‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 128 sur 218 · PIBRRB · texte numérisé non relu

PIBRRB

A vostre vouloir, mon cher sire :

ung chacun y tendra la main.

Icy se retrait Jhesus encore plus loing et se met a genoux»

JHB8U8

Père du ciel, créateur souverain, de ces beaux cieulx omateur primerain, qui tout congnois par ton hault presçavoir, Regarde moy, ton filz doux et humaiu, fort engoissé d'un ennuy trop gi*evain qu'il n'est en cueur d*homme de le savoir ; J'apperçois bien la passion honteuzc, la dure mort, la peine despiteoze qui s'appreste pour mon corps consommer : Ce calice m'est durement amer ; père piteux, s'il te samble possible, oste le moy qui tant me veulz amer, car le goûter me samble moult terrible. Terrible m'est et la mort plus cruelle quftncques portast ci*eature mortelle ; je la congnois, je la sens, je la vois, La deité me la présente telle, la fresle char la redouble et sautelle et tant la craint que n'a mes que la voix ; L'ame reffuit a ta protection qui de son corps prent tel compassion que son grand dueil ne veult ou scet retraii-e : Si te requier, père ti'es débonnaire, père piteux et des begnins le plus, pa^ïse ce point sll se peut ou doit faire : j'ay moult de peine, suffise le surplus.

Le surplus est d'une euvye soubdaine qui me banit de la vie mondaine, et mes amis me pourchassent cccy ; Mes moy voyant toute nature humaine tant obligée a donunageable paine qui sans cccy ne peust avoir mercy, Je suis tout prest et a toy me submi^s ; le sensuel qui n'y consent jamès raison survaint et le corps n'y rebelle ; L'esprit est prompt, non obstant la char ircUv et se submet a ta bénignité, ja mon voidoir sensuel ne s'en niesle : \

soit faicte donc ta haulte voleufcé. i

Icy se lieve et vient auas trois apostres I et les treuve dormans, \

C'est a toy grant firagilité, 18745 Pierre, de si fort sommeillier ; n'as tu peu avec moy veillier une povre heure seulement ?

Veilliez, enffans, songneusenient, faictes a Dieu prière forte 18760 a celle fin qu*il vous oonfforte si bien que par son confforler

18672 sen vont deutnt C. — 18687 la gnlnl peine B. C. — 18703 voulente cher C. — 18706 De ce monde A. — huniMe et B. G. — 18709 Fort manque B. C. — 187Sl-t3 manquent G. — 18733 procurent B. C. — 15734 martirt 18737-38 manquent B. — 18751 conflbrte A.

SKCONDE JOURNEE

puissiez passer et éviter les temptacions survenans.

Icy retourne Jhesue prier.

s. PIBRRB

Frères, nous sommes moult pesans : isroô nostre maistre est icy venu.

s. JEHAN

A prier Dieu sommes tenu :

bien mesohant est cil qui sommeille quand le maif^tre peine et traveillc pour les temptacions fuir.

k[i prient ung peu^ puis se donnent comme

dessus,

l?:60 Père, par ton divin plaisir,

pour la gi*ant paour qui me maistrie,

encore de rechicf te prie

que ce calice point ne bay ve

ne la passion no reçoyve ti^Tfo que forment crains en mon courage ;

non obstant se Thumain lignage

par aultre point n*est racheté,

s<.>it soubmise ma volenté

ci la tienne faicte et tenue.

Icy retourne a ses apostres.

is:70 riorre, peu avez maintenue

vrgtre abstinence de dormir ;

temptacion devez cremir :

veillez ung petit, l'heure est briefve.

Jhesus s'en retourne,

s. JAQUES ZEBBDBY

Vecz cy pénitence moult griefvo :

sr75 mc^ fret'es, ung peu vous levez.

s. JEHAN

Nous avons les yeux tant gi-evés qu'a pou les poons nous ouvrir.

s. PIERRE

C'cet d'ennoy et de dcsplaisir, qui de grant sommeil nous abat.

Icy prient ung peu et se dorment comme

dessus,

JBESUS

^ Kn moy sens le plus fort débat

qu oncques endura:«t créature

pour le fait d*huniaine natm*e,

qui ceste passion piteuse

attent tant tiîste et douloureuze K) qu*a peu que raison luy scet mettre

moyen que s'y veille submettre,

tant craint la sensualité.

0 trésor de divinité,

père qui tout cueur assuffis,

18790 regarde ton bcneuré filz et la tristesse de mon ame qui a ce besoing te réclame a son besoing très singulier.

Icy Jhesus sue sang.

Regarde les goûtes couller

18795 de sueur pénible a merveille, de sueur comme sang vermeille qui de tout mon corps me deppai*t par la crainte qu'en moy s'espart.

0 père, ne m'oublye mye,

issoo regarde la forte agonie

en quoy tu m'as constitué :

tel sang ne peust estre sué que la cause n'en .soit active, si 1res dure et ponetrativc

18S05 que le cueur ne peust plus souffi'ir. O pore, a toy me viens offrir, 0 pero, a toy me recommans :

obéir voil a tes commandz, mes coste passion me meult :

1S810 mon pore, se faire se peust, allégez moy coste sentence.

