‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 105 sur 218 · I£ PERE · texte numérisé non relu

I£ PERE

Ha ! seur, ilz nous vouldront confondre s'en nos ûds ne sonmies pourveus :

les scribes heent ce Jhesus

14322 quil soit voir ou fable A. soit homme fable B. mailles ne deniers B. G. — 14344 sanglante B. mal G. parderai que mes pas A.~ 14850 un beau gros B. G. • tout seulet T. mes vous tous deux B. G.

143S0 tout surpiejc G. ^ 14390 labonriers B. C. — 14340 ne 14346 marchans A. — 14347-50 ntanqMmU A. — 143M Je uy 14870 Et empressement vous B. G. — 14371^ Le P. Mor

SECONDE JOURNEE

et ont edit q[ae, 8*il est homme i'.ro qui Grist ou prophote le nomme, il est par vertu de l'edit de la rânagogtie maudit, privé et excommenié.

LA BfBRE

Bien y sera remédié :

i\m s'ilz nous demandent sur ces termes, soions tous asseurés et fermes que nous n'en dirons bien ne mal.

LE PERE

C'est nostre moyen principal, aultrement n'eschaperons nous.

TROTEMBNU

i4\ij0 Seigneurs, veez cy par devant voua les gens dont vous m^avez chargé.

JHER0B0A.N

Sié toy, tu as bien besongné ; s'en seras paie bien et beau.

Or vien ça, petit bonhommeau ; nvo5 es tu tout certain et tout fidz que ce soit icy vosti^e filz ?

regai^e y bien de point en point, et conunent qu'il soit ne mens point, car û touche ung fait très haultain.

LE PERE

iv'tio Sire, soiez aussi certain

comme Dieu est au fiimament que c'est nostre filz proprement ; il n'est qui m'en sceust /iecevoir.

JHEROBOAN

Toy, bonne dame, dit il voir ?

Uii.') vien dire ton oppinion.

LA MERE

C'est il, sire, et nul aultre non, c'fôt mon filz, son corps, sa figure, et qu'il soit vray je vous le jure, èoiez en tout acertené.

JHEROBOAN

iv'tà) Voire, mes il ne fut pas né

aveugle, comme on nous disoit :

je tiens qu'il le contrefaisoit affin qu'on eust pitié de ly.

LA MERE

Sire, il fut né tout aveugly

14'.^ ne puis qu'au monde fat venant

il ne vit jusqu'à maintenant.

Sa mère suis qui le portay et qui aveugle l'enffantay :

honte ne m'en fera desdirc 14430 et s'aultrement vouloie dire,

plusieura scevent bien le contraire.

MARDOGEUS

Et comment se pourroit il faire qu'il fust né aveugle ensement ?

il voit maintenant clairement ; I44a5 si fault que vous nous rendez compte d'où cecv vient.

LE PERE

Quant a moy monte, aultre compte n'eu renderons ; publiquement confesserons que c'est nostre enflant seurement ;

14440 aveugle né fut, mes comment il voit huy ne par quel moien de par nous vous n'en sçarez rien :

interroguez le sw* le fait, il a attaint aage parfait,

14A45 c'est raison qu'il parle par soy.

JHEROBOAN

Aultre chose n'arons de toy ?

tu n'en diras pro ne contra?

LA MERE

Se l'enifant veult, il vous comptra de son enluminacion :

14450 il a sens et discrecion,

responde comme bon luy samble.

• MARDOGEUS

Allez vous en tous deux ensemble, puisqu'autre chose no nous dites.

lu s* en rr)??/.

NAASON

Seigneurs, ce ne sont que redittes 14456 de nostre fait, nous pardons temps. S'a mon veil estes conseutens, pour cestuy miracle descroitre nous ferons par force congnoistre a ce meschant icy dessus 14460 que ce n'a pas esté Jhesus qui le veoir luy a restauré.

JHEROBOAN

Or vien ça, homme malheuré, si tourne devers nous ta face.

liK» Sonl ftûl edit B. C, — 14396 asseurs B. — 14401 Les deux dont inaaiez B. C. — 14414 femme G. — 14417 îoon corps ma A. — 14418 Sa couleur et son estature B. G. — 14484 tant B. — 14425 Que puis B. G. — 14488 Je Al nourry et allaicte G. — 14436 a nous C. — 14439 purement C, — 14448.dira G. — 14463 deuers moy A.

