‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 159 sur 218 · DI8MAS · texte numérisé non relu

DI8MAS

25280 Ghetif de faulce consclenco, grant toit as de l'injurier :

se nous mourons pour nostre offt nce, desservy avons tel loyer; Mes luy qui est sans dévier

25285 saint et juste, plain d'innocjnce, meui*t a tort sans riens folier :

s'a grant tort donc qui plus l'ofience.

Nous avons la mort desservie et il oncques ne meffît rien ;

25290 il n'a que mal en nostre vie, et il oncques ne fit que bien. 0 doulx Jhesus, que j'ayme et tien, en qui j'ay parfaitte fiance, quand seras au royaume tien,

25295 ayes de mon fait souvenance.

Grans biens a ceste heure mens pour ta créance et ferme foy ; pour ce hodie mecum eris in paradiso ; or me ci*oy, 25300 car certainement je te dis

que pour le désir qu'en toy voy, ceste journée en pai^adis seras coUocqué avec moy.

DISMAS

Mon Saulveur, mon souverain roy, 25305 en celle attente desh'ee

padamment la mort reçoy :

Dieu doint qu'elle soit beneuree !

NOSTRE DABfE

Parfonde tristesse enserrée, conunent soustenir te pourray ?

25310 Ou iray ?

que feray ?

que diray ?

tant d'ire ay que le cueùi* me part ; 25315 Je ne sçay

se l'essay que j'essay conunençay ou s'il iaii deppart.

fô320 Se mort qui espait

et qui tout deppart me prent pour sa pai t, mon dueil si se part et ma vie languoree ; 25325 Se vie me gard

que mort n'ait regard de passer l'esgard, je commence tart ma douleur desmesuree.

25330 0 rigueui' enrigouree,

mort d'un grief mors coulom^ee, moult tarde ta demouree a la triste et esplouree qui riens qu'a sa fin ne r^arde ;

fôfôS coquart A. ~ 2526U blasmes trop B. G. — 25285 Saint et juste en son B. G. — 252SÔ lexonier G. — râ»^f manqutfU B. G — 25300 GarJ Et B. G. — 25301 voy| vien B. — IK)305 manqae B, G. — Î5312 mawjue A. — x:>3t7 ^nanque A. — 25321 que G. — 2â323 se départ B. — 25326 nait] nen G,

TIERCE JOURNEE

jfr.335 Tu es bien désespérée, de crudelité parée:

quant tu me vois prepai'ee et de tout bien séparée que ne me fiers tu de ta darde ?

£340 Faulce mort de terrible garde, c'est ta Gondicion paillarde d'estre tousjoui*s nice et fetarde a ceulx a qui leui* vie tarde, qui sans cesser t'appellent en pleurant ; £âiD Et ceulx que le monde plus garde et qui quierent leur avangarde contre toy, ton oeil les regarde et au parfont du cueui* les larde 8i très serré qu'ilz cheent tout mourant.

Ainsi me fais, tu me vois labourant en ung fier ducil qui me vient aoourant et ne me veulz ce piteux demonrant expédier.

Mon filz, mon filz, a vous veil obvier, mon doulz enffant, mon beneuré loyer, est ce bien £edt de sa mère oublier en tel manière ?

Regardez moy, filz, je vous fais prière : recongnoissez vostre mère très cbere qui pour vous fait si très dolente cbere en plains piteux I JhesuSy mon filz, mon enffant gracieux, ma portée, mon trésor précieux, se 6iit ainsi le départ de nous deux ? 9sasô o départie

A grief torment et douleur depai'tie, au desconffort et courroux de pai-tie ! mère du filz estre par moi*t paitie, quel dur remoi*t !

Filz, r^ardez ceste teiTible mort ou s'il vous fault par envye estre mort, atout le moins que nous mourons d'acort ! ainsi le veil.

Filz, passez moy le désir de mon veil ; vivre sans vous ne me sera que dueil, »mouiir o vous jamès ne plains ne dueil : ce m'est aqueste.

Il ne me chault de la mort deshonneste : il me suffit, je ne veil mort que ceste ; mon cber enflant, passez ceste requeste, je vous supplie.

Ung corps,, ung sang et une mesme vie par une mort requiert estre ravye :

tout ung Bonunes, vous ne l'ignorez mie,

«5385 je le sçay bien.

Ung eorps sommes, car lé vostre est du mien, vostre pur sang de moy engendre tien ; or se respand tant qu'il n'y a mes rien : 0, quel destresse !

Et ainsi pers mon trésor, ma richesse, se ceste mort vous surprent et me lesse ; ha ! l'ude mort, tourne a moy ta rudesse : fais tout onny Sans séparer ce qui est tant uny :

ou laisse tout, as^és il est pugny, ou prens mon filz et me happe avec luy, je suis heureuse.

