‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 127 sur 218 · PISRRE · texte numérisé non relu

PISRRE

Doulx Jhesus, vray Emmanuel, iS460 fils de Dieu qui tous sces et vois, a oir ta piteuse voix Dostre discord devient paisible, et cuide qu'il est impossible que discord soit en ta présence.

JHBSUS

ij^^ Pierre, soies sur ta deffencc, car Sathan ses engins assamble pour vous tempter tretous ensemble, et ja l'ung de vous a ravy ; mes pom* ce que bien m'as servy,

18470 pour toy ay supplié sans faille affin que ta foy ne deffaille ; et toy converty et fait ferme a la foi tes frères conferrae affin que ja ne dépérissent.

s. PIERRE

I«i73 Sire, vos ditz trop m'esbayssent : ne vous ay je \ysa dit devant que quelque bomme au monde vivant ja ne me sçara séparer de vous pour tonnent endurer ?

îiijyj je suis prest de vous secourir soit en chartre ou soit a mourir ; j'abandonne le résidu.

Pierre, je t'ay ja respondu que ta force est insuffisante Ws5 et qu'avant que ceste nuit chante le coq, si grant douleur aras

que plainement me regniras combien que ja vaillant te faces.

Or, mes chers freines, rendons grâces 18490 des biens que Dieu nous a promus. Icy dient grâces tout bas,

URION

Seigneurs, bien soiez vous venus et le logis prenez en gré.

PIRAOMON

Tous ensemble grans et menus, seigneurs, bien soiez vous venus.

s. PIERRE

18495 Nous sommes a vous fort tenus, un chacun selon son degré.

URION

Seigneurs^ bien soiez vous venus et le logis prenez en gré.

Puisque le jour est advespré, 18500 mes amis, nous nous partirons d'icy, et a la part irons qui bien de coustume nous est.

s. JEHAN

11 dit au jardin d'Olivet :

volontiers s'i va detrier 18505 pour Dieu, son père, deprier

tousjours quand le soir est venu.

Mes amis, vous avez congneu comment je vous ay envoyés prescher aux peuples desvoyés 18510 en mainte saison dure et maie,

sans sac, sans souliers et sans malle et sans avoir bourse ou pccunc :

vous a il fallu chose aucune ' sur la voye allant et venant?

18515 Riens.

Aultre temps est maintenant ; je vous dis (et vous en souviengne) :

qui ara son sac, si le prengne, et qui n'a glaves, bien en haste vende sa robe et en achate,

18520 car tant de machinacions douleurs et pereecucions verrez en un temps qui vendra, que maulgré vous il convendra qu'avec vous portez vostre vivre

18525 par les champs se vous voulez vivre.

18'i'i4.45 le iiiinislre Comme s,;ruant qui administre A. — 18^451 je le vous ordonne IJ. — 18452 que ma B. — 18457 raye C. — 18458 lignées A. — 18461 manque B. — 18483 et je tay C. — 18493 moult B. C. — 18515 Non B. Sire nennil - - 1%16 chacun y entende C. — 18518 Ici se plare un vers qui ne rime à rien : Et su maie pareillement C.

240 MISTERE DE LA PASSION

tant serez de ce monde esclaves.

s. PIERRE

Sire, quand vous parlez de glaves, veez en cy deux bien amassés.

11 peut souffîre, c*est assés ; 18530 or nous mettons donc a chemin et nous transportons au jai'din ou aller avons entrepris.

[Pose.]

Seigi^eurs, je revien tout surpiis, et sachez que puis le partir 18535 j^ay eu grant peine de bâtir mon fait poui* éviter dangiers ; je n'ay pas pour néant les deniers :

j'ay a faire a ung trop fin hoste.

ANNE

Gonmient va la besongne?

JUDAS

A poste, 18540 non obstant qu'elle est dificille ;

mes s'il y en avoit dix mille,

s'est il pi*ins, je n'en doubte point.

Sont vos gens d'armes mis a point?

sont ils armés et fervestus?

18545 VOUS me verrez faire vertus

ja tost en fait de les conduire.

GAYPHE

Il les fauldra ung peu instruh'c affin qu'ils ne soient trop leurs.

JUDAS

Faictes les moy saillii* tousjours 18550 et ne vous chaille ou je les maine : je veil estre leur capitaine tout seulet pour les bien mener:

pour avoir prise plus certaine, je vcil estre leur capitaine.

18555 Sus I compaignons, chacun se peine de soy très bien embatonner.

JUDAS

Je veil estre leur capitaine tout seulet pour les bien mener, et vous me verrez ramener 18560 ja tost vostre fort adversaire.

GAYPHE

Es tu bien soeur?

JUDAS

Laissez^nTen faire :

je n'abairay point a mon ombre, mes bailliez moy gens a grant nombre, faictes saillir soudars piétons,

18565 atout arcsy atout viretons,

gens de commun et bons hommeaox, variez, souillons, gardechevaulx, bedeaux, garsofts et coquinaille ; n'y ara si meschant mardaille

18570 que tout ne viengne a bon prouffit; car coomne aultre fois vous ay dit, je doubte qu'il ne soit recous, et ce seroit a mes chers coustz :

j'en humeroie la purée.

CATPHE

18575 La chose sera asseuree

présentement, ne t'en soude, car tu aras grant compaignie qui te secourra au besoing.

EMiUUS

Atout ce mailliet en mon poing 18560 je vouldray suivir l'obanye.

CELSIDON

Et j'iray pom* deffendre ung coing atout ce mailliet en mon poing.

RABANUS

Et fîist ce quatre fois plus loing tretout ainsy qu'on s'esbanyo, l85fê atout ce mailliet en mon poing je vouldray suivir l'obanye.

