LA RAISON THEOLOUIOUE. LK CIIIIIST EST MÉDIATEUR
Le Docteur Angélique nous a signalé la raison théologique, qu'il nous reste à exposer plus com-
i\) s. LEO MAGN.. Sermon. LIV, 3, P. L.. LIV, 359-360.
(2) S. GREGOR. MAGN., Exposit.. I. Reg.. lib. II. 32-39, F. L. LXXIX, 105-106.
(3) III. P., q. 22.
iF MyxTtryr TiP !A BÉtiFMPTION. — Il
plètement, en montrant comment se réalisent en Jésus-Christ toutes les qualités du sacerdoce.
La première condition du prêtre c'est d'être médiateur. Jésus-Christ est cela essentiellement : Homme-Dieu, il est, dit saint Paul, l'unique médiateur de Dieu et des hommes : Unus mediator Dei et hominum, homo Christus Jésus (1)T
Gei>endant l'esprit d'erreur a su accumuler des difficultés autour de cette vérité si manifeste.
Les Alexandrins prétendirent que Dieu, invisible, transcendant et sans contact avec le monde, ne crée point par lui-même, que la création est l'œuvre du Verbe, lequel devient ainsi médiateur, en tant qu'il manifeste le Père.
Les Gnostiques plaçaient entre le Dieu suprême et notre monde sensible le monde spirituel et invisible des éons, dont l'ensemble constitue le Plérôme ('I'.. Le Principe premier, ineffable, incompréhensible, n'a pas de rapport avec le visible : les éons sont intermédiaires ou médiateurs entre lui et nous, ils créent le monde et agissent en dehors du Père universel. Un de ces éons, l'éon Christ, descendra sur le Sauveur et formera ainsi Jésus-Christ. Voilà dans quel sens Jésus-Christ est médiateur.
(1) I, Tim.. II. 5.
(2) Le Plérôme (la Plénitude) est formé d'abord de huit éons (une ogdoade), puis de dix (une décade), puis de douze (une duodécade). C'est pour honorer ce nombre mystérieux de trente, disaient les Gnostiques, que le Sauveur n'a rien
Les Ariens renouvellent ces rêveries, tout en faisant»au Christ une part plus glorieuse. Jésus est bien le Verbe et le Fils de Dieu, mais il est inférieur au Père et d'une nature qui tient le milieu entre Dieu et le monde.
Ces diverses erreurs, déjà réfutées par les docteurs, sont condamnés au concile de Nicée, où l'on définit que le Fils est consubstantiel au Père et lui est égal en tout (1).*
Mais les Monophysites pervertissent d'une autre manière la notion du médiateur surnaturel. Parce que le Christ est médiateur, disent-ils, il y a en lui une seule nature, composée de la divinité et de l'humanité.
L'Eglise combat cette hérésie, et saint Léon explique, dans sa lettre à Flavien, patriarche de Gonstantinople, contre Eutychès, que le Médiateur de Dieu et des hommes a les deux natures complètes, la nature humaine selon laquelle il a pu mourir et la nature divine selon laquelle il est immortel '2).
A l'époque de la Réforme CX . une discussion s'engage sur ce thème entre Osiander et Stancari.
Osiander, suivi par Calvin, Mélanchton et
voulu faire avant l'âge de trentf ans. Cf. S. lEEN., P. G., VII. 447-451.
(1) DENZINGEB-BAXÎïWAET, 54.
(2) DENZINGEE-BANNWAET, 143.
(3) Cf. BELLAEMIN-., Controv., lib. I, De Christo mediatore; B. CanISIUS, De Corrupteïa Verhi Dei. Proosm.
beaucoup dautres protestants soutenait que Jésus-Christ est médiateur en tant que Dieu et qu'il nous justifie par la justice essentielle de Dieu.
Il suffit d'opposer à cette assertion les déclarations du concile de Trente : « L'unique cause formelle de notre justification c'est la justice de Dieu, non pas celle par laquelle il est juste luimême, mais celle ]^ar laquelle il nous justifie (i) », c'est-à-dire un don créé qu'infuse en nous le Saint-Esprit et qui repose dans l'âme à la façon d'une qualité accidentelle : quse in cordibus corinn -per Spiriliim Sanctum diffundatuT atqvc il lis inhœreat (2).