Mort despite de despit rigoreuse, mort dolente de douleur douloureuse, moi*t hardie, hardiesse oultrageuse, veulx tu desjoindre Les deux coz^oints qu'amour a voulu joindre , Tung séparer, l'aultre de ton dart poindre? ossamble tout, ou tout poindre ou despoindre : ^5405 filz, non fera ;

Face la mort du pis qu'elle pourra, pende ton corps si hault qu'elle vouldra, ja séparer de toy ue me sçara pour quelque peine.

Se ton corps pend en ceste ci'oix haultaine, mon ame y pend par pitié qui m'y maine, et n'as sur toy plaie tant soit grevaine que je ne sente.

Filz, ta doulcui* m'est au cueur bien récente ; du dueil me dueil qui t*occist et cravente, mes trop plus crains que la mort ne t'absente avant que moy.

0 dure mort, j'ay deffiance a toy :

je te deit'y, mort de très put alloy, "*" fais moy passer par la plus dure loy que tu sçaras ; Lesse mon filz, grant charité feras ; fais uioy ti*anssir, très doulce me seras : le plus grant dueil d'ung cop abesseras 254S5 qu'oncques fust né.

Filz beneuré, filz bien assaisonné, filz gracieux, filz bien moriginé, corps des vivans mieulx complectionné, o beauté pure.

Choix des humains, fleur de toute nature, riche couleur, parfaicte poui traiture, regard piteux, très bénigne stature, face sacrée.

Face luysant, franchement figurée,

253M fiel dexU G.

&368 manque B. GîSSW tourne moy A,

- 25361 En] Et G. — 25366 a grant deppartie A. dure départie G. 85376 ce dueil B. G. — 25380 moy la B. G. — 25384 nyez mie B. 25405 manque B. G. ~ 2^ià ton pouoir ne congnoy B. G

25307 et grief dueil B.

25390 pars A, liesse G,

MISTERE DE LA PASSION

es tu ce la si très desfiguree, blesme des yeux, tout de sang purpureo, dur entreniôs ?

Filz, es. tu ce, je ne te congnoy mes, qui vas mourant ? ne t'adviengne jamès : en croix te rendz, a la mort to submcs sans desservir.

Hardie mort, veulx tu mon filz tollir, mon fort miner, mon trésor demollir ?

c*est la vie, Tozes tu assaillir, fôi*5 mort absourdie,

Prompte a grever, a mal faire hardie ? helas ! mon filz, il fault que je le die, . ce mal; ce dueil, celle grant maladie par moy vous vient ; Par moy est ce que cecy vous survient ; par moy est ce que douloir vous convient ; peine, traveil, tout cecy vous advient par fraeletc D'avoir en moy prins vostrc humanité, car, elle ostee, vostre divinité tenant le lieu second en trinité mise a délivre.

Ne vous seroit que de régner et vivre, joye sortir, gloire parfaicte enssuyvre ; humanité a ceste mort vous livre ou vous régnez.

C'est donc, mon filz, quanque de moy tenez douleur, langueur, i^eine que soustenez et mort finalle a laquelle venez ; ?5i65 et de vous tiens

Joye, santé, honneur en tous maintiens, vivre, régner, et ce dont me soustiens ; et donc, mon filz, se j'ay part a vos biens especîaulx.

Souffrez au moins que j*aye part aux roaulx, car les plus gt*ans me sont les principaulx : mourons tout ung : aultrement, se j'y faulx, tort me ferez.

0 mon enflant, mon fait considérez, donner ma part jà ne délibérez ; j*ay part en vous, se bien la modérez, trop plus féconde Qu'aultres mères, plus précieuse et monde : car aux enfTans qu'elz engendrent au monde, n'ont qu'une part, le père a la seconde : tout estes mien, Homme mortel n'y peust reclamer rien :

se père avez, il est celestien ;

et donc, mon filz, pow Dieu gardez vous bien 25185 par tel pointure

D'habandonner ainsi a l'aventure mon droit, ma part, mon sang et ma nature ; s'ainsi est fait, a la dure parture je m'y op)x>se.

Pervers Juifz ou envie reppose, trahitres chiens, conti*e vous je propose: valiez vous huv d'habandonner tel dioso ? respondez tous.