MISTEREDE LA PASSION

l'aveugle Et que voulez vous que je face ?

JHEROBOAN

14405 Nous voulons que tu donnes gloire

a Dieu du miracle notoire

dont tu vois maintenant ainsi,

non pas a ce Jhesus icy ;

ne luy en donne ja Thonneur, 14470 car nous sçavone qu*il est pescheui*,

honmie qui n'est prudent ne saige.

l'aveugle

S'il est pécheur cella ne sçay je,

mes je sais sceur que moy estant

aveugle né, il m'a fait tant 14475 qu'homme au monde ne peut voirmieulx.

EUAGHIN

Et comment ouvrit il tes yeux ?

dis nous la droite vérité ?

l'aveugle

Une fois vous l'ay recité ;

quel hien pouvez vous présumer 14480 a le tant de fois résumer ?

le voulez vous tenir a maistre?

voulez vous ses disciples estre?

voulez vous sçavoir ses doctiines?

vous enquerez moult de ses signes, 144«5 ne sçay se les voulez apprendre.

Nous fais tu tel erreur entendre?

homme infiime de put alloy,

mauldit de Dieu et de la lov?

et de rechief te maudissons :

14490 as tu pensé que nous feussions

disciples d'ung tel frivoUeur ?

a ta griefve perte et douleur

soie serf a cil que tu nommes,

disciples a Moyse sommes, 14495 non a aultre ; et sonunes certain^^

que Dieu ses mystères haultains

a Moyse si revella

et que souvent a luy parla,

mes de Jhesus dont tu tiens plest, 14500 nous tous ne sçavons dont il est,

mes très fort le peuple traveiile.

l'aveugle

En ce me donne grant merveille

que dont il est vous ne sçavez :

et touteffois vous en avez 14505 probacion si très parfedcte

par la miracle qu'il m'a âdcte.

Mes ung point qui vous peust mouvoir

c'est que ne le voulez sçavoir ;

et pour ce je vous prouveray 14510 que ce que distes n'est pas vray.

Cest homme sur moi créature

a fait oeuvre dessus nature ;

or vient le miracle total

de Dieu par don espedal ; 14515 or estes vous certains et sceurs

que Dieu n'entend point les pedieurs ?

dont puisque cest hbnune seroit

pécheur, Dieu ne l'exausseroit :

or l'a voulu tant exausser ; 145S0 par quoy il nous fouit confesser

que c'est ung homme saint et digne,

que la haulte bonté divine

nous a en ce monde envové.

BANANIAB j

Va, meschant pescheur desvoyé, '

14525 homme forfait, desplaisant monstre,

ton aveugleté note et monstre

que tu es en ce péché né.

Es tu donc si bien forcené

qu'a nous enseigner tu présumes, 1 ^530 qui sçavons les lois et coustumeet

que Juifz doivent maintenir ?

Qui rigueur luy vouldroit tenir, il fust amèrement pugny.

Il souffira qu'il soit bany 14535 de la sinagogue notable.

JHEROBOAN

Or va donc, pécheur détestable, après tes malédictions :

ensemble t'excommenions et te nonçons pour débouté 14540 de tout nostre société,

habandonné d*ame et de coi^s.

NAGHOR

Chassez le faulx vUlain dehoi's, il est digne par son oultrage que chacun luy crache au visage, 14545 puisque nostre vouloir ne fait.

l'aveugle Helas ! et je n'ay riens meffait, seigneurs, que me demandez vou.«i^

Il deust estre par mort défiait.

14460 manqtte C. — 14479 Que bien G. — 14481 manque B. qail soit vostre maistre C. — 14486 orrear G.— 14497 J cil mojse B. Icelui G. — 14511 Sur moy cest homme poure créature C. — 14513 Dont vient B. C. — 14589 en B. tf O — 14531 les juifs A. B. C. tenir B. C. — 14540 toute A. B. G. — 14542 Chassier fouit le G.

