PROLOGUE
de la creacion du inonde ; puis comment homme fut formé et comment de Dieu informé inodebience commist,
%0 pour quoy Dieu tantost le desmist de paradis en aultre terre pour sa vie en grant labour querrc.
Son labour, sa dure gretance, sa très amere penitance
9j5 que depuis Adam long temps fit, passerons oultre^ et nous souffit monstrer^ pour depescher matière, comment Cayn occist son frère par envye ; et le traicterons
960 tout le plus brief que nous pourrons.
ADAM
Kvo, ma chei*e seur beiiigiie, la haulte majesté divine debvons louer de bon courage, qull luv a pieu a nostre y mage
9\> nous donner generacion pour &ii*c Taugmentacion dos sup{)os de nature humaine ; deux filz avons en no demaine, tous grans : Tun Cayn, Tautre Aboi,
970 et chacun gracieux et bel, qui se portent bien, Dieu niercy.
£VB
Dieu mon createui* en mercy de bon cucur et de vrayc humblcssc, non ohstant quVn dure dcstresso îîi) j'en aye &it renffantenient; si prens je plaisir grandement a les von-, et me reconffoite, car chacim d'eulx très bien se porte et entendent bien au laboui*.
ADAM
^ II le £ault, chacun a son tour, oui de nous n'en est excepté :
péché le nous a apporté dont jamès quittes ne serons.
EVE
Assés briefment possessei'ons %5 de moutons en grant habondancc, car Abel prent fort sa plaisaiu:c a les conduyre et gouverner.
ADAM
Cav-n se veult déterminer
aultremeut : il a assemblés
000 foison d'avoines et de blés et fait diligence très bonne de labourer et prendre ensonnc a tous lieux, a ce que je vois.
Mes enffans, entendez ma voix,
005 chacun en soy, je vous suppUe ; vous voyez que Dieu multiplie vos biens de terre, ausi^i vos bestes ; par quoy ingras et mauvais estes et plains de mauvaise avance,
1000 se ne luy rendez sacrifice
des grans biens qu'il vous a preste.
ABEL
Quant a moy, je suis appresté, mon cher père, en temps et en lieu de rendi*e sacrifice a Dieu 1005 au mieulx que je le pouiTay faire.
CAYN
Je n'argue pas du contraii'e que chacun ne face devoir :
j'ay des jarbes pour grant avoir, je suis content qu'il en ait une.
ABEL
iOio Faisons ordonnance commwie du saciifico qui sera, savoir comment il se fera, et après n'ai'resterons ^mint.
ADAM
Enifans, vous ferez par ce point :
1013 pour plus May sacrifice rendre, vostre oblacion devez prendre c.'Uo que meilleure verrez ; et puis le feu tout prest arez, et quand vous Tarez présentée iOiO et devant Dieu magnifcstcc pai' pui'c et dévote oroison, le feu ardant a grand foison l'oblacion consumera ; lors la fumée montera io:fô a Dieu qui l'accepte humblement.
ABEL
Cher père, vostre enseignement vient d*ung entendement t/es bon ; vecy grand planté de charbon, le feu tout alumé et prest ; 1030 si m'en vois faire mon apprcst d'ung aigueau pour sacrifier.
CAYN
Il me fault mes jai'bes tiier et une des mendi*es eslii'e
%3 en labour Bt ^ 064 qui At — 075 les aye ou mon B* — 007 bien A. — 008 qaoy manque A.— 1010 que quaud B« ■- 1030 mes B.
MISTERE DE LA PASSION
pour présenter a nostre sire ; 1035 cai* peine pardue seroit
qui des meilleures choisiroit, puis qu*au feu ardre les convient :
a ce faire autant a point vient la meschante comme la bonne.
ABBL
1040 Dieu, mon créateur, je te donne et présente d'entente pure cest agneau masle sans soullieurc, comme ton povre serviteur, en toy priant, vray créateur,
1045 que ce présent en son degi*c te plaise recevoir en gré et ne vueilles regarder Toffrc mes le voulloir de cil qui l'offre.
Bien sçay que ta puissance exccde,
lOôO et de toy tout vient et procède par le don de creacion ; regarde mon intencion et me donne grâce de faire chose qui me soit salutaire,
1055 si vray que tout mon desirier est a toy, juge droicturier, de cueur et ferme volonté.
.CAYN
0 souveraine mflgestc.
Dieu régnant éternellement,
1060 sans fin et sans commencement, vray chief et père de justice, rcçoy en gré mon sacrifice, et vueille qu'il soit acceptable a toy, et a moy pourfitablc
1065 durant ceste vie présente ;
car de bon cueur le te présente, en espérant qu'il me proffitc et qu'en fin il tourne a mente de mon ame et salvacion.
A BEL
1070 Pour achever Toblacion
que j'ay a mon vray Dieu promis, temps est que mon agneau soit mis par dedans la flamme et bi-ulé, car il est desja immolé
1075 et offert a Dieu sans faintisc.
CAYN
Ma gerbe aussi y sera mise en espérant que Dieu la preude, et qu'il voye que je lui rende le devoir ou je suis tenu.
Caym brulle sa gerbe.
ABEL
1080 Vray Dieu dont tout bien est venu et ou tout bien a résidence, or voy je par expérience que mon offrande est acceptée, car ja fumée en est montée
lOfô droit on hault sans aillieurs retraire.
CAYN
La mienne va tout au contraire, car elle s'abesse et s'espart, par quoy je congnois pour ma part que Dieu me het et n'en tient compte*
1090 Haro ! oncques mais si grant honte ne m'advint n'advendra jamais.
Or sui je tenu pour mauvais, pour reffusé et villené, et mon frère qui est mainsné
1095 est tenu pour juste et plus digne. Quand Dieu l'exaussc, c'est ung signe qu'en fin sur moy dominera et que Dieu me délaissera pour octroyer son bon désir.
1100 Haro ! quel mortel déplaisir !
haro ! quel courroux, quelle rage !
mon ame, comment en fera je ?
je meuro se je n'en suis vengé.
Ict/ s* appert Dieu le père a Cayn.
DIEU LE PERE
Ton viaire est forment changé, 1105 Cayn, et selonc ta manière
tu vas triste et a basse chère ;
ton ris est mué en tristesse ;
dont te parvient ceste simplcsse ?
Maintenant ne scez tu pas bien, 1110 se tu fais bien, tu aras bien,
et que juste suis en mes fais
pour l'cttribuer tes bienffais ?
Se mal fais, ton péché sauldra
et tost a lumière vendra, 1115 car pour Toffence simple et briefve
s'ensuyra pugnicion grief ve,
et se l'appétit scnsual
te detraict et encline a mal
dont forae tu soyes deceuz, 11;^ tu as raison qui est dessus
pom* dominer ton appétit
et le reffrener ung petit,
affin qu'il. n'ysse hora des termes;
et se par raison le conffei*mes,
1(^7 et 1060 ccur A. — 1065 manqu" B. — 1066 Après ce vers vient : deuant toi loffre et le présente B. — desja est il. B. — 1085 tout droit a hault sans soy distraice B. — 1089 Dieu manque A. — 1121 ton] ceat B. — qui A.