Helas ! mon filz, je retourne vers vous, voiez mon dueil, mon tristable couitoux, et de vos yeux tant précieux et doulx, regardez celle Qui vous conceut pure vierge et pucelle, qui vous nourrit de sa tendre mamelle, et me dittes de ma douleur mortelle qui reste plus. •

JRESUS

MidieVy ccce filius tuvs:

femme, ayez cueur et pacience bonne, cessez ce dueil ; se de mort suis perçus prenez en gré le filz que je vous donne, Vostre nepveu, qui de vostre pârsonne songnera bien après mon grief ti'espas:

prenez la, Jehan, vostre mère l'ordonne, servez la bien et ne la laissez pas.

s. JEHAN

25510 Helas ! quand j'esgai'de mon cas,

mon maistre et mon très doulx seigneur, vous me faictes moult grant honneur de moy ainsi reconunander vostre raere et moy commander 25515 qu'a maistresse et tnere la tiengne ; ja Dieu ne plaise qu'il m'adviengne que ma mère et chère maistresse pour quelque perte je delesse ; volontiers Tacompaigneray 2^20 et pour ma mère la tendray,

' non obstant que ne suis pas digne que dame tant sainte et bénigne soit bailliee et mise en ma garde. <

0 mon maistre, quand je regai*de 25025 . vostre mort sans quelque avangarde, je m'esbahis, N'assés esbayr ne me puis, quand ces faulx et mauvais Juifz, remplis d'envye, 25530 Vous veullent huy toUir la vie

25^33 /ilz es tu oe qui en ce point te metz B. C. — 25'i50 Par moy suutfrez par moy mort vous seuruienl B. C — 25453 fragelite C. — 25456 Séant B. — 25457-60 inanquent A. — 26461 Ou vous venez B. C. — 25463 vous prenez B. C

— 25470 au moin^J aussi B. C. — 25471 les plus grans] les meilleurs B. C 25479 quelles A. quelle B. qnell^l^'-

pé C. — 25490 enuie] rain de mort B. C. — 2550? Pensera C, — ?5509 Oprde» h B- G. — 256W Combien- <jae C - 25525 Vostre fait et ce que je garde B. C,

TIERGK JOURNEE

Sa>40

^Ky\ô

2jj55

sans avoir la mort dcsservye, dont Yosti'e mère Porte destresse tant amere qu*il n'est cueur qui le considère ; quel desconffort !

Et encor me samble bien fort que pour luy donner resconfort TOUS m'avez pns, Qui suis de douleur tant espris que je ne sçay en quel pourpris traire me puisse.

Pensez tous donc que je soufifUse a ce que reconfibrt luy feisse de ces griefz deulz, Quand je ne sçay qui de nous deux, Teu la grant multitude d'eulz, doit plus souffrir ?

On doit sou reconffoi't queiir de celluy qui peust secourir et donner joye; Mes quand a moy, je ne pourroye, car de tout mon bien la monjoye pers a ce jour.

O haulte dame de valour, très sainte et précieuse flour, corps benedict, Vous oez que mon maistre a dit :

il vous a voulu par son dit ma mère eslire.

NOSTRE DAUE

JehaUy je n'y veil pas contredire :

ja soit ce que moult piteux change

je face au jour d'uy, quand je change

pour mon parfait filz naturel

ung fibs adoptif et^ nouvel,

pour Dieu pur homme viatcur,

pour le seigneur le servi teu i>

et pour le maistre le .disciple,

ma triste contenance et simple

refrène sa perplexité ;

a la divine volenté

du tout mon vouloir se conforme :

face de mon filz en la forme

que son père l'a préparée.

MADELAINE

O dame de vertu parce et des aultres la plus constante, vostre responce est tant plaisante que tout cueur en est allcgé.

PHARES

Jhcsus, c'est a toy trop song-o,

25535 Quel] Et B. C. - 25639 surpris B. C. — 25542 2:57» est reprouche C. — 25693 brief de B. C. — 25615

2ô5iD

et es reprouche grandement 25680 qui demeures cy longuement

en ceste croix tant diffamée ;

que n'as tu ore réclamée

Tavde de Dieu a ta misère ?

puisque tu dis qu'il est ton pcre, ^55$5 il te secourra sans faillir.

RABANUS

Créez que s'il eust peu saillir, il n'y eust pas tant attendu.

GRIFFON

Je l'y ay si bien estendu

qu'il ne s'en sçaroit remouvoir.

JHBROBOAN

25500 Avant, Jhesus ! fais ton devoir, abroge le cas, il n'est tel :

se tu es le roy d'Israël descend jus de ceste croix haulte, et nous croirons a toy sans faulte :

25505 or besongne acop sur ce point.

ORILLART

Parlez hault, il ne vous ot point :

il pense à sa merenoolie,

MARDOGEUS

Maintenant on voit sa folie et le venin qu'il a couvé :

25600 il a bien les aultres saulvé, et il en deipcure en la fange.

