‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 3 sur 218 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

page 2 de cette édition, et qui nous fait connaître le nom de l'auteur : maistre Arnoul GresbaUy notable bachelier en théologie. Cette rubrique, publiée en partie pour la première fois par Vallet de Viriville^ ^uis en entier par M. P. Paris^, avait échappé à tous les critiques antérieurs, qui ne savaient à qui attribuer l'œuvre remaniée par Jean Michel en 1486. Le manuscrit étant daté de 1473, l'ouvrage de Greban était nécessairement plus ancien; mais un autre texte, resté inconnu jusqu'en 1855, permit d'en reculer la composition de plus de vingt ans. Ce fut M. P. Paris qui trouva^, dans les portefeuilles de Dom Grenier"*, et publia avec une de ses leçons du Collège de France^ la curieuse quittance copiée par le savant bénédictin dans les archives d'Abbeville^ et ainsi conçue^: «Le dernier jour de décembre 1452, au petit echevinage, en présence de sire Jean Laudee^ mayeur, a esté conclu par les eschevins en grand nombre que la somme de dix escus d'or que avoit et que a payé Guillaume de Bonoeuil^ pour avoir les jus de la passion, a Paris, a maistre Ernoul Greban ^, luy fussent baillé et délivrés des deniers de laditte ville ; et sont içeulx jeux cloz et sellés des seaux de Jean de Limeu, Mathieu du Pont, Chrétien le Guievre, et Jacques d'Aoust, echevins, et mis en un coffre en l'eschevinage de ladite ville, tant et jusques a ce qu'on vora iceulx juer, laquelle somme sera desduite sur ce que messieurs ^^ vouront donner quant on joura les dits jeux. »

Ainsi, en 1452, Toeuvre d'Arnoul Greban était non-seulement composée, mais célèbre. C'est sans doute le succès des représentations parisiennes qui engagea les echevins d'Abbeville à s'en procurer un manuscrit et à le faire jouer dans leur ville.

A BiU. de VÈc. des Chartes, III, 453.

2 Les Manuscrits françois, VU 281.

3 Dès 183i cependant, Louandre, dans son Histoire d'Abbeville (1" édit., p. 238), avait mentionné la délibération de Téchevinage, en imprimant Raoul Greban au lieu d' Arnoul ', mais cette notice avait passé inaperçue.

* On sait que dom Grenier, qui mourut pendant la révolution, avait rassemblé les matériaux d'une histoire de Picardie que la mort l'empêcha d'écrire ; tous ses manuscrits se trouvent à la Bibliothèque nationale. La copie dont il s'agit se lit au f" 99 r» du volume de cette collection qui porte le no XIV*.

5 Revue des Cours publics, 1855, p. 33 et 50 ; Journal de V Instruction publique, 1855, n^^ 43 et 47.

0 Les recherches que nous avons faites pour retrouver Toriginal n'ont pas abouti ; Louandre dit déjà en

note : « C^e manuscrit n'exisle plus dans les archives. » La Revue des Cours publics mentionne une

première quittance, donnée par Greban à Guillaiime de Bonœuil; nous n'avons pu la retrouver dans;

♦)s portefeuilles de dom Grenier, et nous craignons que l'existence de cette pièce, qui serait précieuse,

e repose sur quelque inadvertance, comme il s'en produit dans un exposé oral,

7 Nous donnons ce texte d'après la copie de dom Grenier, rectifiée, pour les noms propres, par la comparaison de pièces authentiques qu'a publiées Louandre. Ainsi D. Grenier lit Landée, Brimeu, le Guefure et d'Aaaet, Le texte de la Reçue des Cours publics, imprimé dans un journal et d'après des notes de cours, oITre quelques divergences qu'il est inutile de relever.

8 La Revue des Cours publics porte Roj'tieuil, qui doit être une faute d'impression; Louandre a Bon' nœuil, et il ne travaillait pas sur la copie de dom Grenier, car il lit Wille le prénom écrit par dom Grenier Guillaume.

