‹ Le mystère de la passion d'Arnould GrebanChapitre 61 sur 218 · HERM0GENE · texte numérisé non relu

HERM0GENE

Nobles roys, suyvir vous fauldra le roy qui d*icy fait deppai*t ; ^465 il veult parler a vous a part a ce que j'en ay entendu.

Or sus, plus ne soit attendu, alloDs, si orrons son devis.

HERODE

Sages roys, tant iMir bon advis *4îo nous sommes icy en privé ; est il certain et esprouvé que cest estelle avez veue, et qu'elle vous soit appame par les moyens que vous comptez?

6'»7ô Sire roy, jamès n'en doubtez, qu'il est vérité de Testelle.

HKRODE

Voire, mes peust estre estoit die de nature et de mouvement comme celles du firmament, «480 car point n*y mettez différence.

MBLGIOR

Sire, sauf voatre l'everance et se parler fault a la lettre, trois différences y peus mettre.

Premier, celles qui ou ciel sont

6485 mouvemens circulaires ont ; ceste cy ne tournoyé point, ains nous precedoit de droit point.

Secondement, chacun pai'çoit que quelconque estelle qui soit,

6400 ou ciel tant fort tourne et s'avance, pour la haulte et grande distance nous ne les voyons point mouvoii' ; et ceste cy avons peu veoir mouvoir si très sensiblement

6495 que sur elle tant seulement nous avons riglé nostre voye.

Tiercement, n'est homme qui voye les estelles de jour reluyre, car le soleil pour son cler luyre

6500 les passe et met en impotence de les choisir en sa présence ; or nous rendoit ceste lumière au plus cler jour si très plainiere que chacun de nous la veoit :

6505 si dis qu'elle signifioit

quelque grand misterc advenu.

HERODE

C'est bien son propos soustenu et prouvé par une raison ; mes parlez nous de la saison 6510 que vous la vebtes par exprès.

BALTAZAR

11 y a dix jours ou bien près que premier se fut présentant, et nous dure jusques a tant que de l'ueil avons peu choisir 6515 Jherusalem a beau loisir ;

lors d'y venir feusmes conclus.

HERODE

Estes vous seurs qu'il n'y a plus?

car il nous touche, pour voir dire;

11 n'y a ne plus ne mains, aire ;

'OU Etlachancoa nesi pas B. C. — 6442 très B. C. — 6445 plu:» entière G. — 5455 eouiient B. ^ 6456 Seigneurs B*» rooa ^ille desplaire B. — 6457 pou a part dqus fault B. — 6463 Seigneurs suiuir vous coniieudra C. — 6464 fait ii^-T B. C. - 6465 Et vault B.C. — 6467 nj B. C. — 6460 Beaux seigneurs G. — 6471 II est certain A. — 6480 vous Bv B. C — 6493 nous puet veoir B. — 6496 Auous règle tout G.— 65051 rencoit B. — 6500 façon B. — 6511 manque B. Xoa» vons disons sire après C. — 6512 présentement G; — 65d3 a dure B. — 6518 voir] vous A. voua touche B.

MISTERE DE LA PASSION

65eo sur la fov le vous affermons.

HBRODE

Seigiieui*s, très bien vous en crayorni, et TOUS tenons bien pour croyables pour plus grant cas et gens notables d^honneur ou il n'a que i-epprendre ;

(fô25 et pour nostre vouloir entendre, nous sommes joyeulz a outrance de ceste noble demonstrance, et de ce roi né de nouveau, quand a ce, nous plaist bien et beau ;

6530 car s'il est Gristus, bien sçavons que vray hommage lui devons :

par quoy vecy que vous ferez :

en Bethleen vous en irez inteiTOguer diligemment

eo3& de Tenffant, de son naissement, comment ses parens sont fondés, et principaulment demandez le lieu ou il prend sa demeure, et quand Tarez trouvé, en Tcurc

6540 l'etournez cy par devers nous, affîn que nous et nos gens tous lui puissions aller faire hommage, et Taourer de bon courage, comme. nous y sommes tenus.

MELCIOR

6545 Sire i-oy, nous illec venus, se le vray en pouous savoir, devers vous ferons tel devoir qu'il vous souffira ; soyez seui-s.

Adieu, sire.

HBRODE

Adieu, mes seigneurs, 6650 le gi*ant Dieu vous veille conduire !

BALTAZA.R

J^apparçois nostre estelle luyre, ce me semble, elle est retournée.

Ha I benoite soit la journée et loue soit Dieu mille fois !

MELCIOR

te55 C'est elle vrayment, je la vois : elle a la forme et la clarté,

le cours, la haulteur, la beauté ; loué soit Dieu de cueur piteux !