GESTAS

Jhesus, il me vient bien estrange, toy qui as fait les mors revivre, que ta force ne nous délivre :

25605 s'a ce faire estoies puissant, tu es bien maudit et meschant que tu ne nous fais délivrance ; mes tu n'as pouoir ne puissance et es povre homme, ainsi le crois.

25610 Ha ! villaine et mauditte croix, fault il qu'en toy fine mes jours ?

he I n'est il confort ne secours qui de mort respiter me puist?

ne me chausist dont il venist,

25615 fust par faux tours ou véritables, fust de Dieu ou de tous les deablcs, mes que de mort eschapér peusse.

Gompaignons, moult volentier sccusso, après jeux et esbatemens, 25(feo que'nous ferons des vestemens de Jhesus et de ses consors.

donc mam/ue A. — 25561 moultj mon C. — 255G4 adobtil C. verluables A. — 25617-8 peulee, seuK e A.

MISTERE DE LA PASSION

GRIFFON

Il n'y convient brigues ne sors :

ilz sont tous miens selon raison.

GLAQUBDBNT

Mes pourquoy dea?

QRivron

Pour Tachoison fô6S5 que je les ay exécutés :

c'est l'usage en toutes cités que le bourreau a la despouille.

BROYBFFORT

Sces tu qu'il est ? nens ne nous bix>uille : comment qu'il voist de ces lari'ons, e56d0 des habis de Jhesus arons noslre part, et sera sorty.

ORILLA.RT

C'est raison que tout soit party :

chacun de nous y a son dix)it ; se tu les as pendus, bien soit ; 25635 aussi t'avons nous bien aidié.

CLAQUEDENT

Autant a celluy qui tient pie comme celluy qui escorchoit.

GRIFFON

Je suis bien content qu'ainsi soit :

regardons brief sans nous debatre 25640 que nous sommes.

ORILLART

Nous sommes quatre qui 'sommes cy tretous ensemble.

BROYKFFORT

Nous sommes cinq, comme il me semble : mes8eigneui*s, comptez a vostre aise.

GRIFFON

Tu n'en es point, ne te desplaise, 25645 tu as ung peu trop lourt museau.

BROTEFFORT

Au moins en aray je un morceau :

j'ay esté icy sans séjour et vous ay seuvis tout ce jour :

qu'aray je pour toutes mes paines ?

CLAQUEDENT

85650 Tu aras les fièvres quartaines, pour affuljler eu lieu de chappe.

BROYEFFORT

Prens ce marché, qu'il ne t'eschappe :

tu n'aras de ce mois si bon.

Ay je bien pai-ty de façon ?

25655 veez cy quatre pai's divisées et si justement composées qu'on n'y sçaroit ester ne mettre.

GRIFFON

Veez cy poui* moy.

ORILLART

Yoyla bon maistre :

il scet bien prendre le meilleui';

BRAYART

25660 Et ça pour moy.

CLAQUEDENT

Quel gouverneur !

et puisque chacun prent la sienne, j'aray ceste.

ORILLART

Et veez cy la mienne :

je ne perderay meshuy tout.

Mes pour achever tout a bout 25665 tandis que nous sommes Unj^ pi'estz, partissons ceste robe apprès, et que chacun en ait sa pièce.

GRIFFON

11 n'est pas bon qu'on la despiece, veu qu'elle est d'esti'ange fiicture, 25670 tout d'une pièce et sans cousture : mes jouons nous a jeu de sort qui l'ara.

J^eu suis bien d'accord sans que de rîen te contredie ; si convient donc qu'on estudie 25675 de quel sort nous la sortirons.

Tirons au los.

BRAYART

Avant! tirons :

qui a le plus long il emporte.

CLAQUEDENT

Ce jeu la n'est point a ma sorte, poui' les grans fraudes qui y sont.

BRAYART

25680 Or en devise ung aultre dont qui soit ung petit plus joyeulx.

• Griffon, tu as veu tant de jeux et sces des fatras plus de dix :

se tu sces riens si le nous dis

25685 et nous ensuyvrons ta querelle.

GRIFFON

Nostre conduite sera telle»

comme vous orrez deviser :

25632 quil soit departy C. — 25637 Par raison que cil qui escorche B. G. — 25638 G. KaUlt il quil soit ainsi B. Cf< force II est coquart qui ue le croit G. Puisquil fault passer ce destroit B. C. — ;fô639 Bsgardons B. G. — S5(>40 A aiK> r gaiges B. C. *«- 25&47 Sil a en vous bien ne honnour B. G. — 25652 Prens la hï B. — 25658 aga du B. G. •»- 25663 mx*/»' C. ^ fô664 tout debout B. debas C. — 25666 ceste] ce A. ceste cy B. G. — 25676 a loi B. — 25681 Qui aoil ung pe^ plus Joyeulx jeu Bi 0. ^ 25682 Griffon tu en as beaucoup veu B^ C.

