II, PETE., I
(4) Evano. JOAN., I, 16.
Moïse n'a été que le ministre d'une loi imparfaite et caduque, Jésus-Christ est l'auteur de la grâce et de la vérité (1). Il est si bien la source de la grâce qu'il peut l'enchaîner à des rites sensibles, la communiquer aux âmes par des sacrements, dont il reste toujours l'agent principal. Il est ainsi pour les hommes la source d'une vie pleine, surabondante (2).
En troisième lieu, il fait descendre sur les âmes le pardon et la miséricorde infinie, puisqu'il est lui-même l'universelle propitiation pour les crimes du monde ;3). qu'il remet les péchés (4) et confère à ses disciples le pouvoir de les remettre (o).
Ces effets, d'ailleurs, seront mis plus complètement en lumière quand nous aurons à parler de la délivrance et de la restauration.
(1) « Les per Moysen data est, gratia et veritas per Jesum Christum facta est. » Ibid., 17.
(2) Eiang. JOAN., X, 10. — Cf. La Causalité instrumentale en théologie, c. III.
(3) I, Epist., JOAN., II, 2.
(4) MATTH., I, 21. IX. 1-6; Colosi., I. 4; Ephes., I, 7; TH.. II, 14.
(5) Evang. JOAN., XXXI, 22-23.
LE CHRIST FAIT MONTER VERS DIEU LES CHOSES SACRÉES DE l'HUMANITÉ
Le prêtre est pris parmi les tiommes et établi pour eux en ce qui est de Dieu. Lé Christ aussi est de notre race, tout en gardant sa divinité ; il est établi pour nous, et il fait monter en notre nom des hommages à Dieu.
D'abord, la prière. Il est l'Orante par excellence, il est, pour ainsi dire, la prière vivante et éternelle. L'Ecriture nous le montre dans l'acte prolongé d'une oraison ardente, qui lui prend même ses nuits (t).Au moment de consommer son immolation, il adresse pour nous à son Père cette sublime supplication qui est l'idéal achevé de toute prière sacerdotale (2) Jusque sur la croix, il offrira des prières, non seulement pour ses bourreaux, mais pour le genre humain tout entier (3).
Ensuite, le sacrifice, et c'est même le rôle fondamental du sacerdoce. Nous avons montré longuement que la Passion est un sacrifice parfait, d'adoration, de propitiation, d'expiation, de satisfac-
(1) Luc, VI, 12.
(2^ Evang. JOAN., XVII.
(3) LUC. XXIII, 34. - Cf. Hphr., V, 7.
tion, d'impétration et d'action de grâces. Le Sauveur n'y est pas seulement victime ; il y est sacrificateur.
L'objection rationaliste est connue : « Pour réaliser sur le Calvaire Tidée du sacrifice, il faut faire de la Croix un autel, des bourreaux du Christ, des prêtres sacrificateurs, ou bien dire que Jésus a été tout ensemble prêtre et victime ; encore la symétrie et la correspondance restentelles imparfaites, car Jésus ne s'attache pas luimême à la croix (1). »
— Nous avons précédemment indiqué la réponse. Le vrai sacrificateur n'est pas celui qui égorge la victime ni celui qui l'attache à l'autel, mais bien celui qui l'offre à Dieu par un acte positif de religion et en vertu de sa consécration sacerdotale. Notre-Seigneur s'est offert lui-même, non pas seulement comme les martyrs en acceptant la mort, mais comme un vrai pontife, en vertu d'un mandat divin et par un acte vraiment sacrificatoire.
Sa puissance divine lui permettant de déjouer tous les complots de ses ennemis, il pouvait éviter de tomber entre leurs mains, ou, s'il consentait à se laisser prendre, paralyser leurs efforts, rendre leurs coups inoffensifs, ou, même blessé, se guérir lui-même et écarter le trépas. •
(1) AUGUSTE SABA.TIEE, La doctrine de l'expiation et ton évolution historique, pp. 95-96.
D'ailleurs, la seule énergie de l'âme aurait suffi à rendre le corps immortel. Instrument conjoint du Verbe, l'esprit pouvait conférer à la chair une vigueur capable de résister à tous les assauts et à toutes les atteintes du dehors (1).
Notre-Seigneur était donc entièrement maître de sa vie ; il Ta prouvé en conservant jusqu'à la fin ses forces dans leur plénitude et en poussant, au moment de mourir, un cri si puissant que le centurion en conclut que cet homme était le fils de Dieu (2).
Jésus-Christ, sans doute, ne s'est pas porté le coup mortel ; mais, s'il est mort, c'est qu'il l'a bien voulu, et cette acceptation positive suffit assurément pour qu'on puisse dire, dans un sens très réel, qu'il offre lui-même sa vie en holocauste (3).
Cette offrande est un acte vraiment sacrificatoire, parce que Jésus la fait en vertu d'un mandat divin, en accomplissant un acte exquis de religion (4), en exécutant jusqu'au bout l'ordre que son Père lui a donné de mourir pour les hommes :
(1) s. THûM., III. P., c 22, a. 2, ad 1 et 2.
(2) III. P., a. 47, a. 1.
(3) Ihid.. ad. 2.
(4) Au dire de sainte Catherine de Sienne, c'est l'amour, ce ne sont point les bourreaux oui dressent la croix. Si Notre- Seigneur l'avait voulu, la terre se serait refusée à porter le bois du supplice et aurait englouti les Juifs. Dialog., CXXVIII, CLI. Cf. Comtesse DE FLAVIGNT. Sainte Catherine de Sienne, p. 455.
Xe//io tollit anirnam meam, sed ego pono eam... Hoc mandatiim accepi a Pâtre meo ili.
Consacré déjà par Tlnc-arnation, il se sanctifie de nouveau en vue de son sacrifice, c'est-à-dire : il se voue lui-même en qualité de victime : Et pro eis ego sanctifico meipsiœi i2 .
Destiné dès l'origine à l'immolation, il se donne de nouveau à Dieu pour nous et dans une offrande encore plus actuelle qui constitye l'oblation vraiment sacrificatoire, ut hostia actualiter tune exhibita 3, avec ces parfaites disposition? d'obéissance et de charité qui sont comme l'apogée des actes héroïques du Rédempteur.
La démonstration est achevée : Jésus est aussi réellement sacrificateur qu'il est réellement victime.