^ La copie de dom Grenier et les imprimés donnent Grebain^ mais Louandre lit Greban^ *® Messires dans la copie*

INTRODUCTION m

C'est donc un peu plus anciennement qu'il faut placer la composition de notre mystère.

On remarquera que l'auteur, qui est nommé nolable bachelier en théologie dan? la rubrique du manuscrit A, ne reçoit pas ce titre dans la quittance de 1452. Il est appelé simplement maistre, ce qui indique un maître es arts. En effet, un document officiel nous apprend qu'Arnoul Greban ne devint bachelier eu théologie que quelques années plus tard. Dans le registre de la Faculté de théologie de Paris pour les années 1449-1464, le seul du quinzième siècle qui se soit conservé ^ nous lisons au folio 32 r®

la mention suivante, appartenant au mois d*août 1450 : Receptt primo a bac--

colanis cursoynbus sequentibus Ma[()ister'] Arnulphtcs Greben incipit

pnmum cursura die xxvin'* septembris sub magistro Thoma de Courcellis,

— XX ss.

M. Thurot, dans son inappréciable ouvrage sur l'organisation de l'ancienne université de Paris, donne des renseignements qui nous permettent de nous rendre compte delà carrière dans laquelle s'était engagé notre auteur. Pour être maître es arts, il fallait avoir passé, — généralement dans la même année, — l'examen de licence, et être agréé par les maîtres plus anciens. Quant à la licence, elle s'obtenait à la suite d'un examen qui portait sur des matières de dialectique et de philosophie naturelle*. Les candidats juraient en outre qu'ils avaient viugt-un ans accomplis, qu'ils n'étaient pas mariés, qu'ils avaient déterminé^ à Paris ou dans une université comptant au moins douze régents, qu'ils avaient soutenu, rue du Fouarre, deux argumentations publiques contre plusieurs maîtres, enfin qu'ils avaient étudié à Paris, dans la Faculté des arts, pendant trois ans'*. « Une fois admis, le licencié se taisait agréer par la corporation des maîtres dans un acte appelé inceptio... Avant l'acte, le récipiendaire, accompagné d'un bedeau de sa nation, parcourait les écoles delà rue du Fouarre, pour demander aux maîtres de chaque nation s'il leur plaisait qu'il célébrât son inceptio. Lorsqu'il était agréé, il prêtait serment entre les mains

' « Le grand bedeau [de la Faculté de théologie] tenait un registre sur papier où il inscriyait, pour chaque anne*, les comptes de mise et de recette, la liste des cursores^ des sente ntiarii, des licenciés et des doctt-GTs, avec la date de leur réception et le chiffre des sommes qu*ils payaient à la Faculté. La Bibliothèque a:itionale possède (lat. aiic. f. 5657 C) le registre tenu par le grand bedeau pendant les années 1449-1464. » Tiiurot, de VOrganisation de renseignement dans CVnicersité de Paris au virOyen-âge. Paris, l^:», p. 136.)

• A lepoqueoù Arnoul Greban passa sa licence, les candidats devaient avoir suivi des cours sur Tintro- •'UctioD de Porphyre, les catégories, Tinterprétation, les premiers et les seconds anal> tiques, les traités d^ Bo«*e sur les topiques et la division, la physique, de coelo, de generatione, de animai de sensuel tetnatOy de inemoria et reminiscentia, de lonjitudine et bnwitate vitae; il fallait, en outre, avoir en- '•eu-ia cent leçons sur les mathématiques et l'astronomie et avoir suivi ou dû suivre au moment de Texamen un 'utîrs de raétaphysi^iue (Thurot, p. 51). I/i grammaire, qui avait autrefois été demandée pour «et examen, i>} elait plus comj.rise depuis 1366.

' C>8t à-dire qu'ils avaient passé le premier exaiue:i, celui qu'on a])peli plus tard baccalauréat, et qui ^i devenu notre baccalauréat es lettres.

* TLurot, p. 52.

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