TIERCE JOURNEE

il me fault ung peu retourner en la cité comme j'espoire

S690 pour querre ma grande douloire dont je couppe les hastereaux, pour froiesier a ces larronceaux les genoulz tantost au serain ; pensez quelque jeu bien souldain,

â'jOâ et en allant a la dté

je penseray d*aultre costé se je trouveray quelque esbat.

ORILLART

Ame de nous n'y met débat :

va et retourne ygnellement.

25700 Changer me &ult habillement et muer ung peu ma figure, affîn que malice procuré contre ce meschant qui s*en va :

se le deable ne le couva,

25706 je luy feray tantost injure.

Povre homme de freale nature, en quel lieu te veulz tu retrairc ?

GRIFFON

En ung lieu ou j*ay bieu affaire :

laisse moy aller mon chemin.

25710 Arreste, arreste, mon cousin, je veil parler a toy deux mus : bien sçay que tu as en propos et sur quoy t'en vas garmentant.

GRIFFON

Le sces tu bien ?

Je t'en dis tant :

25715 tu te ronges la teste fort

pour trouver quelque jeu de sort dont si bien puisses besongner qu'a celluy jeu puisses gaigner ung meschant et bien simple habit 257â0 qui fut Jhesus.

GRIFFON

G W très bien dit i

ne sçay qui te l'a revellé.

Rien ne me peust estime celle, je Tay bien sceu appercevoir.

Se tu veulx ung bon jeu savoir,

25725 ung t'en apprendray bien appoint par lequel tu ne fauldras point de gaigner surpiez celle robe,

«V et n'est tricherie ne lobe qui ja t'en sache faii*e tort.

GRIFFON

25730 Tu m'esbahis de ton rapport :

si n'y ay créance ne fois.

Je te dis encore une fpis que quand ce gentil jeu sçat as et par mon sens en useras, 25735 tu ne fauldras point de crocquicr la robe.

GRIFFON

Et donc, je te l'equier que tu me monstres la manière.

Elle est asscs ample et plainiere.

Geste cy tes yeulx grans et gros :

25740 voy tu ceste piecete d'os

de six quarrures bien quarree?

mes que je l'aye img peu parée, tu verras et diras de fait qu'oncques plus beau jeu ne fut fait.

25745 Regarde, est il bien a l'ecquarre? Pi'emierement en ceste quarre metz ung point, afân qu'il appere que c'est en despit Dieu le père ; en ceste ara deux points assis

25750 en despit du Père et du Fils ; puis trouves trois en ce costé en despit de la trinité ; les quatre icy aront leurs gistes en despit des euvangelistes

25756 qui la loy de Dieu escripront ; a ceste aultre coste seront cinq points bien assis en despit des cinq playes de Jhesu Crist que tu vois en ceste croix la.

GRIFFON

25760 Des cinq playes ? comment cela ? tu ne monstres pas que veu l'ayes il a plus de dix mille playes ; en trop bas nombre les ravalles.

25690 grani doulouel-e A. — 25602 croquier B. coappef G* — 25609 vistemcnt A. — 25706 foible C. — 2Ô712 st«Ay Mnnf(yw A. — 25719 bien manque C. — 25735 gaigner C. — 25739 Gelte tes yeulx qui «ont si gros B. C. — 85741 carroses G. — 25748 qa nom de B. >- fô756 itultro n\a,nque C. — 25757 bien manque B. — 25762 11 en y a G.

336 MISTKRE

Je te parle des principal L's 25765 qui percent les membres Jhesus.

GRIFFON

Et doncq lu mens comme dessus, car se des grandes me devises, il n'en y a que quatre assises :

j'ay bien regardée chacune.

«5770 11 en ara brief encore une

qui la cinquième parfera :

te souffise que cinq sera

en despit des cinq playes diltes;

et autant de fois ces mos distcs 25773 que vous getterez de pointure.

GRIFFON

Veez cy encore ime quarnire :

quans poins y fault il au surplus ?

11 y fault six poins et non plus,

et c'est la pointure plus haulte, 25780 laquelle y est pointe sans foulte

en despitant en fais et dis

toute la court de paradis.

Je n'y sçai-oie plus prescher,

et pourtant je te veil noncer !^785 que tu ne sçaras soubz les cieulx

trouver jeu qui te vaille mieulx

pour gaigner.

GRIFFON

Je croy bien que non.

Et, beau sire, dy moy son nom de ce beau jeu nouveau fondé.

25790 Tu le dois appeler ung dé,

qui est ung nom de grant haulteur.

GRIFFON

Et s on enquiei-t de l'inventeur, que diray je ?

