‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 31 sur 218 · S5 sans nostre matière deffaire · texte numérisé non relu

S5 sans nostre matière deffaire

le plus brief qui se pourra faire»

CAYN

Or ne sçay je en quel lieu je vois : je ne voy chose qui me plaise ; je meurs de fain et de mesaise.

Je suis tout deschaulx et tout nu,

12») ne James ne suis bien venu

pour quelque peine que j'embrase :

chacun me fuit, chacun me chasse pour ma ville coulpc et maligne ; »e Dieu ne m'eust baillié ce signe,

1^ je feussc pieça dehvré ;

les serpents m'eussent dévoré plus de mille fois d'ung accort ; a haulte voix huche la mort, et ai n'en puis venû^ a bout ;

1300 je randiray tant tout par tout, que j'ai'ay ung peu de repos. Icy s'en va a radoenture*

L'ACTfiUA

Seigneurs^ selonc nostre propos^ nous vous avons montré le faitj

ADAM

0 doulx Dieu, quand je considère

les griefz travaulx et la misère,

les dcsplaisii^ et les ennuys 1330 que j'ay eu de joui-s et de nuys,

puis ceste eure que j^offensay

mon doulx créateur, je ne sçay

comment je dure si long temps.

Il y a ja neuf cens trente ans 1335 et plus, que je commis l'offence

et vice d'inobedienco,

qui de la moH nous maiue au terme,

dont puis ay pleuré mainte leime.

Plaise au hault juge pardurable 1340 que la penance soit vallable

et que ma coulpe se consomme.

Consomme ? que dis je, povre homme I

que je suis f resle créature !

Je voy toute humaine nature 1345 ja infecte par mon seul vice.

Las 1 qui contentera Justice ?

En ce qui passe ma puissance,

je me metz en ton ordonnance,

^ n<«la faull ilo pain B. — 1JB77 La guerre A. Ta guerre nous est trop durée B. — 1278 o destresse defliufr* «if«e B. adesmeure A. — 1206 ne A. — l302 L'acteur] Prolooub B. — 1317 Selh nomme B. — 1319 ressemblant ;«r *^ **"" dueula B. — 13S4 de A. — 1331 jay offense A. — 133« mon seul B. — 1888 jay dure B. — u37 aux termes A. — 1338 maintes lermes bien A.

MISTERE DE LA PASSION

bon Dieu qui tout scofi et tout vois ; 1350 car se par grâce ne pourvois, aultre remédier n*y pcust.

EVB

Las ! mon cher mary , qui vous meust de tousjours plaindre et doulouzer ?

temps est que doyez repposer ; 1355 assés avez pris de doulours et de tristesses en vos jours :

faictes ung peu de bonne chère.

ADAM

Helas I Eve, compaigne chère, jamès bonne chère ne fis

1860 puis la mort Abel nostre filz, ne ne feray, ce croy, jamès :

meurdry fut en piteux remetz et livré a mort très austère, et mesmes de son propre frère,

1365 qui est un cas lait et hydeux.

Ainsi pour ung en pardons deux : le povre innocent est occis, Taultre est fuitif par le pays dont jamès nouvelles n'orrons.

EVB

1370 Sire, se Dieu plaist, si ferons, au moins y ay je Tesperance, et desja nous fait demonstrance que nostre dueil est recouvré :

Dieu nous a ung beau filz donné,

1375 noDuné Seth, comme vous savez ; pourquoy de dueil grant masse avez si n'y prenez aultre conffbit.

ADAM

Seth est beau filz, membru et foi*t, bien moriginé et bien duit, 1380 et briefment, c'est tout mon déduit et mon plaisir quant le regai'de.

Je prie Dieu qu'il le nous garde si vray que j'en ay bon mestier.

Seth, vien ça, mon filz.

SBTU

Volentiei', 1385 mon père ; je suis appresté a faire vostre volenté de tout mon povoir, se m'aist Dieux.

ADAM

Mon enffant, je deviens fort vieux, et ay en la vie mondaine 1390 vescu en travail et en paine.

Neantmoins quoique j*aye souffert,

Dieu m'a tousjours sa grâce offert et aydie a tous mes besoings.

Si veil que tu notes ces poins :

1396 ayme Dieu de toute ta force et a son service t'efforce en obédience et cremeur ; aye tes parens en honneur tousjours et en grant reverance ;

1400 et Dieu par sa doulce démence jamès ne te délaissera, ainçois en ton conffort sera jusques en la fin de ton aage.

SETH

Mon très cher père, si fera je ; 1405 vostre bonne admonidon de toute mon affection veil faire, et tenii* vo doctrine.

EVE

C'est pom* ton bien qu'il t'endoctrine, mon enffant, tu le peux congnoistre ; 1410 Dieu te doint en vertus accroistre, si*vrayment que je le désire.

CAYN

Je me deromps, je me dessire

et seuffre tous les maulx du monde :

je prie a Dieu qu'il me confonde

1415 biiefment et ma vie termine, afiSn que ma misère fine ou mon vice m'a obligé.

Que n'as tu mon cours abrégé.

Dieu, et pourquoy me signas tu

1420 pour avoir tant de maulx sentu que j'ay jusqu'à l'eure présente ?

J'ay ja des enffans vingt ou trente, mal endoctrinés, mal conduis ; je les ay si mal introduis

1425 qu'ilz font de très mauvais ouvrage : je doubte bien en mon courage que la grand faulte que je fis, quand Abel mon frère deffis et le meui'dris villainement,

1430 ne descende présentement sur moy et toute ma famille.

J'ay voulu des fois plus de mille moy occire par desespoir ; et bien brief le feray, espoir,

1435 se Dieu ne m'abrège mon coui^s.

- 1350 se manqua A. ^ 1352 Ha B. — 1856 tristesse A. B. -* 1383 si bien A. — 1384 sa A. -* 1407 veil croire B-

— 1406 qui À. — 1411 si voirement que le désire B.1 — 1418 cueur A« B. <;/*. 1435.

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