ANTHIOCUS

Oncques je ne fus si joyeulx 6560 que de la revoir en pi*esent.

LUGANUS

Ce nous est le plus beau présent que jamès puissions possesser.

CaSLSANDER

11 n'est point saison de cesser :

cheminons de joyeulx vouloir.

PIRODES

6565 Autre guide ne fault avoif pour conduire nostre voyage.

POLIDORUS

Or Dieu doint que par son ouvrage nos seigneurs puissent pervenir ou lieu ou est tout leur désir, 6570 si vray qu'ilz y ont la fiance !

CADORAS

Ce signe a grant signiffiance ;

Dieu doint que cil qui le nous signe,

nous face a l'ame médecine,

si vray qu'il a puissance eu soy !

[Po«B.J

HERODE

6575 Seigneui-s et princes de la loy

qui pour nostre salut veillez,

nous vous avons fort traveillés,

mes tout bien se desservira.

Allez vous ent quand vous plaira :

6560 nostre exploit est tout abrégé.

ANNE

Sire roy, a Vostre congé.

S*il vous plaist riens en quelque

Ijour^ n*espargnez point nostre labour. ,

GAIPHB ,

Vostres sommes a l'abrégé 6â83 pour servir chacun a son toui* de bonne et cordialle amour comme chacun est obligé.

Nous serions bien enibesongné

65» pour bien B. — 6524 Dun grant cas [G. fait! ou na que B. — 6585 Et a nostre vueil faire entendre B. C ^ C530 II est crist très bien B. G. — 6555 et de son naissance G. — 6536 Gomme B. G. — fô49 Adieu seigneurs A. - 6555 voireraent G. — 6550 et m>tnnw} B. — 6550 ne fusmes B. — 6560 présence A. a présence B. G. — (x.61-f0;i manquent A. et sont remplarès por les qw.it re vers suivants :

suyuons la lost mus demouraiice car elle nous uieura pour voir

et cheminons de grant vouloir au lieu ou est ne ce hauU roy. |

6577 moult B. C. — 0579 Ailes ent quand il B. — fôSl comlie G. — 65S4 G ajoute le vers

Sire rov a Tostr< co:

PREMIERE JOURNEE

se nous ne vonions Fans dcmour.

GAMALISL

ô9û Sire roy, nous prenons» congé.

ROBOA.N

S*il TOUS plaist riens en quelque

[jour, u'espargnez point nostrc labour.

ZOROBJIBEI.

Vostres sommes a l'abrégé.

Jcy s'en vont chicitn en S07i lien.

ANTHIOCUS

Seigneurs, tant avez voyagé fiiSj que Tostre terme fort s'apprcsto, cai' je Tois Testelle qui reste , .

et ne s*est qu'en ung lieu monstroo, puisque nous avons fait entrée dedans Betbleen la cité.

Ô600 Je conclus par nécessité

que le hault roy que nous querous eo oeste place trouverou»

.<e Testelle y est arrestee.

LUGANUS

La diose est si manifestée 'M> que chacun le pcust voir a Tueil.

MBLCIOR

Or sommes hors de nostre dueil et délivrés de grant doubtance, et avons clere deraonstrance de nostre fait par deux moyens :

^\o les scribes et phainsiens

nous ont leurs relacions faictes, qtt*il e^ conclu par les prophètes que le hault Grist doit naistre cy ; et Testelle le monstre aussy,

6615 qui nous baille double doctrine.

CELSANDBR

La haulte puissance divine en soit louée dignement.

BALTAZAR

Regarder fault songneusement dessus quelle habitaciOn ^jssq elle fEÛt ores stacion,

car se l'ostel sçavons choisir,

nous arons tous nostre désir ; au moins j*y ay ceste credencc.

prRonBR Il nous appert par evidenco 6025 selonc que Testelle s'affiche que c'est ce petit édifice, car elle est de droit point dessus.

POLIDORUS

Nous no iK)uons esti-e decous a entrer dedans et y voir, C630 cai' Dieu peut bien fiure apparoir en petit Hou misteres grandes.

Apprestons premier nos offrandes, aflin qu'au moins on l'adorant prestement chacun soit offrant 663Ô son don sans mettre y delayance, et chacun en son ordonnance.

Or donc, sire roy Melcior, quoi don présenterez vous ?

MELCIOR

Or, mieiTO, et encens qui très doulx fume 6&40 luy donray, car c'est la coustume de nos marches : de tel présent l'en doit &ire a tel roy présent.

Kt vous, sire roy Baltazar?

BALTAZAR

Pareillement. Et vous, Jaspar, 6045 sont vos dons dissonans aux nostres ?

Nennil, mes telz comme les vostres.

