‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 32 sur 218 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

ADAM

Eve, seul*, j'ai ja plusieurs joura ▼escu en ce siècle présent, ou mon péché m'a fait présent de tant de peine et tant d'encombre

1440 que Dieu seul en congnoist le nombre ; mes puisqu'il plaist a sa clémence, j'ay tout porté en patience, le plus doulcement cpie j'ay peu.

Nous avons plusieurs enffans eu,

1445 filz et filles, grant multitude ; mettez tousjours bien Yostre estude a les duyre et les asservir principaulment a Dieu servir honorablement sans reproche.

1450 Je sçay bien que ma fin approche, et ne puis mes longuement vivre ; je prie a Dieu qu'il me délivre des misères de cestuy monde, car tant de misère y habonde,

1455 qae le plus vivre me desplaist.

BVB

Cher eponx, je vois bien que c'est ; TOOB vivez tout desplaisamment, et ûiult dire qu'aucunement vous ayez chose qui vous griefvc.

ADAM

1460 Chère seur, pour sentence briefve, je ne puis mes maulx oblier ; je me sens moult afibiblier pour vieillesse qui fort m'assault.

Je sens bien que mourir me fault

1465 briefment, et payer le truage a quoy mon vice et mon oultrage m'a piteusement obligé.

BVB

Vous serez tantost allégé, cher espoux, ayez espérance :

1470 Dieu par sa haultaine puissance, si lui plaist, vous conffortera.

ADAM

Eve, ma fin approchera, bien le voy et le considère.

FBTH

Gomment vous va, mon très cher père ?

1475 Vous me samblez en petit point.

Setfa, mon enfTant, il ne va point :

vieillesse m'a foH affoibly ; j'ay le povre cueur defailly, et n'a vertu qui ne me fuye.

1480 Je suis a la fin de ma vie, nature n'y peut secourir ; mes puisqu'ainsi me fault mourir et passer ce dolant esgard, j'ay aussi cher tost comme tard ;

1485 mieulz me vault mourir vistement, que languir ainsi longuement.

Je sçay bien au point que je suis jamès Uesse avoir ne puis :

je n'y voy point d'aultre remède,

1490 sinon je prie a Dieu qu'il m'aide et me pardonne le meffait dont je congnois que j'ay méfiait contre sa haulte majesté.

SBTH

Las ! père, n'ayez volenté 1495 de nous délaisser ai soudain ; en ce povre règne mondain avons tant de durs adversaires que sans vous a tous nos afiaires n'avons qui nous puist confibrter.

ADAM

1500 Cher filz, vueille toy déporter

de moy plaindre en ceste manière ; prie l'inefiable lumière qu'elle vueille drecier ma voyc et que la fin de mes jours voye

1505 en grâce et boime confidence.

Noble et digne estât d'innocence, vraye originalle justice, helas ! bien mauldit fut le vice qui de toy me depossessa,

1510 a ceste mort cy m'oppressa et m'asservist a ce dur mors ; par celle pomme en quoy j'ay mors me rendz a la mort tributaire.

SBTH

Lasl mon père, se peust il faire 1515 que mon secours vous puist valoir ? Tout mon désir et mon povoir est a vous servir adonné.

ADAM

Mon filz, il en est ordonné ; mes pour tant que bon désir as, 1520 je te diray que tu feras :

va t'en et fSeds tant que l'ent^i'ee de paradis te soit monstree

1*30 que ma vie approche B. — 1459 aues B. — 1468 terex manque A. — 1470 Bouueraine B. — 1478 jay ja le ««r toal B. — 1479 et nay vertu B. — 1483 ce manque A. — 1490 pry a Dieu qui me A. — 1508 ppy lififaillable B - 1505 et vraye B. — IM? que A.

MISTERE DE LA PASSION

dont jadis fus habitateur;

et si plaist Dieu, mon créateur,

1SS5 estre ta guide et bonne garde, Tangle trouveras qui la garde atout une espee en son poing.

Requiers ly qu'a mon grant besoing de moy envoyer se recorde

i 530 de Fuille de miséricorde

qui est doùlce et souef flairant.

Ce me pourroit porter garant, et me samble, se j'en avoye tant soit peu, tout guery seroye

1535 et pourroye santé recevoir.

8BTH

Père, j'en feray mon devoir.

Je pry Dieu que mon ûiit se porte si bien que je treuve la porte de ceste gracieuse place.

ADAM

1540 Or va, mon filz, Dieu par sa graoe te veille conduyre et mener.

Je ne sçay s'a ton retourner me trouveras encor en vie.

Dieu par sa puissance infinie,

1545 te doint sa bénédiction et la participation de sa grâce qui est moult grande ; tous tes frères te recommande :

soye leur vray amy et frère,

1560 leur fragilité considère et les entretiens en amour ; confforte les en leur clamour, et les aide en leur doleance.

Mon enfant, j'ay la grant fiance

1565 qu'ainsi le feras loyaument.

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