DIEU LE PERE

J 'entons la piteuse éloquence de mon filz, lo benoît Jhosus, qui ses plainctz a vei*s moy promus,

18S15 soy recommandant a ma grâce :

c'est bien raison que je luy face comme père a son filz amé quand tendioment est réclame ; mes poiu* ce que dame Justice

1SS20 quiert admende du maléfice qui les humains a fait banir, son oppinion veil oyr, savoir s'atant luy souffira.

Justice ?

JUSTICE

Ce qnUl vous plaira 18825 commandez moy, père divin.

DIEU LE PERB

Est il plus amoureux chemin que vous nous sceussiez ja trouver pour nature humaine saulver ?

^^ Qtien ce A. -« 18773 One hettre petite et briefue C. — 187S7 ma B. — 1S793 mnnqtte G. L'infiication scénique 't}ùi ne te troutr que datis A, écrite par extri'Ordhi'drr à Veti'i'i' rou^e. — 1>800 ngruyc B. affoyblie G. — 18807 ftt^B. — 18818 test A.

MISTERE DE LA PASSION

vous poez vous a mains passer 18830 n*a mendre pris recompenser?

fault il poui' les humains i*eduire que Jhesus, mon cher enffant, muyre?

voiez en quel point il est mis.

JUSTICE

Vous sçavez que m*avez promis :

18835 je ne requier or ne richesse ; tant seulement vostre promesse tenez, et je suis assuffîe.

DIEU LE PERE

0 Justice, très bonne amye,

voiez la grant perplexité 18840 que son digne corps a porté

puis sa haulte incarnacion,

Fenvye et persecucion

dont oncques ne fut exempté,

mes persécuté et tempte 18845 a esté tousjours jusqu'à cy

puis Teure qu'en terre nasqui.

Justice, il a beaucop souffert ;

Justice, il s'est tousjoura offert

a porter ceste dure charge 18850 dont nature humaine le charge :

oncques jour n'ot joie mondaine,

oncques n'ot que traveil et painé,

oncques des siens ne fut prisé,

mes despité et desprisé 18^5 a esté tousjours et sera ^ tant que mort Tadevancera

se ceste rigueur luy tenez.

0 Justice, pitié prenez

de cil qui porte le meffait 18860 d'aultruy et qui n'a riens meffait,

et vostre rigueur détendez.

MISERICORDE

0 Justice, condescendez

au vouloir de Dieu, nostre juge :

son filz qui n'a aultre refiuge

18865 par une crainte douloureuze redoubte la mort angoisseuse dont il est auprès de la porte ; regardez la douleur qu'il porte et qu'il souffre sans riens meffaire,

18870 quand de son précieux viaire le sang jusqu'en terre dégoûte.

Or advisez donc s'il redoubte passer le pas, et quelle guerre le sens et le voulloir luy serre :

18875 Justice, tauxez la valeur de si précieuse licqueur 5

n'a goûte qui ne deust souffîre a vostre rigueur desconffîre et qui ne soit bien souffisant 18880 aux humains estre garissant.

Se plus luy voulez de dommage, je proteste de vosti^e oultrage, a discuter quand sera temps.

JUSTICE

Quoy que vous soiez protestans,

18885 Miséricorde, belle amye,

mon droit ne se perdera mie, ne pour vostre hault langager ne poez mon droit engager :

c'est mon pris, c'est mon payement

18890 et le total repparement duquel ne quitteroye rien.

Et de fait vous arguez bien qu'il n'a goûte qui dé luy ysse qui notablement ne souffice

18895 a trouver ce haultain remède :

il est vray, je vous le concède, mes pour montrer plus grand pointure d'amour a humaine nature et plus ardente charité,

18900 je veil qu'il me soit présenté en l'arbre de la croix pendu, fiché, cloué, mort estandu tant que l'ame a son père rende, et n^est admende que j'en prende

18906 tant qu'en ce party le verray.

DIEU LE PERE

Justice, et je le vous donray

tout a vostre petidon,

ne jamès jour dilacîon

n'y sera quise au retarder, 18910 mes pour le deffendre et garder

en ses très ameres doulours,

je luy veil envoier secours.

Michel^ illec vous transportez,

et Jhesus, mon filz, conffortez, 18915 comme il luy sera bien mestier.

MICHEL

De bon vouloir ferme et entier accompliray vostre command.

DIEU LE PERE

Et pour fournir au demeurant, Gabriel, prenez vostre adresse 18920 a la vierge, vostre maistresse, et d'elle prenez cure et seing, car il y sera bien besoing de vostre consolacion,

18856 la mort G. — 1SS72 regardez donc C. — 1S019-20 intervertis G.

quand yerra Texecucion 180S5 de son cher ûlz aterminer.

GABRIRL

Bon Diea qui régnez sans finer, j*en feraj toute diligence.

Icy s'en vont.

ANNE

NoB genz font bien leur négligence d*amener Jhesus de bon heure ; 1S930 ilz font par trop longue demeure, je ne sçay en q\xe\ point ilz sont.

GATPHB

Soiez sceurs qu*ilz besongueront, puisqu'ilz demeurent tel tempore, mes ilz ne vendront pas encore :

18935 ilz espient je ne sçay ou.

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