Sans quérir fable, tu diras que c'a fait le deable :

fô795 ja mensonge n'en encourras, et touteffois que tu jouiras ou toy ou aultruy par bon het, et chance ne vient a souhet, se c'est ung point, par vitupère

25800 ei dy : va en despit du Pore ! s'il n'y a que deux poins, si dis :

va en despit le Dieu le filz

et du Père conjointement !

et ainsi tout oonsequemment 85805 comme devant monstre t'avoye ; et.s'en ce point dresses ta voye, quiconques en veille hongner, tu ne fauldras point de gaigner autant qu'il vendra de financ?.

GRIFFON

25810 J'en feray ma plaine puissance de maugréer et regnier, et pour plus tost expédier, amy, d'icy nous partirons ; je m'en voy vera mes oompaignons

25815 pour leur apprendre le mestier.

Hz y jourront si voulentier qu'on ne les ai sçara ravoir.

[Pose.]

GRIFFON

Gompaignons, voulez vous sçavoir .ung jeu bien jolis et notre ?

ORILLART

25820 Or avant, qu'il nous soit monsti'é, car nous ne demandons pas mieulx.

GRIFFON

Gettez tretous icy vos yeulx : regardez quel outil veez cy.

CLAQUEDENT

Ou deable as tu trouvé cecy, 25825 Griifon? grandement m'esmei-veil :

oncques mes je ne vy pareil ne si beau jeu dont m'en souviengne.

GRIFFON

Ne vous doit chaloir dont il vienne :

prenons la robe de Jhesus, 25890 et puis gettons ce dé dessus, et cil qui pourra si la gaigne.

ORILLART

Il fauldra donc qu'on nous enseigna comment le jeu ci se comporte.

GRIFFON

Cil qui a plus de points l'emporte :

£5S35 je n'y voy point d'aultre ordonnance, et se deux gettent une chance, il fault qu'ilz gettent de nouveau.

25765 le corpî de C. — 25772 Te suffis» e quainsi B. — 25777 faull] a B. — £5778 cinq poios B. — 25797 ton fait B. C — 25798 a ton hait B. C. — 25719-800 aï délibère Et diz B. G. — 25801 Se ce uout deux mal entresis B. eDtresai&îs C.^ 2581:leur manque A. — 25821-2 Nous nattendons autre denrée G. Voioy juate nostre marée B. C. — 25828-31 ni'tnqurnt C

TIERCE JOURNEE

CLAQUKDBNT

Le jeu me semble bon et beau :

je m'y jourray trea volentier.

25840 Qui commancera le premier ?

il nous le fault dire en commun.

Il ne peust chaloir, c'est tout ung :

qui Ta, si getle a Faventure.

BRAYAUT

Veez la, commance la parture 25845 puisqu'on ne m'y contredit point.

Haro ! je n'ay getté qu'ung point, qu'en despit de DieU ce puist estre î

GRIFFON

Gomment ! es tu ja si bon maistre, et sans ce qu'on le faist appris ?

ORILLART

25S50 Et je n'en ay guerçs plus pris : j'en ay deux, ma part en est faitte ; mau gré en ait le faulx prophète que je voy la crucifié !

GLAQUBDËNT

Je suis ung peu plus hault monté, 85855 j'en ay trois pour toute ma paine ; que la trinité souveraine en ait mau gré et maie grâce !

GRIFFON

Laissez moy getter, faictes place tant que je soye ung peu assis.

25860 Tenez la, j'en ay getté six :

il n'en fault plus tenir sermon, ceste robe est myenne.

BRAYART

C'est mon :

le deable en puist ix)mpre sa pâte !

l'avons nous pardu si en hatè &865 par tes falaces et tes ti-ompes ?

et ce faulx jeu dont tu nous trompes, maudit soit qui le composa !

ORILLART

Voire, et qui appris le nous a î du perdre tout le cueur me deust.

GRIFFON

roisio Ne m'en chault, soit maudit qui peusl ! puisque j'en tiens la grigneur pîeco, vous ne la verrez mes en pièce :

elle s'en vendra avec moy,

PILATB

Messeigneurs, grans merveilles voy, 25875 je n'ay point appris ceste chose : la journée s'est bien tost close ; on ne voit comme point sur terre.

CENTURION

Tout le cueur ou ventre me serre de la crainte qu'en moy s'espart; «5880 gardez comment il samble tart et comment ténèbre foisonne, et si n'est pas encore nonne :

si fault que le ciel se desvoye.

ANNB

Messeigneurs, se Dieu vous doint joye, 85885 ja tant de plait n'en fault tenir : veystes.vous oncques advenir esclipse de soleil ? créez que c'est cela que vous veez :

si ne s'en fault point esbahir.