SECOM)!-: JOURNEE

L AVBUGLK

Helasl et je ii'ay ricus itieffait.

JAOOB

uâ) Va, iaulx aveugle contreffait, jam^ ne te voy devant nous.

l'aybuglb Helas! et je n*ay riens lueffait, ^seigneurs, que me demandez vous?

JORRAN

Laiissous l*en paix, i>artouM nous tous, iwôô cest povreté que de son fait.

L AVEUaLB

0 doulx ci*eateur très parfait, viidUez moy envoier conffort :

tu vois que sans cause et a tort poile pugnidon cruelle i4:«x^ tout pour soustenir la querelle du doulx Jhesus qu*on doit amer.

Icy vient Jhesus.

Amis, ton dueil est moult amer, mes porte tout en padence ; n*as tu pas parfiiicte credence 14053 au filz de Dieu ?

L*AVEUGLE

Helas ! cher sire, qui est cil veuillez le moy dire, si que J'y croyc pour le mieulx.

Tu l'as veu de tes pi*opres yeulx, et est celluy qui parle a toy.

L*AVEU6LS

iiô70 Sire, de bon cueur je le croy ne jamès n*en arez doubtance, et en parfaicte obeyssance comme a mon Dieu et vray saulveui* je TOUS rendz louange et honneur

H">r> en très humble adoradon.

Frères, j'ay mon intendou d'aller au temple des Jui& affin que d*eulx je soyc ouys pour faire aucune remonstrance.

s. JEHAN

i*^**o Sire, tout a vostre plaisance, nous vous suyvrons ligerement.

UUHKN

Seigneurs, selonc mon jugement, veez la Jhesus ce séducteur qui de tant de maulx est acteui' 14585 en desti'uisant la loy Moyse, qui se promené a sa devise dedans le porchct Salomon.

AriRON

11 m^est bien ad vis que c'est mou, et qui vouldra croire mon dit U590 nous en irons tout eu subit luy faû'e aucune qu^c^stion.

SALMAXAZAR

J'ay d'y aller devocion, et s'aucun de nous Tinterrogue il sera bien fier ei bien i*ogue 14595 sMl ne baille responce aucune.

RUBEN

Maistre, nous avons grand rancune qu*aultrement a tes fais ne penses :

tendras tu nos âmes suspences en ce point tousjours jusqu'en fin ?

14600 se tu es Gristus, dis le, affin

que nostre foy en toy s^applique.

ABIRON

Se Gidstus es, dis le en publique :

ce n'est point ung fait a celer.

Tant clerement m*oez pai'ler

14(505 et jamès ne me voulez croire, et que ma parole soit voire mes oeuvres, mes fais, mon ouvrage baillent de moy vi^ay tesmongnage ; mes pas ne créiez telz merveilles,

14610 car point n'estes de mes oeilles : mes brebis entendent ma voix, me suyvent et bien les congnois, ])ar moy vie ctemelle aront, ne jamès ne dépériront,

14615 et de Theure que les aray jamès heure ne les lerray :

grant don m*a donné Dieu, mon père, a qui riens n^est qui se compère, et ce que mon père ara pris

14620. jamès ne luy sera surpris ;

et mon père et moy sommes ung.

SALMANAZAR

Goncueillez pierres en commun !

l'^Si fe la C. — 14568 <1« rorporeb B. C. - 14580 plaUir G. — 14586 poiiriiiaine B. G. — 145W Jy ay droit Jim droit ma C. — 14eOi nostre loy C. — 14005 voua ne B.

ma 1>

MISTERE DE LA PASSION

sus ! Juit'z, ne vous faindez mie !

oez vous pas la blasphemie 146:^ dont cest enchanteur cy nous sert i

RUBEN

Très bien le lapider dessert :

sus ! seigneurs, chacun s'i emploie.

YSACAR

Il fault que son cuidier se ploie ; lapidez le blasphémateur, 14630 lapidez le faulx détracteur qui la loy totalle destruit.

JHESL'S

Mes amis, je vous ay instruit, fait et monstre oeuvres très belles, et se me lapidez pour elles, 1 4635 tel vice ùii moult a reprendre.

