‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 171 sur 218 · L*ESPICIER · texte numérisé non relu

L*ESPICIER

Vous en arez d'aussi bien piis

qui soit en ce monde, je croy ; iSiiO et fîist il pour cnoingdre ung roy,

8*cst il bien precieulx et digne :

tenez, sentez a la narine,

si vous semblera sans montir

ung paradis a le sentir ; iS\ZS si a tel oignement céans

que s*ung roy, prince ou autre gens

en sont bien enoings une fois,

on les gardera plus d'ung mois

sans quelque putréfaction.

SS430 Vêla une digne unction

qu'on doit bien garder en l'enchiere.

L'E8PICIER

Aussi coaste elle pour bien chiere :

mescbans gens jamais n'en ont goutte.

MADELAINB

Ne nous chault combien elle couste :

^435 nous sçarons bien ou l'argent prendre ;

mais dictes nous sans plus attendre

quel argent de nous vous arez,

et ces trois boistes em{>lirez

de cil qui est de pris plus hault.

l'espicibr âS'é40 Le seurfaire riens ne vous vault,

tout a ung mot je vous diray :

vos trois boittes vous empliray

l)0ur cent besans, sans riens laisser.

MARIE JACOBY

N'en pourroit on riens rabaisser ?

SS445 cher maistre, soiez nous begnin.

l'bspicier

En loyaulté, dame, nennin ; , créiez que je n'y gaigne guaire,

et se pour moins le peusse faire

vous n*en iriez pas escondites.

2S450 Or avant ! puisque vous le dictes : veez la'vostre argent tout content.

JOURNEE

l'bspicier S'il vous en fault encore autant après la fin de cestuy ci, venez moy voir.

MADELAINB

Vostre mercy :

fôi55 si nous en fault, nous revendrons.

Or ya, mes seurs, considérons quel chose avons a besongner.

MARIE 8AL0MÉ

Nostre fait est d'aller songner de mectre gentement appoint 28460 ces fins ongnemens.

MADELAINB

C'est le point, et regarder qu'il nous fauldra ; et si tost que le jour sauldra, au monument nous en irons.

MARIE JAGOBT

Vostre bon conseil ensuy vivons, S8465 et sera de nous deux tenu.

Icy vont mètre apoint leurs oignemens.

s. JAQUES ALPHBY

Vray IMeu, que m'est il advenu?

qu'est mon cher maistre devenu, Jhesus, tout mon affection ?

Qui m'a mon seigneur retenu, S8470 qui long temps m'a entretenu en vraye consolacion ?

0 pute et faulce nacion, Juifz, plains d'obstinacion, quel rigueur avez maintenu t8475 D'avoir livré a passion

vostre roy sans compassion, par vous mort en la croix tout nu ?

0 faulce gent et nephaire, preste a faire 2R480 tout mal et iniquité, as tu osé tant méfiai re

que defiaire le juste plain d'équité ?

Cueurs plains de crudolité

28420 manque C. — 28438 bouet«8 C. — S843V-40 De cest ongnement noble et digne Lfspirùr En vente dame bénigne A.— 28446 vérité B. G.— 28449 ires A. B. séries C. — 28454 adieu vous dy A. — 28458 penser G. — 28465 ires bien retenu B. — 28470 endoctrine C. ~ 28473 Faulx juifi A. — S84^3 en tel cruaulte B. G.

MISTERK DE LA PASSION

885ia

et durté, luy rendez vous tel salaire que pour monstrer vérité

a porté la mort qui plus doit desplaire ?

RU BEN

Jaques, cher frère débonnaire, cessez vos lamentacions ; tels dueilz et telz afflictions bien souvent, qui n'y remédie, sont cause de grant maladie et d'inconvenians bien grans :

ne soiez donc point si engrans de vous en telz pleurs esmouvoir, qui vous pourroient promouvoir en maladie très grevaine.

GBDEON

Beau frère, il vous fault mettre painc de vous ung peu reconforter :

Tomme ne doit jamès porter tant de dueil en son cueur exprès, qu'il luy en soit de pis apprès ne dont il puist bleder son sens.

s. JAQUES ALPHEY

La plus grand douleur que je sens est quand me vient en remenbrance que je portoie sa samblance de sa doulce face vermeille si très proprement que merveille ; et estions tout d'une estature et cousins germains par nature :

or ont ces faulx Juifz ouvré tant qu'ilz l'ont a la moi*t livré sans cause et très ix^ustement.