NEHBROTH

J'y vois.

SALMANAZAR

Et je n'y fauldray mie, j'ay bâton assés pour nous deux.

PHARES

Puisqu'il y a tel escremie, 18590 j'y vois.

EMILIUS

Et je n'y fauldray mie :

je porte ma picque jolie pour moy frapper au milieu d'eulx ; j'y vois.

NBMBROTH

Et je n'y fauldray mie,

18537 le déniera A. — 18544 fort vestus A. — 18562 je nobeiray G. — 18573 coups A. ~ 18577 gent gnnt partie B. A 18578 secourront B. -^ 18580 lost banye G. — - 18586 la banye G. — 18589 escarmye B.

SECONDE JOURNEE

j'ay bâton assés pour nous deux.

A.NNE

is&g5 Sont mes gens les plus mal songneux? ou sont tretous mes guisarmiers ?

ROULLART

Nous avons esté les premiers et tous armés de pie en cappe.

DBNTART

Se ce séducteur nous eschappe, isaoo on nous debvroit les yeux crever.

GADIFBR •

N*est doubte que de le trouver, qu'il ne soit ja fouy arrière.

GAYPHB

Mes gens demeurent ilz derrière ?

Malcus, Estonné et Bruyant ! *

i?43(g Dragon, Gueulu et Malcuidant !

ou sont ja ces ribaulz meschans ?

HALCUS

Nous avons esté par les champs par devant toute la couvée.

GAYPHE

Prenez torches grant assemblée, 1S610 lanternes, brandons et fallos a grant quantité.

ANNE

Je le los, car la nuit est ung petit brune, si fault redoubter la fortune qu^ilz ne faillent a leurs assens.

BRUYANT

8615 Nous en avons plus de cinq cens, tous ardans, je vous en asseure.

CAYPHE

Pour avoir conduite plus soeure, Bananias et vous, Nathan, Mardocee et vous, Joathan, as^ Jheit)boan et vous, Nachor, vous irez avec eulx encor, et le fait mieulx s'en poiiera.

JHEROBOAN

Nous ferons ce qu'il vous plaira, veez cy nos bâtons tous chargés.

JllDAS

SS5 Sas! seigneurs; sus! plus n'atargez, suivez moy tous en ordonnance, n^homme si hardy ne s'advance

Ï8&i± A grsBt paiasance B. G. ~ 1861S ung petit peu Â. A. — 18654 joinglures A. — 18661 séducteur B.

fors ainsi que je luy diray ; tous droit au lieu vous conduiray 18630 ou nous chargerons nostre prise ; mes a le prendre est la maistrise.

MARDOGEUS

Par quel moyen ?

JUDAS

Pour ce, seigneurs,

qu'il a des disciples plusieurs,

et l'ung d'iceulx qui sont ensemble 18635 si très proprement luy ressemble

que vous ne sçariez distinguer.

Or le congnois je au vray jugier

aussi tost que je le regarde,

et pourtant donnez vous de garde :

18640 celuy que baisier me verrez

a l'entrer, voas le saisirez ;

c'est le signe que je vous don.

BANANIAS

Le signe est très bel et très bon et qui très bien la chose enseigne.

18645 Retendras tu bien cest enseigne, Malcua?

MALCUS

Oy dea, bien et beau :

je n'ay pas oreille de veau

ne sourde, que bien ne l'entende ;

mes je prie Dieu qu'on me pende 18650 parmy la gorge d'ung licol

que se je tiens le paillard fol

je l'estrainderay de si près

que le sang en sauldra après

par tous les joinctures des mains 18655 et des poingz.

ESTONNÉ

Gela, c'est du mains ; il ara bien d'aultres hurtures qui luy seront un peu plus dures et plus dolentes, se Dieu plaist,

JUDAS

Compaignons, cessez vostre plaist :

18660 le moins bruit nous est le meilleur : vous sçavez qu'ung tel cabuseur a beaucoup de mauvaitié veu} si le nous fault prendre improveu se nous en voulions bien chevir.

MALGUIDANT

18665 Se je le puis aconsuivir

et se m'attent que je le lye, il sçara moult d'enchanterie s'il en part sans laisser les plumes.

— 18614 abMtis B. — 1863S Tout tautost B. G. -^ 18648 rien

MISTERE DE LA PASSION

DRAGON

Malcuidant, ce sont tes coustumes, 18070 tu ne fais tousjours qfue baver.

GUBULU

Suyvons pour danger eschever les aultres qui devant s'en wnt.

Icy se partent pour aler au lieu.

JHBSUS

Frères, vos fais dangereux sont :

demourez cy en ce retrait 18675 tant que je me soie retrait

ung peu pour prier Dieu, mon père, dessus la passion amere que je sens moult foi-t approchant ; et pour tant qu'il vous est touchant, 18680 priez par humble affection pour éviter temptacion affin, se vous estes tentés, que du cueur pas n*y consentez :

paresse est mauvaise de soy.

18685 Pierre, venez avecques moy,

vous, Jehan, et Jaques, vostre frère.

Jcy maine ces trois ung peu plus en avant. Quand la peine bien considère par laquelle me fault passer, j'ay tel paour qu'il n'est a penser :

18090 mon ame se doulouze fort et est triste jusqu'à la moi-t ; trUtis est anima mea:

l'ame qui mon corps amé a sur toutes les formes du monde 18095 sent en soy douleur si parfonde qu'au siècle n'est point de pareille.

Mes chers amis, je vous conseille qu'en ceste place vous tenez et tousjoura voas entretenez 18700 en oroison comme j'ay dit ; eslongner me veil ung petit de vous, car prier Dieu désire.

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