Comment veulx tu cecy entendre ?

du bien pas ne te lapidons, mes pour tant que nous entendons blasphème pai*tir de ta. bouche 14640 qui trop aigrement la loy touche ; si desers lapidement tel, car toy qui es homme mortel te veulx feire Dieu, c*est trop dit.

N*est il pas en la loy escript

14645 (s'a l'entendre estes ententis) :

ego diœi : <iit estis?

Dieu enseigne par le prophète qui sa volonté ara faicte se pourra nonmier seurement

14650 Dieu, voire participalment.

Or ne peust faillir Tescripture qui assigne deité pure a celluy qu'a sanctifié mon père et au monde envoyé,

14655 qui le nomme Dieu pai* essence.

Vous dittes que je fais offence, et pom^tant ay Dieu blasphémé que filz de Dieu me suis nommé.

Se Toeuvre mon père ne fais,

14660 ne croyez n'en moy n'en mes fais : et s'en moy ses oeuvres voyez et en moy croire ne daiguoz, ayez en mes oeuvi*es créance, si que vous ayez congnoissance

i4(3œ> que dedans moy Dieu, mon père, est et tnoy en luy.

SALMANAZAR

Tant me despiaist le parler que cestuy revelle qu'il me ront toute la cervelle :

il n'est mauvaistié qu'il ne sache.

RUBEN

14070 Affin que justice s'en face, je vous prie qu'il soit tenu.

Icy s'aconse Jhesus d'eux.

ABIRON

Qu'est cecy i qu'est il devenu ?

s'il n'est pris, j'en seray marry.

YSAGAR

Soyez sceui-s qu'il est escairy 14675 si tost que nous sommes levé ; mes se jamès il est trouvé, le loudier, nous le destruirons.

Frères, d'icy nous en irons oultre le fleuve do Jourdain 14680 pour ce peuple dur et soudain qui fort désire mon contraire.

s. JEHAN

Sire, il est bon de nous retraii^c, car ces Juife ont telle envye sur vous, qu'ilz vous toldi*ont la vie, I46fô si vous tiennent en leur mercy.

LAZARON, malade.

Las^éf dolent, et qu'est cecy?

com giief mal le cori)s me detii'e ?

je languis en peine et maitire qui m'a jusques au cueur attaint.

14690 0 prophète saint,

en qui tout bien maint,

qui conâbrtcs maint, Jhesus, ou es tu de cest heure ?

Le mal qui m'estraint I46fô et le cueur me taint

me fust brief restraint se tu feusses en ma demeuref mes se ta peraonne demeure longuement, la moi*t me contraint.

14623 ne Vous y A. — 14635 Cela sera C. — 14648 Que tu qui B. — 14654 ma âu monde G. — 14661 El sans mo}^ oeuuras C. — 146(36 Et je en luy B. G. — 14671 Hic Jhesus transiens per médium illorum ibi't. A. en marge, — 146>? grant enuye G. — 14687 dedireB. — 14693 tu manque B. — 14698 manque C.

SECONDE JOURNEE

BIÀRTHB

14700 Lazaron, mou frère, se plaint da grief mal <{a*il a a porter ; ma senr, allons le viaitery sçavoir qu'il veolt ne qu'il deâre.

MABELARŒ

Son mal de plus en plus s'empire 14705 et tousjours en son mal regrete qu'il veult veoir Jhesus le prophète ; il luy samble qu'il gueriroit.

MARTHE

Las ! ung grant bien pour luy seroit se Jhesus en fust advertis ; 14710 mes il n'est point en ces partis, par quoy il le puist venir veoir.

MADELAINB

Nous lui ferons très bien sçavoir, je sçay assés près ou il est.

Brutaumont?

BRUTAUMONT

Dame, que vous pi est ?

14715 devisez, et je le feray.

ICADELAINE

Mon amy, je le vous diray :

le fleuve 'Jourdain passeroz et de sercher ne cesserez jusqu'à ce que Jhesus voyez,

14720 et s'il est que trouvé l'ayez, recommandez moy bien a luy, et luy dittes que son amy Lazaron est en piteux point, et que pour Dieu ne laisse point

14725 qu'il ne le viengne secourir.