Stancari répliquait que Jésus-Christ, au contraire, est médiateur uniquement à raison de la nature humaine.
• — La vérité est qu'il lui faut, pour être médiateur, à la fois la nature humaine et la nature divine. Dieu, en tant que Dieu, n'est pas médiateur, mais transcendant, au-dessus de tout ; la nature humaine, comme telle, n'est point placée entre Dieu et l'homme, c'est manifeste ; mais, si H nature divine s'unit à la nature humaine dans une seule personne, nous avons aussitôt un médiateur de Dieu et des hommes. En effet, le médiateur, qui est au milieu des deux extrêmes, doit les un:r et cependant rester distant de chacun d'eux. Jé-
(1) Sess. VI, cap. 7.
(2) Ihid., can. 11
sus-Christ, d'une part, unit Dieu et Thomme, puisque en lui la nature divine et la nature humaine s'embrassent dans l'étreinte d'une seule personne; d'autre part, il est distant de Dieu par son humanité, distant de l'homme par la dignité suréminente de sa grâce et de sa gloire. S'il n"avait que la nature divine, il ne deviendrait point médiateur, puisqu'il ne serait d'aucune manière distant de Dieu ; s'il n'avait que notre nature, il ne serait point médiateur, car il ne serait pas distant de nous, il lui manquerait cette plénitude de grâc-e qui lui convient en tant que Fils unique du Père. Si sa personne n'était pas unique, il ne serait point médiateur, puisqu'il ne pourrait pas rapprocher et joindre les deux extrêmes en un seul tout. L'Incarnation a résolu le problème : il est nécessairement le médiateur de Dieu et des hommes Celui qui est une seule personne en deux natures, Celui qui est essentiellement l'Homme-Dieu, le Christ Jésus (1).
Cette doctrine, si magnifique et maintenant si nette, n'avait pas échappé aux vrais représentants de la Tradition chrétienne. Les Pères font reposer* la médiation morale du Christ sur sa médiation physique, parce que, en vertu de l'union hypostatique et à raison de ses deux natures, il rapproche Dieu et l'homme. — Il fallait, dit saint Iré-
(1) Cf. s. THOM., III. P.. q. 26.
née, que le Médiateur de Dieu et des hommes, à cause de la communauté qu'il a avec l'un et l'autre, parent de tous les deux, les unît dans l'amitié et la paix (I). — Saint Grégoire de Nysse explique pareillement, contre Eunome, que le Christ Médiateur — communiant à Dieu et à l'homme par ses deux natures, puisqu'il est vrai Dieu et vrai homme — unit Digu et l'homme dans son unique personne (2).
Saint Augustin a mis aussi en relief cette vérité fondamentale. Il ne suffit pas au Fils de Dieu d'être Verbe pour devenir médiateur : en tant que Verbe, il n'est pas intermédiaire entre Dieu et nous, mais il fait un avec Dieu. Il faut que, avec la nature divine, il ait aussi la nature humaine, afin de toucher, à la fois, à Dieu et à l'homme et de les rapprocher dans l'unité de sa personne (3^ .«
Voilà la base de la médiation morale et la raison du sacerdoce rédempteur : celui qui est l'Homme-Dieu est à même d'établir le double courant, du Ciel à la terre et de la terre au Ciel (4).
» (1) s. lEEN., III, A(y;. Eaeres., c. XVIII, P. G., VII, 937.
(2) S. GBEGOE. NYSSEN., Cont. Eunom., lib. II, P. G., XLV,
(3) Cf. S. AUGUSTIN., X, Conf ess., CXLIII. P. L., XXXII, 808; De Civit Dei, lib., XIX. c. XV; P. L., XLI, 268-269.
(4) Sainte Catherine de Sienne explique en un langage pittoresque et admirable comment Jésus-Christ est médiateur, comment il est le pont jeté, au-dessus de l'abîme, entre la terre et le ciel. Dialog., XIII, XVI, XXI, XXVII, XXIX, XXX, LI. LU, c, CXXXVI. CXLIV. CXLV, CXLVII. CC.
. mttres. 16, 28, 29. 30, 70. 120, 128, 129, 161, 178. 195.. 332,