PROLOGUE
ii£ tu ne peus errer nullement.
Icy se départ Dieu.
CAYN
Je n'ay raison n*entendemcufc qui de ce me porte deffence, soit pour mérite ou pour offence, que je n*en face a mon voulloir ; 1130 mon cueur ne se peust plus douloir qu'il fiait, d*estre en ceste misère.
ABEL
Ck>mment vous va, Gayn, mon frère ?
vous me semblez tout assimply.
CAYN
Abel; frère, je vous supply, 1135 allons m'en aux champs vous et moy, pour passer ung peu mon esmoy ; je ne suis pas bien a mon aise.
ABEL
Frère, 8*il est riens qui vous plaise ou je vous puisse secourir, 1140 commandez moy vostre plaisir, il sera fiait sans longue pose.
CAYN
Il ne me plaist ore aultrc chose sinon que nous allons aux champs.
ABEL
Allons donc.
Icy ^en vont ensemble aux champs.
CAYN
Hé ! villain meschans, 1145 n'estes vous pas le raalheuré que Dieu a huy plus honoré qu'il n'a moy ? Vous le compaiTCZ, jamès de pain ne mangerez, puisque je vous tiens ore cy.
ABEL
iiy) Helas! frère, pour Dieu, mcrcy !
Xe me veuilles pas huy occire.
CAYN
Vous n'eschapperez pas ainsi.
ABEL
Helas! frère, pour Dieu, niercy !
CAYN
Mort vous rendray taint et nercy :
ii« soyez a la dame ou au sire.
ABEL
Helas! frère, pour Dieu, mercy !
Ne me veuillez pas huy occire.
/cy le frappe.
Ha ! roy du souverain empire, a ce grand besoing te reclame :
1160 ayes huy pitié de mon ame ; en ta garde la recommande.
CAYN
Il est mort, a Dieu le commande; je m'en vois a tant et le lesse.
Mon père en ara grant tiistesse, 1165 mes de son courroux ne me chault ; d'aultre part aussi, si le fault, je m'excuseray bien et bel.
DIEU LE PERE
Gayn, ou est ton frère Abeil ?
Présentement le vueil savoir.
CAYN
1170 Je ne sçay, sire, a dire \oir ; ^l'ay je prins en garde et son fait ?
DIEU LE PERE
Ha ! meschant homme, qu'as tu fiait ?
Le sang de ton frère a oultrance
crye a moi pour avoir vengence 1175 de la terre ou espandu Tas ;
si seras mauldit, triste et las,
vacant sur terre et fugitif.
Par ton faulx cueur vindicatif,
tu as fait ceste occision :
1180 a peine et a confusion
sui* la terre laboureras
et ja fruit n'en recueilleras
fors ordure et stérilité.
CAYN
Je congnois mon iniquité llfô plus grand estre, quant la recorde,
que ne soit ta miséricorde ;
je voy mon énorme poché
et sçay bien que tant ay péché
contre ta majesté divine 1100 que je suis de i nercy indigne.
Or suis je mauldit, asservy ;
encores plus seray pugny,
car jamès pour riens que je face,
ne me verray devant ta face ; 1105 mesmes tous ceulx qui me verront
tantost occire me querront,
et bien y a raison aussi.
11Î9J€ manque B, • «as aoCn* chose B.