‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 4 sur 78 · I.R MYSTtllE I)K I.A RÉBFMITION · texte numérisé non relu

I.R MYSTtllE I)K I.A RÉBFMITION

ses reprises, pour maintenir inviolable l'exactitude de cette notion. Déjà, au moyen-âge, Raymond LuUe avait prétendu que les articles de notre foi peuvent être prouvés par des raisons nécessaires, concluantes, apodictiques. Les Papes proscrivirent ces fausses propositions, avec d'autres non moins dangereuses (1). Les rationalistes modernes ayant repris sous un autre point de vue cette théorie subversive, Grégoire XVI rappelle que nos mystères défient tous les efforts de la raison humaine et les capacités de toute intelligence créée (2,. Georges Hermès revêt d'une forme plus subtile et plus séduisante l'erreur naturaliste. Les mystères ne sont pas, il est vrai, une invention de notre esprit, mais, la révélation une fois transmise à l'humanité, la raison, aidée de toutes les ressources de l'histoire, fortifiée de tous les secours des sciences, peut arriver, soit par des démonstrations rigoureuses, soit par des inductions infaillibles, à prouver chacun de nos dogmes. Frohschammer, Guenther, Rosmini, se font, plus ou moins, les échos de ce radicalisme, que condamneront successivement Grégoire XVI (3). Pie IX '4), le concile du Vati-

(1) Au sujet de Raymond LuUe, on peut consulter l'ouvrage de D. Salvador BOVÉ, analysé dans la Revue Thomiste, 1908, pp. 717-719.

(2) Encyclic. ad Episcop. Gallise, 18 cal. sept. 1832; DEN- ZINGEB-BANNWAET, 1616.

(3) DENZINGEfi-BANNWAET, 1619.

(4) Idem, 1645, 1655, 1669. 1671. 1682, 1709, 1714.

can (l), le Saint-Office par ordre de Léon XIII (2).

Voilà donc la notion catholique du mystère : c'est une vérité divine, révélée par Dieu, que notre esprit ne pourra jamais démontrer, bien qu'il puisse en faire voir les convenances, les beautés, les harmonies, et résoudre le^ objections soulevées contre elle.

Cette définition déVive de la transcendance même de Dieu. Puisque l'essence divine est infinie, elle a des profondeurs que l'infini seul peut scruter et sonder (3) ; puisque l'intelligence divine est infinie, elle a un objet infini, comme elle, qui dépassera toujours le rayon de notre raison ; puisque la liberté divine est une perfection infinie qui implique une souveraine indépendance pour toutes les communications au dehors et pour toutes les combinaisons possibles, nous ne pourrons savoir les desseins et les plans arrêtés par Dieu que s'il daigne nous les manifester lui-même par une révélation gratuiîe.

Ainsi, soit du côté de l'essence elle-même, soit du côté de l'intelligence, soit du côté de la liberté, îî y aura nécessairement en Dieu des abîmes qui resteront pour nous insondables, tant que nous ne jouirons pas de cette vision intuitive qui

(1) Idem, 1786, 1796, 1816.

(2) Idem, 1915.

(3) " Nobi8 autem revelavit Deus per Spiritum suum : Spiritus enim omnia «crutatiir. *>tiam prof%inda Dei. » I Cor., II. 10.

nous fera voir la lumière dans la lumière : Profunda Dei.

Les profondeurs de Dieu, c'est d'abord sa vie intime en lui-même, et il a daigné nous apprendre l'existence de cette famille éternelle, cette adorable Trinité, la première des vierges, comme dit saint Grégoire de Nazianze ; la Beauté première et le premier Amour, comme chante le poète ; trois personnes distinctes qui ne sont qu'une puissance, qu'une nature, qu'une vie...

I^es profondeurs de Dieu, ce sont les libres conseils de cette même Trinité, ses voies de justice et de miséricorde touchant le salut du genre humain. Quelques-uns de ses secrets nous ont été manifestés ; la révélation nous a dit, ce que nous n'aurions pas même osé soupçonner, que Dieu pour nous aimer s'est rendu notre égal, qu'il est descendu à notre niveau pour nous élever au sien, qu'il s'est fait homme pour faire de nous dos dieux ; et, comme nous avions offensé une majesté infinie et que nous n'aurions jamais pu égaler la réparation à l'outrage, il s'est substitué à nous, en souffrant dans la nature humaine qu'il a prise, s'est constitué notre rançon, a satisfait pour nous et nous a rendu l'héritage perdu par notre faute.

Profondeurs de Dieu dans son essence et sa vie intime, voilà le mystère de la Trinité ; profondeurs de Dieu du côté de la volonté salvifique, qui décrète qu'une personne divine prendra notre hu-

manité afin de souffrir et d'expier pour nous, voilà l'Incarnation et la Rédemption.

Tels sont les grands mystères de notre foi : trois personnes subsistant dans une seule nature divine ; une seule personne, qui est la personne du Verbe, subsistant dans deux natures, la nature divine et la nature humaine ; un Homme-Dieu se faisant victime pour racheter les hommes.

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