25890 Et deusist le monde faillir sans jamès avoir temps futur, si feit il un temps bien obscur, bien terrible et esbahissant.

ASGANUS

Toiyours va en obscurcissant :

«5895 il n'est cueur qui n'en soit esmus.

Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me ?

mon Dieu, mon père de lassus, qui vois quanque tu as formé, «5900 Regarde ton fils trop pugny, qui n'a meffait ne folié ; hely! lama zahathany ?

Dieu, comment m'as tu oublié ?

BROYEFFORT

Oez, seigneurs, il a buchié 25905 Helias, ung de vos prophètes ;

pouitant regardez que vous faites :

s'il vient, il le délivrera.

YSACAR

Or laissez voir s'il y viendra :

il nous y convient tous entendre.

JORRAN

25910 Je pense qu'il a bel attendre :

il est bien loing de son secours.

-^^"^foSt^B c''' "g??^^"" ^\ "^T ^^'^ '^''"^^ ^« ^«"^ ^-C- - ^^^ Tene. la de quo> ven la .ix B. vêla ..»6o fabuses B. G. - 25866 comptes B. - ^5872 mes] n.en A. - fôb'81 fri.oune B. - 2^95 fremeux B. formeux

Pas.

MISTEREDE LA PASSION

JACOB

S*il huche Helyas pour descendi'e, je pense qu'il a hcl attendre.

Helyas lui pouiToit bien rendre S&tflS les champs, s'il y a son recours.

YSAGAR

Je panse qu'il a bel attendre :

il est bien loing de son secour:*.

Nous y serons avant trois jours que la fin n'en soit remiree.

259S0 Natui'e humaine désirée,

mon ti'Qs cher et très amé geiidro, sicioy j'ay soif 1res serrée de toy ton heiitage rendre ; J'ay ma chai* pour toy mai'tiree

859:^ autant qu'elle se peust comprendre : la langue seule est demouree qui n'en ai*a pas sa part mendrc.

RUBBN

Ce Jhesus se commance a rendre :

il se complaint de soif qu'il a.

SALHANAZAR

29030 Je pourvoiray bien a cella,

puisque je l'ay en mon memoii*e ; je luy donray tantost a boire assés pour sa soif estancher :

veez cy bruyage riche et cher

25035 iK>ur bien eugresser -homme maigre : il est de fiel et de vin aigre avec du myerre mis par my.

PHAREiâ

Tu dis vray, tu es mon amy ; mes comment luy en donra» tu (

SALMANAZAR

25040 Très bien : j'ay icy revestu

une esponge d'ysope amerc ;

si convient que je la modère

sur ung beau roseau dix)it et long

poui' lui meuistrer, et adouc 23945 il n'ara garde d'eny vrer.

JORRAN

Avant, pense de labom'er;

acop : c'est fait d'homme de bien.

Or tien la donc, prophète, tien, boy de ce gentil vin paré :

85060 ce n'est ypocras ne claré,

c'est bruvage d'autre manière.

NBMBROTU

Il retourne la teste arrière :

il en a ung petit taté, mes si tost qu'il en a goulé, 95055 ce n'est point bien ce qu'il demande.

AflCANUS

Il a la langue trop friande ; il amast mieulx ung bon loppin de pain et ung godet de vin a fourrer ung petit ses dens.

SALBiANAZAR

:fô060 Je luy boute a force dedens,

mes tant qu'il peut il y répugne.

RABANUS

11 a assés maie foHune ; puisque ce boire ne luy plaist, laissez le la pour tel qu'il est :

3!99C5 il souffit qu'il ait essayé.

CENTURION

Chacun doit bien estre effrayé d'esgarder le souleil ou ciel :

ne sçay se c'est temps naturel, mais la tendiire m'esbahit.

JHBSUS

26070 Consummatxim est! il suffit : toute l'escriptui^e sommée qu'oncques homme de moy esciipt est de ceste heure consommée :

Maintenant est aterminee

25075 ce mistere et la passion, dont la fin est déterminée de l'humaine redempcion.

0 giievfe separadon,

des dolentes la plus piteus^c !

25060 0 mort terhble et desiuteuse,

regarde en quel langueur je suis :

je te reclame et tu me fuis ; mort, comment peulz tu consentir mon cueur tel destresse sentir?

259S5 que ne l'abas et desconffis ?

Mon enffant, mon gendre, mon filz, helas ! tu t'en vas au trespas !

Helas I et ne me laisse pas, qui par toy seul me dois conduyi^e ;

25090 il me souffit qu'avec toy muyre :

25912-15 wanfiuent A. •>* 25022 saree B. — 25023 ion] mon G. —25081 Et puisqae je lay eu mémoire C. B. merrc G. — • 25042 Fichie par lame de ma more A. la] le B. — > 25015 de srnyurer G. — 25961 tant 85005 a^saye C. — 25008 tcnip» maivqaea. — 85972 moy] mon B; •« 26073 aclieuee G.

tHfjmr A.

