triolets ; il était aussi facile de les supprimer que de les ajouter ; ^ -li le second paraît plus vraisemblable.

• Ao V. 311 Ycy se parent les angeles en révèrent devant Dieu. — 426 Ycy doibt avoir grant tmjfesteen enfer, puys dit Lucifer, dyaUe avecques les atdtres ou dit enfer, — 5;?5 Ycy fait la ^jfnediction. — 551 Ycy fait une masse de terre dont il faitVomme, — 555 Ycy est créé Adafn et tt lin^ agcnoiuc devant ^ieu. — 559 Ycy parle a Adam, — 570 Ycy luy monstre et le maine ûi« m paradis terrestre, — 196 Ycy s*endort Adam et Dieu prent une coste de luy et crée Eve, - 6ul Ycy se lieve Eve. — 647 Ycy chantent les anges, — 692 Sathan en fonme de serpent sur le yjTimier, — 724 Ycy queuiUe une pomme, — 727 Ycy mort en la pomme. — 730 Ycy baide de la ?'nniiiea Adam, — 742 Ycy prent Adam de la pomme et en mangeue. — 8î*7 Ycy ce met le chérubin 3 garder paradis terrestre. — 1079 Ycy boutent le feu chacun en son sacrifice. — 1144 Ycy if* rouf aux champs. — 1161 Ycy tue Cayn Abel et le laisse mort. — 1203 Ycy le signe Dieu d'un i^Sne rouge au front. — 1241 Ycy trouvent Abel mort. — 2071 Ycy sont cinq dames en paradis 'tien doibt lever une.

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Le manuscrit de la Bibliothèque nationale fr. 15064 et 15065, eu deux volumes, l'un de 192, l'autre de 208 feuillets, sur parchemin et papier, contient les deux premières journées. Ce manuscrit est encore de la famiUe B C, et il a les mêmes indications scéniques que ces deux manuscrits ; il commence comme B au vers 223 de nôtre édition ' .

Enfin nous avons eu entre les mains un manuscrit qui se trouvait, au mois de juillet 1876, en la possession du libraire Techener, et qui, après avoir fait partie de la collection Soleinne *, a longtemps appartenu à M. le baron Taylor ^. Ce manuscrit se rattache étroitement par toutes ses leçons à la famille B C. Il commence par les deux cent quinze premiers vers, qui sont communs à nos trois textes, mais tandis que B, se contentant d'omettre les vers 216-222, conserve les vers 233 -1732, et les place avant le vers 1 ; que C, après avoir omis 216-222, suit le texte de  jusqu'à 232, et saute ensuite 233-1740, le manuscrit Soleinne omet les vers 216-1740 entièrement, et ne rejoint le texte commun qu'au premier vers de la première journée. Il ne comprend d'ailleurs que trois journées, et il a sans doute été fait sur un manuscrit incomplet de la rédaction B C : il suit fidèlement cette rédaction jusqu'au vers 27399, mais il remplace la fin de la troisième journée par cinquante-cinq vers qui lui sont propres, et il termine par un prologue final également tout différent. Il contient de nombreuses indications de mise en scène qui ne sont pas identiques à celles de B, et qui pourraient offrir de l'intérêt.

Nous n'avons, sur un septième manuscrit qui se trouve à Rome, dans la bibliothèque Gorsini (col. 44, A. 7), que les renseignements qu'a publiés récemment M. Ed. Stengel*: a Nel catalogo délia biblioteca H. Rossi (Romœ, 1786, p. 41) dtonde provenne, porta il numéro 412 e questo bizzarro iitolo : Dramma iniitolato Adamo al Ivnbo^ in lingna francese antica. Il codice è cartaceOy del secolo XVI, di circa 800 fogli non numerati. Per quanto posso giiidicare da alcuni appunti presi di volo, il testo si avvicina al codice fr. 815 di Parigi, descriUo da P. Paris nei mss. fr. vi. 280. » M. P. Paris ayant réuni dans une seule notice les manuscrits 815 (notre B) et 816 (A), et n'indiquant pas les différences de ces deux textes, les paroles de M. Stengel doivent simplement s'entendre en ce sens que le manuscrit de Rome lui a paru contenir la rédaction d'Arnoul Greban, et non celle de Jean Michel. Diaprés la date du manuscrit, il est très-probable qu'il appartient à la famille B C, et que nous avons, par conséquent, pu nous en passer sans grand inconvénient pour établir notre texte.

