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COMMENT LA REDEMPTION EST UN MYSTERE

i^a Rédemption est un mystère. D'abord, elle suppose le mystère de la Trinité, puisque c'est une personne divine qui prend la nature humaine ; le mystère de l'Incarnation, car, ainsi que nous l'expliquerons dans la suite, il fallait un Dieu-Homme pour offrir une satisfaction proportionnée à la faute et réparer notre nature, ruinée radicalement, corrompue à fond, par le péché.

Ensuite, en elle-même. La Rédemption est le secret, le sacrement, le conseil de la sagesse éternelle, le libre décret de la volopté infinie, qui était oaché à tous, aux anges comme aux hommes, et

qui a été annoncé au monde, en temps voulu, dans la plus sublime des théophanies (i).

C'est assurément un mystère que l'amour tout puissant, qui était déjà l'amour créateur, ait voulu prendre un nom nouveau et se soit constitué l'amour victime ! C'est un mystère, dont la connaissance, d'ailleurs, sera une part de nos délices dans l'éternité, que le Fils de Dieu ait consenti à faire de son existence sur la terre un sacrifice continuel, qu'il ait décidé de fonder sa religion sur le renoncement, en sorte que son Eglise sera basée sur le sacrifice et se verra persécutée ici-bas précisément parce qu'elle prêche, impose et pratique le sacrifice ! La Rédemption n'est qu'à ce prix.

C'est une merveille, étonnante, incompréhensible, que cette substitution d'un Dieu à la place des coupables : un Dieu-Homme qui souffre, satisfait, mérite pour ses créatures ! Voilà le sacrement ineffable qui confond et ravit, qui faisait tressaillir la grande âme de saint Paul et qui, dans le silence des oraisons, a provoqué les tendresses et les extases des Catherine de Sienne et des Thérèse d'Avila.

(1) Cf. Eplics., I, III, et Colos., I. Sur le sens de « Mystère » dans saint Paul, voir F. PEAT, La Théologie de saint Paul, pp. 429-435. "Le Mystère est donc: lo un secret dessein de la volonté divine; 2o un secret caché jusque dans la plénitude des temps; 3" un secre^ dont l'objet est la mission rédemptrice du Christ et consistant en ce que toute la création lui est unie comme à son centre et à son chef. » P. 432.

Il est comme la synthèse de tous les mystères qui concernent notre humanité. Toute l'histoire du genre humain, tout l'ensemble de la religion, se ramènent à un mystèie d'amour, à un mystère de mal, à un mystère de triomphe. C'est l'amour qui a créé, qui soutient, conserve, fait vivre le monde. En face de lui s'est dressé le plus odieux des fantômes, qui est en même temps la plus palpable et la plus terrible des réalités : le mal a gouverné la pauvre humanité, le mal nous saisit, nous étreint, nous mène parfois comme des esclaves.

Cependant, malgré la lutte désespérée que lui fa'it le mal, l'amour doit avoir le dernier mot : le terme final de l'histoire universelle sera l'amour triomphant, de même que le commencement avait été l'amour créateur.

La Rédemption résume et explique ce triple mystère. '

Le témoignage suprême de l'amour ici-bas quel est-il ? Que peut-on trouver de plus éloquent pour prouver à d'autres qu'on les aime que de leur donner ses sueurs, ses larmes et son sang? La Rédemption a exigé les sueurs d'un Dieu, car le géant de l'éternité, ayant fait, pour nous sauver, un" grand voyage, s'est, pour ainsi dire, fatigué dans sa longue course, quaerens vie sedisti lassus ; les larmes d'un m^u, car l'Ecriture nous le montre versant des prières et des pleurs pour no-

tre pauvre humanité, cum lacrymis offerens (1) ; le sang d'un Dieu, qui a été versé tout entier, goutte à goutte et par torrents.

Nous comprenons mieux le mystère du mal, nous apprécions la malice du péché mortel, lorsque nous voyons la justice divine demander au Christ, innocent, mais victime pour nous, l'effrayante rançon de la croix, redemis ti me crucetn passus, et que nous entendons Jésus s'écrie]*, sous le poids de nos fautes : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? » Chez les hommes, la justice faiblit quand elle se fait miséricorde ; dans la Rédemption, elle demeure intacte : même quand Dieu pardonne c'est justice, puisqu'un Dieu-Homme se substitue aux coupables et satisfait pour eux.

Enfin, la Rédemption assure le triomphe : grâce à elle le prince de ce monde est chassé de son empire (2), même dès la vie présente (3) ; grâce à elle la mort sera anéantie, le Christ régnera sur tous ses ennemis et avec lui son Eglise, devenue pour toujours la Jérusalem nouvelle (4).

(1) Ed., V, 7.

(2) Evang. Joan., XII, 31.

(3) nid., XVI, 11.

(4) Apoc, XXI.

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