TIERCE JOURNEE

tout bien aray quand j*y luouiTay, et qashd sans toy je demoniray, ce me sera mort plus que dure.

MADBLAINB

Tout son corps tel destresse endure 15995 qu'il n*en peust plus sans rendre Tanie ; confortez vous, dévote dauie, ung peu sur votre piteux cas.

JHBSUS

0 Pater, in maniM tiuis commando spiritum meum; xooo par la puissance que tu as,

mon père, et par ton digue noui, Je n^ay mes jour se cestuy non, je me pars du i*egne mondain, et au partir, par piteux son, M0(& mon esperit rcndz en ta main.

Icy encline Jhesus le chef et rend Vesjjtrit : et doit trambler la terre, les pierres se fendre f plusieurs mors ressusciter; le toile du temple doit partir et rompre en deux.

Veez cy uug cas si ti*es soubdain ^e je ne sçay trouver conseil :

de ce Jhesos cy m*esmei*veil :

il est mort, sa fin est venue,

6010 mes que son ame est devenue, je n*en sçay rien, n'en quel pai-ty il s'en va, n*ou il est verty ; ^\ mil que je fais ti*es grand doubtc qu'en uostrc manoir ne se boute

»!5 pour rompre portes et verroux et nou:» de^^truire et pillicr tous, et ci'ains que ja ne soit bien pret^ ; et poui-tant je m'en coui-s apprôî»

pour le devancer si je puis.

Icy s^ert va en cnff'er.

m, ilUUKN

Oucques mais dont je me recors 26085 n'oys voix humaine si foite.

NOSTRB DAHB

0 mon filz, trop me desconfoi'te ma dure et desplaisante vie :

ou es tu?

Icy chiet pasmee soubs la croix,

MADBLAINB

La vêla ravye et cheute pasmee sur teire.

GRIFFON

26030 Gueur n'est qui de pitié ne serre a voii* ceste fenmie esplouree, qui est sur terre demeurée cvanouye de courroux.

ORILLART

Portons la aiTiere entre nous, 26035 que nous n'oyons plus tel braiie. Vuidez d'icv.

MADBLAINB

Vierge Marie !

GLAQUBDENT

Poussez avant, vuidez cest estre : se vous voulez voir vostre maistre, si l'allez de Iping regarder.

Icy empoi'tent Nostre Datne arri^n*.

I»ILATK

)î6O40 Gentui'iou, veillez garder

ces malfaiteui's pom' une espace* ; je me depai's de ceste place, car les grans signes que je voys m'esbayssent et sens et voix,

26045 tant qu'a peu sçay je ung seul mot dire.

CENTURION

•le le feray volentiers, sii^e :

a mon devoir pas ne tendra.

Icy s* en tvi Pilate et ses gens awc.

GBNTUR10.N

9&) Esmerveilliê très foit je suis de ce Jhesns qui en mourant a geste ung cry si puissant veuia foiblesse de son corps.

RU BEN

Je cioy que le monde tauldi'a ; oncques telz fais ne furent veu» :

26050 la terre tramble sus et jus,

tant que tout homme est esbahy ;

KOQ^ ce centuy A. C — 26020 Grans inerueilles en mon oueuv truU B. G. — 26021-:;; De ceut homme icy en moult Qui a gette ung i*ry si grant B. G. — S6028 Or es tu A. ^ 26036 orde mesgnie B. G. — 26037 Vous ne pouex plu« J>rts estre B. C. — 90O'ii de ceste place j pour une espace A. — 260^5 se je scay mot dir« B. G.

MISTERE DE LA PASSION

les pierres se fendent par my tant que riens ne demeure entier.

ASCANUS

Le fouir nous eust bien mestier 26055 ou muscer dessoubz les montaignes ; oncques plus honibles enseignes ne furent sur terres monstrees :

ténèbres se sont demonstrees encore plus fort que devant.

EMILIUS

2Ô060 Cheminez de cy en avant

pour voir grans èsbaysscmens :

voua verrez plusieui*s monumens tous ouvers, je vous certiffîe ; mes que cela nous signifie,

26065 il n*est qui en sache parler.

CENTURION

Le vray ne se peust plus celer :

qui n'a créance, c'est simplesse ; le ûdt de Jhesus est tout der, qui tous nous esbahit et blesse :

26070 Dessei^vy n'a pas tel destresse qu'il a enduré en ce lieu :

par quoy vrayement je confesse qu'il estoit le vray fils de Dieu.

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