^ Nous devons rindication de ce manugcrit et du précédenk à notre ami regretté Léopold Pannier.

' La courte notice de ce manuscrit dans le catalogue Soleinne (I, p. 90, no 524) ne permet pas de douter de ridentité, notamment en ce qui concerne la reliure.

3 M. P. Paris, regrettant de ne pas avoir vu ce manuscrit, i^oute (L c, p. 291). « On dit qu*il remonte aux premières années du xv* siècle. » G^est une faute d*impression pour xyi*.

* Bivistadi filologia roman sa, II, p. 128.

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Un manuscrit du Mystère de la Passion^ conservé autrefois aux archives de rhôtel de ville de Troyes, et maintenant à la bibliothèque municipale de cette ville, où il porte le n* 2282 (anc. 1410), a fait Tobjet, il y a trente^ cinq ans, d'une notice de Vallet de Viriville^ Grâce à l'obligeance de M. Emile Picot, qui, ayant emprunt^ ce manuscrit, a bien voulu nous le communiquer ainsi que les notes qu'il en a tirées en vue de sa grande Bibliographie de V ancien Théâtre français, nous pouvons en donner une idée plus exacte. Le manuscrit comprend trois volumes, dont chacun est divisé en deux parties; il est écrit par deux mains contemporaines, mais on ne doit à l'un des auteurs qu'un tiers environ du premier volume ; tout le reste est l'œuvre d'un nommé Brochard. Cette Passion fut exécutée pour une représentation qui eut lieu à Troyes au mois de mai 1490; dans la représentation sans doute il se perdit un volume, car le trompette Glérembault, qui, d'après un acle conservé aux archives de Troyes, relia l'ouvrage, en cette même année 1490, pour le compte de la ville, ne relia que les trois volumes encore existants *. Or, entre le second etle troisième, il en manque un, comme le prouve la lacune évidente qui existe précisément dans le tableau delà passion. La première partie, où sont racontés la création, le péché originel, le meurtre d'Abel et la mort d'Adam, est fort intéressante ; elle coïncide au début avec le Mystère du Vieil Testament (jusqu'au vers 1257 de rédition que va publier M. le baron James de Rothschild pour la Société des Anciens Textes) : à partir de là, elle offre une rédaction toute particulière qui ne ressemble ni au Vieil Testament ni à l'œuvre de Greban. Si on rapproche cette circonstance du nom de création abrégée, donné par Greban h l'introduction qu'il ajouta à son œuvre (p. 2), on est porté à soupçonner qu'il pourrait bien être l'auteur en tout ou en partie du mystère du Vieil Testament, où il aurait repris en partie une Création plus anciennement composée par lui, existant dans le manuscrit de Troyes et insérée dans les autres sous une forme abrégée. C'est une question qui sera plus facile à résoudre quand le texte du Vieil Testament sera à la disposition dn public. — A partir de la seconde partie, qui comprend la conception, la nati- Tité et la fuite en Egypte, le manuscrit de Troyes ne fait que reproduire l'œuvre d'Arnoul Greban, d'après la rédaction B G, en l'abrégeant assez sensiblement et surtout en rajeunissant la langue. Une preuve curieuse de ce rapport se trouve dans le lait qu'en plusieurs endroits le vers primitif de Greban a été rayé et qu'un nouveau vers a été mis à la place (on a changé la rime pour faire une coupure). Ainsi, le v. 3650 : Qui moult dignement Va receu a été rayé et remplacé par : Qui Va receu moult dignement, parce, que le remanieur pour son travail avait besoin d'une rime en ent. De même le v. 13132 : Sa majesté le (de)-

^ BiUiotKèque de VÉcole des Chartes, III, 44S-474.

* Voy. Bfya^Xo%, Recherches sur le théâtre à Troyes au XV' siècle, dans les Mémoires de la Société ^offricuUure, des sciences, arts et beUes-lettres de l'Aube, XVIII (1854) p. 430.

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