BRUTAUMONT

S'il ne tient qu'a le bien queiir, vous en orrez nouvelle briefve.

147S5 et trop me sourvient et la mort me vient ferir de sa darde, largement me tarde quand il me souvient 14740 du mal qui me tient en sa dure gai'de.

O Jhesus de grant vertu, de toute bonté vestu, ou es tu?

14745 a mon singulier besoing se tu feusses descendu, mon bien me fust prétendu

et rendu, si feusse hors d'uug grant soing ; 14750 helas ! or es tu si loing que justice a destendu son arc, et au résidu la mort me tient par le poing.

MADELAINE

Mon très cher et honoré frère, 14755 vostre dueil ung peu se modero : Jhesus vendra brief ceste part.

LAZARON

Ha ! seur, j'ay doleur tant amerc,

que quand bien je le considère,

je craing qu'il ne viengne trop tart.

MARTHE

14760 Frère, prenez cucur desormes ; guéri serez, je vous promès, briefment, se Jhesus est venu.

LAZARON

Marthe, veez cy mon dernier mes ; croyez qu'il ne vendra jamès 14765 que la mort ne m'aist prévenu.

LAZARON

Ha ! que mon estomac nie griefve, mon ventre, mes rains et mon pis.

MARTHE

14730 Gomment vous est ?

LAZARON

De pis en pis, quelque viande que je goûte, en moy ne remaînt grain ne goûte, Et quand je regarde le mal qui me larde

BRUTAUMONT

Sii'e, ung grant mal est survenu a cil que vostre amy clamez :

c'est Lazaron que bien amez qui est malade a grant foison, 14770 et se par vous n'a guerison, il n'est qu'a son mal remédie, ains vault que mort.

Sa maladie n'est pas a mourir proprement, ainsois est pour l'exaussement

14704 s' manque B. C. — 14714 Brt/ktMumotU B. C. — 147«1 doub B. C. — 14727 aures C. — 14751 desseudu B. deffendn C -» 14767 lasaron clames A. B.

lie

MISTKRE DK LA PASSION-

14775 de la Dieu gloire en temps et lieu, et affîn que le filz de Dieu en soit par luy gloriffîé.

BRUTAUMONT

Tenez pour tout cei'tiffié que ses deux seurs Marthe et Marie 14780 font chère bien mate et marrye de l'absence de vostre corps.

Va, mon amy ; si leur recordz que briefinent les visiteray,

BRUTAUMONT

\'o8trc vouloir accompliray, 14785 cher sire, et atant me depai's.

LAZAUUN

Le cueur nie [>ai't de toutes |>ai*s ; seura, priez pour moy : plus n'en puis, je suis ja de la mort a Thuis, en mon fait n'a point de retour.

MADELAINE

14790 Ha! frère, vecy piteux jour;

nous lairrez vous de tel manière ?

BRUTAUMONT

Mes damoiselles, faictes chierc, car pour certain je vous anonco que Jhesus m'a baillié responcc 147^ de vous venir brief visiter.

liARTHE

Las ! que nous pourra poai*fitei', quand nostre frère tend a fin ?

CEUUS

Mes notables darnes^ afûn que plus n'y pensez de ceste heure, 14800 je vous respond et vous asseure qu'il est mort et passé le pa^.

ABACUT

Dieu doint qu'après celluy trcspas l'ame de luy soit bienheureuse !

MADELAIN'E

0 moii; douloureuse, 14805 o mort rigoureuse

qui t'a fait emprendro De si tost saillir pour moy ja tollir et mon frerc prendre ?

MARTHE

14810 0 amittic tendre,

t'es tu voulu rcudi'C et sans coup ferir ; Cil qui te deubt prendre s'en va rendre en cendre ; 14815 o quel despkdsir !

CELIUS

Puisque mort l'a voulu saisir cessez vostre dolent tristesse :

la mort est de telx fais maistrcssc, que riens n'en revient pour gemii-

ABACUT

l48a!0 N'y a que de Tenseveilir

comme il affîert a sa noblesse ; non obstant que sa mort nous hlessQ il en fault fsâre ung abrégé.