NBPTALIN

Pour pleur ne pour gémissement que vostre cueur puist recorder, ne pouez sa mort retarder ; c'est fait, le conseil en est prins, mes s'ilz ont bien fait ou mesprins, ilz le trouveront en la fin.

RUBBN

Ilz sont plains de couvert venin

et de mauvaise ypocrisie,

car soubz l'onobre de sainte vie

et par une fointe justice

ont trouvé le plus grant malice

dont jamès homme s'advisa.

s. JAQUES ALPHET

0 Jhesus, moult peu te prisa

caste gent terrible et mortelle, 28530 que de toy livrer a mort telle sans loy et sans riens confesser.

GEDBON

11 convient vostre pleur cesser et prendre ung peu refiection :

chacun scet bien l'exaction

28535 a quoy ilz l'ont voulu contraindre ; mes se tousjours le voulez plaindre et tousjours tiistesse endurer, ceiies vous n'y pourrez durer ; vous l'avez gi'ant pièce plourc

28540 sans menger, c'est trop labouré : au moins prenez quelque substance.

s. JAQUES ALPHEY

Ghers fibres, créez sans doubtance que le boire ne le manger ne pourroit mes deulz alléger, 28545 tant en ay, Dieux en soit loué:

et de fait j'ay a Dieu voué que jamès je ne mangeray jusqu'à tant que je le verray ressuscité devant ma face.

NBPTALIN

2^50 Auflfort vostre vouloir se face; vous avez doncques vray espoir qu'il ressuscite, et de le voii* briefment par divine puissance ?

s. JAQUES ALPHET

J'y ay si parfaicte espérance 28665 qu'on ne m'en pourroit remouvoir.

RUBEN

Dieu nous en doint briefment avoir nouvelle qui soit pourfitable.

Tcy est S. Pierre en la fosse tout par soif.

s. PIERRE

0 fragille homme et variable,

des meschans le plus misérable, 28560 ou est ton cher maistre envoyé,

Jhesus, le doulx et amiable,

qui t'avoit ^i très agréable ?

pourquoy ne l'as tu convoyé?

Ton cueur doit bien estre eûnoyé, 28565 en pleurs et en larmes noyé

pour sa grand douleur importable,

Quand si tost as esté ployé

28497 duelz G. — 28503 exprès] porter G. — 28504 Qui luy en scet A. a supporter G. — 28)10 qua merueille À. — SSôtl tous B. C. — 28513 maudis A. — 28526 la plus G. — 28535 ont A. — 2fô38 pourriez G. — 28340 et fort labour© B. C. — 28554 fiance G. — 28555 desmouuoir B. G. — 2S558 fraille G. ^28564 auoye B. G

t<ilb

SSTiST»

que par trois fois i*afl regnoyé :

doolx Dieu, soies moy pitoiable.

O Jhesus, vraie sapiencc, j'ay envers toy commis offense laq[uelle nuit et jour reoorde ; Je t*ay laissié par nc^ligence, dont j'ay blessié ma conscience et me tient pechié de sa corde ; Mes en toy est miseiicordc, laquelle tous pécheurs concorde a ta douice benivuleuce ; Se desespoir ne me discorde, j'ay bon esjwir qu'il me raccorde a toy par vraie confidence.

J'ay souffert par grant pacience en ceste fosse longuement en plorant très amèrement sans manger ne prendre pasture \)0\ir la douloureuse avanture qui m*a nouvellement sourpris.

Partir me veil de ce pourpris, asisés y ay fait stacion ; par pleur ne lamcntacion, ne par regret que sache faire, mon très cher maistre débonnaire nullement ravoir ne pourroye.

Pourtant je me veil mettre en voye :

j'iray mes frères visiter lesquelz me pourront confforter de mon douloureux desconffort ; car homme seul n*a nul conffort:

s'est bon que sur sa douleur forte àS€00 il quiere qui le reconfforte.

Mes cliiers frères doncques queiTaj"^ :

ne sçay ou je les trouveray n'en quel part ont leur tabernacle, se ce n'est au lieu du cénacle auquel Jhesus sa cène fit.

// s'en ta.

QUARTE JOURNEE

de uostre maistre comme moy.

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