LUC, VII
LE MYSTÈRE DE LA BÉrJFMr'Tlon. - 12
pour monter au ciel, il établira dans son Eglise une institution officielle et permanente, chargée de remettre les péchés en son nom (1).
Aussi bien saint Jean pourra-t-il résumer l'œuvre de Jésus-Christ en disant qu'elle est une propitiation immense pour tous les crimes de l'univers (2), et saint Paul tiendra-t-il à associer indissolublement la rédemption par le sang de Jésus et la rémission des pèches (3).
Toute la doctrine de l'Apôtre converge vers cette vérité capitale : La grâce de Jésus-Christ nous délivre du péché. Tous les hommes sont coupables, tous ont besoin de la gloire de Dieu ; la grâce de Jésus-Christ nous justifie et remet nos fautes [i). Vendus au péché, tyrannisés par la concupiscence, nous sommes dans l'incapacité de faire le bien. Qui nous affranchira ? La grâce du Rédempteur (5). Le Christ nous a arrachés à la malédiction, s'étant fait malédiction pour nous(6). Enfin, tous les textes qui représentent l'œuvre rédemptrice comme une réconciliation de l'humanité avec Dieu attribuent au Sauveur, par le fait, la rémission des péchés, car ce sont là des idées qui s'impliquent mutuellement (7).
(1) Evang. JOAN. XXXI, 22-23. (2) I Epist. JOAN.. II. 2 (3) Colos., I, 4, Ephes., I. 7. (4) Rom... III, 23-25.
(5) Rom., VII, 14-25. Cf. notre livre : Hors de l'Oelise point de salut, pp. 134, S3.
(6) Gai., III, 13.
(7) Rom.. V, 10 ; II. Cor., 15, 18, 19 ; Ephes.. 4-8 ; Colos.. H,
Les Pères sont unanimes à dire que le Sauveur nous délivre du péché et du mal. !Si l'Agneau de Dieu ne remettait pas les péchés, remarque Origène, sa propitiation ne serait ni efficace ni réelle. Il est donc victime pour toutes les fautes du monde, et, par l'hostie de sa chair, il condamne, abolit, efface le péché (1). — Il n'a pas été fait péché, ajoute saint Athanase, mais il a porté nos péchés sur la croix (2). — C'est pour les faire mourir, s'écrie saint Grégoire de Nazianze, qu'il les porte sur le gibet; crucifié, il crucifie nos crimes et les anéantit (3). — Par sa mort, qui est l'unique et véritable sacrifice, dit saint Augustin, il a purifié, aboli, éteint tout ce qu'il y avait de fautes (4). — • En se faisant malédiction et péché pour nous, conclut saint Paulin de Noie, il a cloué sur la croix notre péché et notre malédiction (5).
Saint Thomas explique que la passion de Jésus- Christ est cause de la rémission des péchés de trois manières. « D'abord, témoignage suprême de l'amour incompréhensible d'un Dieu qui consent à mourir pour ses ennemis, elle provoque, allume notre charité, et la charité implique la rémission
(1) OEIGEN., in Rom., III, 8, et VI, 12. F. G.. XIV. 946, 951,
(2) S. Athanas- Orat. II. 47. P. G.. XXVI, 991
(3) S. GEEGOR. NAZIANZ., Orat. XXXVIII, 16. P. G., XXXVI,
(4) S. AUGUSTIN, IV de Trinit., c. XIII, 17, P. L., XLII, 899.
(5) S. PAULIN. NOL., Epist. XXIII, 14-15, P. L.. LÎI, 265-266.
des péchés, selon la parole du Maître : Beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé (1). En second lieu, par manière de vadmi : le Christ, notre tête mystique, en souffrant pour nous par amour et par obéissance, nous délivre, nous, ses membres, par le prix même de cette passion douloureuse, comme un homme, par l'œuvre méritoire qu'opère la main, pourrait se racheter du mal qu'auraient commis les pieds. De même, en effet, que le corps naturel est un seul tout formé de membres multiples, ainsi l'Eglise, corps mystique du Sauveur, fait une seule personne avec son Chef, le Christ. En troisième lieu, par voie de causalité physique, parce que la chair dans laquelle le Christ a subi la passion est l'instrument de la divinité ; d'où il suit que toutes les souffrances, toutes les actions du Rédempteur opèrent par la vertu divine pour expulser le péché (2). »
Reprenons l'argument théologique. Que faut-il pour nous délivrer de nos fautes et les effacer? Plusieurs causes doivent exercer ici leur concours. Une cause propitiatoire ou de réconciliation, pour désarmer la colère de Dieu et l'incliner à pardonner, à remettre l'offense ; une cause satisfactoire, qui offre au souverain Seigneur une réparation proportionnée à l'outrage. Enfin, la cause for-
(1) Luc. VII. 47.
(2) S. THOM., III. P.. q. 49. a. 1.
melle de la rémission des péchés c'est la grâce sanctifiante, qui lave la faute mortelle, à la manière dont la chaleur chasse le froid, et la lumière, les ténèbres : sans elle il ne peut pas y avoir de justification, pas plus qu'il ne peut y avoir d'âme belle sans la beauté (1).
La Passion de Jésus-Christ fait tout cela. En tant que sacrifice, elle est la cause propitiatoire qui apaise Dieu et nous le rend favorable ; en tant que satisfaction surabondante, elle répare et audelà toute l'injure faite à Dieu par nos fautes. Elle est aussi la cause de la grâce : cause méritoire principale de tous les biens surnaturels, de telle sorte que, depuis la chute, aucun d'eux ne descend sur l'humanité que par la vertu du Rédempteur.
Il suffit, pour le moment, de rappeler cette vérité, car nous aurons à la reprendre bientôt à propos des mérites de Jésus-Christ.
La passion est, de plus, la cause instrumentale physique du salut, ainsi que l'affirme saint Thomas et que nous l'avons montré nous-même dans notre livre : La Causalité instrumentale en Théologie (2).
Il reste donc établi que la Passion est une vraie délivrance du péché, puisqu'elle en opère la ré-
(1) Nous avons exposé cette doctrine dans notre livre Hors de l'Eglise, point de salvt, pp. 118-130. (1) Paris. TÉQUI.
mission comme cause propitiatoire, satisfactoire, méritoire et physique.