GELIUS

H n'est armé ne haubi*egé« I48fô' n'oncques bons si hault ne parla, qui en fin n'aist passé par la, et tous y passerons après.

ABACUT

Celius, prenez yla près :

si soit en son suaire mis.

TUBAL

14890 Nous sommes ses prouchaius aiuûi, prenons le corps conjointement et l'emportons reveramment en son sercus pour l'enterrer.

OEDBON

A ce je veil bien laboui'er ; 14835 or chacun le levé a puissance, et le portons par ordonnance, en disant nos devodons.

Jcy remportent en son semis,

IPOSE.]

NEPTAUN

Rubeu, pour les suspicions qui peuvent nos amis mouvoir, 14840 par mon conseil nous irons voir Marie et Marthe, nos parentes, qui sont tristes et moult dolentes de leur bon frère Lazaron qui est trespassé.

BUBBM

Nous irou.

14780 bien morU; C. — 147S1 Pour la sente de vostre corps B. — 147S5 cher man'juc B. — i47W trait G. — H'^'- ••estoy B. C. — 14813 Ce qui C. — 14816-17 Pour vous noyer de desplaisir Kt vous estratndre par tristesse B. '*. — 14822 Nous obstant A. — 14834 veil je B. G. — 14835 se leue A. G. — 14836 Kt alons tous B. C.— 14844 àefûw B. <*-

SECOiNDE JOURNEE

usô qui m*en ci'oii'a, sans plus parler poui' les uug petit consoler, car bien sçay que moult leur ennuyé.

SIMON, lépreux.

Je vous y tendray compaignie, mes chers seigneurs, mes qu'il vous plaise.

NEPTAUN

asôo Simon» nous en sommes bien aise : de nous serez acompaignc.

SIMON

Or cheminons donc de bon. pie, que Dieu soit nostre conducteur.

CELItS

Or e^t le notable seigneur ivsâT) mis on teri-e, comme il appert, et le sercus bien recouvert :

retourner pooiis quand on veult.

MADELAINE

Tant a mou cucur que plus n*eu peust irennoy et de mellancolie.

RUBEN

l4i«o Ma chère damo, c'est folie de tel ducil en vous amasser ; liens n*est qu'il ne faille i)asscr : nou.^ n'avons cy pas nostro cours au monde pour cstrc tousjours.

4Hij Ce vostre frère estoit mortel :

c'est l'usage, tout homme est tel, que la mort prent tout par effort ; mes prenez uug bon reconffort en Dieu par bonne pacience.

NEPTALIN

4*T0 Marie, ce n'est pas science de prendre destresse inféconde, car par coustiime elle l'edondc au cueur de cil qui plus en prent.

SIMON

Oultre plus ce que Dieu emprcnt ^0 ne peust estre mis en deffault ; nostre edit est que mourir fault :

qu i vaidt donc le desconforter ?

MARTHE

Dieu doint que le puissons porter en bonne pacience et vraye, ^ car jamès n'est joye que j'aye, tant que j'y mette ma pensée.

Frères, retournons en Judée besonguer pour aucuns affaires.

s. PIERRE

Comment, maistrc, Juifz nagaires 14885 vous queroient pour lapider, et si ne vous sçarioz garder d'y retourner ?

Gomme je sens, ilz ont appliqué tout leur sens a vous faire desloyaultc ; 14«W) comment avez vous volonté de faire en tel peuple séjour ?

JHBSUS

N'est il pas douze heures au jour qui en plus^icurs lieux et parties ne sont pas egalmont parties ?

14895 s'en Tune ont aucun mal songé,

en l'aultrc ont leur vouloir changé, dont ccluy qui de jour aml^uUc ne doit doubter ofi'ence nulle, car la lumière le conduit ;

14900 mes cil qui chemine de uuyt tost offencc ou commet deffault, pour tant que lumière en luy fault.

Et ainsi jamôs ne pensez qu'en ma compaignie oftencez :

14905 lumière vous suis et confloi-t, Lazaron, le nostre amy, dort et je m'en vois pour l'exciter de son somme.

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