‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 28 sur 218 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ii£ tu ne peus errer nullement.

Icy se départ Dieu.

CAYN

Je n'ay raison n*entendemcufc qui de ce me porte deffence, soit pour mérite ou pour offence, que je n*en face a mon voulloir ; 1130 mon cueur ne se peust plus douloir qu'il fiait, d*estre en ceste misère.

ABEL

Ck>mment vous va, Gayn, mon frère ?

vous me semblez tout assimply.

CAYN

Abel; frère, je vous supply, 1135 allons m'en aux champs vous et moy, pour passer ung peu mon esmoy ; je ne suis pas bien a mon aise.

ABEL

Frère, 8*il est riens qui vous plaise ou je vous puisse secourir, 1140 commandez moy vostre plaisir, il sera fiait sans longue pose.

CAYN

Il ne me plaist ore aultrc chose sinon que nous allons aux champs.

ABEL

Allons donc.

Icy ^en vont ensemble aux champs.

CAYN

Hé ! villain meschans, 1145 n'estes vous pas le raalheuré que Dieu a huy plus honoré qu'il n'a moy ? Vous le compaiTCZ, jamès de pain ne mangerez, puisque je vous tiens ore cy.

ABEL

iiy) Helas! frère, pour Dieu, mcrcy !

Xe me veuilles pas huy occire.

CAYN

Vous n'eschapperez pas ainsi.

ABEL

Helas! frère, pour Dieu, niercy !

CAYN

Mort vous rendray taint et nercy :

ii« soyez a la dame ou au sire.

ABEL

Helas! frère, pour Dieu, mercy !

Ne me veuillez pas huy occire.

/cy le frappe.

Ha ! roy du souverain empire, a ce grand besoing te reclame :

1160 ayes huy pitié de mon ame ; en ta garde la recommande.

CAYN

Il est mort, a Dieu le commande; je m'en vois a tant et le lesse.

Mon père en ara grant tiistesse, 1165 mes de son courroux ne me chault ; d'aultre part aussi, si le fault, je m'excuseray bien et bel.

DIEU LE PERE

Gayn, ou est ton frère Abeil ?

Présentement le vueil savoir.

CAYN

1170 Je ne sçay, sire, a dire \oir ; ^l'ay je prins en garde et son fait ?

DIEU LE PERE

Ha ! meschant homme, qu'as tu fiait ?

Le sang de ton frère a oultrance

crye a moi pour avoir vengence 1175 de la terre ou espandu Tas ;

si seras mauldit, triste et las,

vacant sur terre et fugitif.

Par ton faulx cueur vindicatif,

tu as fait ceste occision :

1180 a peine et a confusion

sui* la terre laboureras

et ja fruit n'en recueilleras

fors ordure et stérilité.

CAYN

Je congnois mon iniquité llfô plus grand estre, quant la recorde,

que ne soit ta miséricorde ;

je voy mon énorme poché

et sçay bien que tant ay péché

contre ta majesté divine 1100 que je suis de i nercy indigne.

Or suis je mauldit, asservy ;

encores plus seray pugny,

car jamès pour riens que je face,

ne me verray devant ta face ; 1105 mesmes tous ceulx qui me verront

tantost occire me querront,

et bien y a raison aussi.

11Î9J€ manque B, • «as aoCn* chose B.

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