Et qui bien nos dons en soy pense, ilz sont de grant signifiance :

par encens le magnifestons 6650 vray Dieu, et tel le confessons ; par or nous le demonstrons roy , et par mierre mortel en soy ; ce sont trois choses de hault pris.

CADORAS

Sire roys, entrez ou poui'pris 6655 quand vous plaira dorennavant, tout est prost.

MELCIOR

Or entrez devant, sire Jaspar, en la maison :

vous le valez.

BALTAZAR

C*est bien raison, car il est l'aisné de nous trois.

6660 Ne vous desplaise, nobles roys,

<391-3 attribuét a Gamaliel A. — 6603 lestoille si C. — 6dC6 tout dueil B. — 6640 Les juifx et B. C. — 66^ tout B. « e6S3 y ay je la B. C. ^ 6626 a petit B. — 6633 au moins quen B. C. ~ 6635 y mettre C. y mantme A. — 6641 ^t s tel présent B. — 66A7 pense ] note B. C. — 6648 Kft cil qui ne soit de grand nocte B, C. -> 6649 magnifestions A. - 6650 tel le vérifions B. G,

86 MISTERR DE

vous me portez trop grans honneurs.

Regai'dez icy, beaux seigneurs, rumilité, la pacience de la puissant magnificence C6(36 qui tant humblement se rabesse que sa doulce et tendre jeunesse aux asnes et heviîz se soubmette.

MELCIOR

Que chacun a genoux se mette et offrons nos dons gracieux.

Je te salue» Dieu du ciel glorieux, Dieu immoi-tel, Dieu sur tous vertueux, vray filz de Dieu qui créas ciel et terre ; Je te salue, roy pai* dessus les deux, monarche seul du monde et tous les lieux que cueur humain peut penser ne enquerre. Je congnois bien que nostre char humaine as pris ou corps de la vierge puraine pour racheter tes amis innocens :

reçoy mon don, si vray que tu le sens offrir de cueur, et pour totalle somme présent te fajs d'or, de mierre et

[d'encens, toy demonstrant roy, Dieu, et mortel

[homme.

MELCIOR

Je te salue, cher enffant gi*acicux, très noble iilz, très saint fruit précieux, des beaulx le chois ou plus beau ne fault querre. Je te salue des doulx plus deliteux le plus, des plus begnins le plus piteux, céleste pain, vraye angulaire pierre ; Parfiaicte amour par devant toy m^admaiue, recongnoissant ta puissance haultaine, et qu'aux Jiumains délivrer condescens, et se je n*ay dons a toy bien decens, excuse moy : je, qui ton serf me nomme, présent te fais d*or, de mierre et

[d'encens, toy demonstrant roy, Dieu, et mortel

.[homme.

BALTAZAR

Je te salue, roy du ciel plantureux, fruit de salut, des riches plus eureux, hors qui trésor bien ne se peust oonquerre,

S'en biens mondains es nu et diseteux et dehors pers povre enffant souffreteux, tant as en toy que nul ne peust enquerre; Car du plus hault de Tarche souveraine es descendu en la vie mondaine, juge et régent des presens et absens, et non obstant que tous biens sont recens, en toy, saulveur, ne temps ne les consomme, présent te fais d'or, de mierre et

[d'encens, toy demonstrant roy, Dieu, et mortel

[homme.

Icy tient Nostre Dame Venfant en son giron et chacun des trois roys fait son présent en ordonnance.

Seigneurs, vous présentez grant somme 0710 d'avoir a mon cher filz Jhesus ; mes povrement estes receus, dont il me poise en mon affaire de ce que mieulx ne vous puis faire : vous voyez le lieu mal honneste, C715 qui n'est pas deu a faire feste a rois de si noble façon ; vous voyez le povre enffançon en ces povi^es drapelez mis ; vous voyez ses povres amis, 6720 sa iK)vre mère qui le garde.

A cela ne prenons pas garde, chère dame, je vous promès ; mes heure ne sera jamès que bien ne nous en soit escheu, 6725 quand vostre enffant avons veu ; son povre estât riens ne nous meust, mes créions que tout scet et peust comme vray filz de Dieu le père.

MELCIOR

Dame, très vénérable mère, 6790 a joye le puissiez garder ; tant plaisant est a regarder que cueur n'est qui le puist comprendre.

BALTAZAR

Ma noble dame, au congé prendre, nous vous saluons humblement.

6735 Je pry au roy du firmament

que le bien fait vous veille rendre.

JOSEPH

Seigneura, vous avez peu apprendre

0668 tost B. — 6674 seul manqu*' G. sur tons les Uenx G. — 6683 beneureux B. G. — 6687 begnin A» B. C. d<>& plas piteux B. G. — 6700 de hors pays B. — 6701 Que riens ne peus acquerre G. — 670S primcrains G. — 6715 <^ ne doit pas G. — G7fô Qua, vostre B. G. enffançon A. — 678$ a dieu du C.

PREMIERE J.OURNEE

nostre petit gouvernement ; nous sommes ici simplement : , (TiO puisqu'au retour voulez entendre, Dieu vous gai'de d*encombrement !

Pi'eudons, pensez soigneusement de ce saint et precieuls gendre ; faictes tant qu'il n'aist a repprcndrc 67 15 en son doulx entretenement.

MELCIOR

Ma noble dame, au congé prendre, nous vous saluons humblement.

Je pry au roy du firmament

que le bien fait vous veille rendre.

BALTAZAR

1)730 Beaux seigneui*s, il nous fault entendre a nous loger pour ceste nuit, et mener liesse et déduit de no?tre joyea^e adventure.

ANTHIOCUS

Suyvez après nioy bon allure :

'jTdô j'ay trouvé logis tout propice de puissant et noble édifice, ou vous serez bien a vostre aise. .

MELCIOR

Entrez dedans mes' qu*il vous plaise, sire, vous estes uostre aisné.

ELEAZAR, hostelier, 6:co Vostre lieu est tout assigné :

j'ay tendu litz et oratoires, et fait telles préparatoires qu*il appartient a vostre estât, et se j'en sçay trouver beau plat ôTûj de viande fresche venant et de bon vin a Favenant, vous en arez vostre leçon.

LUGANUS

C'est parlé d*oste de façon :

nos seigneurs, pour vous abréger, ct:o ne venllent boire ne manger ; ilz ne quicrent que le reppos.

CELSANOER

Ce nest pas bien a mon propos,

car asbas ne fe$(e n*y vois puisque je n'y mangue ou bois :

6775 je ne veil point truffer la dent.

EI.EAZAR

C'est parlé droit en président ; il n'est repposer qui le vaille :

je vais quérir de la mengeaille tant que vous pourrez expenser.

C780 Laissez la vos seigneurs penser a debitoribus nostris^ et songnez de fructu ventris, hardiment je le vous conseille.

PIRODBS

C'est dit d'une franche bouteille, C785 il ne muse pas d'un coussin.

ELEAZAR

Tenez, suis je votre cousin?

reviens je point la main fournie ?

depeschez moy ccî'te poignie taudis que Taultre meurira.

POLIDORCS

6700 C'est bien dit, l'en y pensera,

au moins ay je l'intencion ;

nos seigneurs font coUacion

maintenant, comme j'ymaginc,

et nous, songnons a la cuisine 67:5 diligemment.

CADORAS

Kn court de roy, beaux amis, chacun est pour soy ; qui ne le fait, il n'est pas sage.

In/ peuent les trois roy^ boire une fois et puis eulx reposer sur leurs couches.

DIEU LE PERE

Raphaël, faictes ung message aux trois roys sages et discrés :

6800 allez vei-s eulx et leur direz que vers Herodc ne retournent, ains leur chemin vers la mer tournent pour aller en leur région, car le roy mauvais et fellon

6805 a propos de perdre l'enffant, s'il pouoit.

RAPHAËL

Père triumphant, il sera fait tout do ceste heure.

ôTii de tout encombrier C. — 6744 ny aist que B. C. — 6758 démener C. — 6756 et bon B. C. — C761 Say B. C. >- 7ù4 Si ay Uxi faire ung C. — 6775 le dent C. — 6785 point B. C. — 6787 de main C. — 6803 retournans B. G. — ^ tout paia«uit B. C. — 6807 aant nul demain B, C.

MISTERE DE LA PASSION [PosB J eu joye et parfoicte lyesse !

Nobles roys, en ceste demeure Dieu le père pai* xnoy vous mande

C810 et très expressément commande que vera Hei^ode n*alliez pas :

vers la mer adressez vos pas et nagez jusqu'à vostre terre, car le tirant vouldroit enquerre

6815 renffant Jhesus, non pas affîn de Taourer, mes pour mettre a fin s'il en avoit ceste puissance ; et pourtant, roys de grant vaillance, donnez vous en tretous en garde.

Icy s'en retourne,

6â80 Or, beaux seigneurs, chacun se garde d'estre son chemin attirant vers Herode, fellon tirant, conome l'angle nous Fanunoueste.

MELCIOR

Sus ! chevaliers, chacun s'appreste :

6885 il est grant saison de partir ; Dieu nous ha volu advertir d'ung grant bien a ceste journée.

ANTHIOCUS

Nostre barge est toute attourneo, nos vivres sont prests a largesse» :

6890 sus ! matelot, la voile dresse, metz a point tes habilemens.

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