‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 45 sur 78 · DELIVRANCE DES PEINES DU PECHE · texte numérisé non relu

DELIVRANCE DES PEINES DU PECHE

Le péché grave, offense contre la Majesté infinie, demande une peine qui, ne pouvant être infinie en intensité, doit l'être au moins en durée : c'est la mort éternelle (1). Mais d'autres conséquences nous atteignent dès cette vie. La grâce de l'état d'innocence assurait l'harmonie complète entre les diverses parties de notre nature, en sorte que le composé humain ne devait être ni dissous par la mort ni troublé par les infirmités et les autres maux qui sont le triste lot des enfants d'Adam. Le péché originel ayant brisé cette économie de préservation, les suites inévitables ont été les pénalités de la vie présente et la mort corporelle. C'est un point de l'enseignement catholique que la mort est entrée dans le monde par le péché, selon le langage de saint Paul (2) ; que

(1) Cf. s. THOM.. I a. II ae, q. 87.

(2) Rom.. Y, 12.

la désobéissance de notre premier père nous a transmis et la mort et les autres peines corporelles et le péché, qui est la mort de l'âme, comme le définit le concile de Trente (Il

Est-il vrai que la Rédemption nous délivre de tout cela?

La mort éternelle, la peine éternelle, effets du péché mortel, ne peuvent subsister que là où subsiste la faute grave. Du moment qu'elle efface le péché, la Passion remet la peine capitale ; et* c'est pourquoi saint Paul assure qu'elle nous préserve de la colère de Dieu i'2). Tous ceux donc qui veulent profiter de la Passion rédemptijice sont soustraits à la damnation.

Mais, le péché lavé et l'âme purifiée, ne reste-t-il aucune dette à paj'er à la justice divine ? Nous avons vu précédemment que la Passion a satisfait surabondamment pour toutes les fautes, payé toutes les dettes, et plus que cela, à l'infini (8). La somme est A^ersée d'avance ; seulement il faut la toucher, nous l'appliquer, la faire nôtre... Pour cela, nous devons nous rendre semblables à Notre-Seigneur, nous configurer eh quelque sorte à sa passion et nous y associer.

L'efficacité rédemptrice ne nous sera appliquée que par notre libre coopération ; c'est la

(1) Sess. V, ean. 1, et can. 2, DenzingeR-Bannwart, 783-789.

(2) Rom. V, 9.

(3) Chapitre troisième, ii" V et 83.

loi du salut* et qui peut en contester la sagesse (1) ?

La manière parfaite de nous ensevelir avec le Christ c'est le baptême (2). Voilà pourquoi les baptisés n'ont à offrir aucun autre paiement, délivrés qu'ils sont par la satisfaction de Jésus- Christ.

Le Sauveur n'étant mort qu'une fois pour les péchés, on ne peut s'ensevelir qu'une fois avec lui •par le bain sacramentel. Ceux donc qui pèchent -ensuite doivent, pour obtenir le pardon, se rendre semblables au Sauveur en participant à ses soufframces (3). S'ils savent s'associer entièrement à lui par la douleur et l'amour, c'est-à-dire par la contrition et la charité -parfaites, ils s'approprient ses satisfactions et sont exempts de tout autre tribut à la justice divine.

Beaucoup d'hommes, même après la justification au tribunal de la pénitence, n'arrivent pas à se conformer parfaitement à Notre-Seigneur par l'intensité de leurs actes, et c'est pourquoi ils

(1) Cette magnifique économie d'une rédemption suffisante et surabondant-e par elle-même, mais réclamant, d'autre part, la libre coopération de l'homme, n'est pas comprise par les rationalist-es. C'est pour l'avoir méconnue que M. Sabatier (La Doctrine de l'expiation, p. 61), et M. Harnack, Dogm. Gesch. III, p. 458), ont reproché à la doctrine de S. Thomas de « laisser l'impression de quelque chose de cahotique ». Ceux qui savent lire Saint Thomas ont une aiitre impression ! L'exposition même que nous faisons de la doctrine thomiste suffit à la justifier.

(2) Rom., VI, 3. es.

(3) Cf. S. THOM., III. P., q. 49, a. 3, ad 2.

n'obtiennent pas la rémission totale de leur dette : il reste une partie de leur peine, qui doit être payée en oe monde ou en purgatoire (1).

Mais c'est en vertu de la Passion que cette peine sera un jour remise. Dès que l'âme se sera transfigurée en son Sauveur, ou par les satisfactions volontaires et méritoires de cette vie ou pai les purifications du purgatoire, elle recevra les effets pléniers de la Rédemption.

Si l'âme refuse d'entrer en union avec le Christ, elle s'exclut elle-même de tous ces bénéfices. Il reste toujours vrai, cependant, que le Rédempteur a payé aussi pour elle et qu'il ne tenait qu'à elle de s'appliquer la valeur versée pour son rachat.

Ainsi, pour tous ceux qui se rendront semblables à Jésus-Christ par leur libre coopération, la Rédemption sera une complète délivrance et de la peine éternelle et, tôt ou tard, de la dette temporelle contractée par le péché.

Quant à la mort et aux autres pénalités, l'Ecriture et les Pères nous assurent que la Rédemption doit un jour nous y soustraire. Isaïe a chanté cette tragique défaite de la mort. De même qu'on précipitait les criminels du haut des montagnes,

(1) CONC. Trident., sese. VI, can. 30.

ainsi le Rédempteur précipitera la mort, qui restera désormais impuissante, avec son sceptre brisé : Praecipitabit viortem in sempiternum (i).

— Le Christ, dit un autre prophète, sera la mort de la mort : Ero mors iiia, o morsi'2). Saint Paul commente avec une haute éloquence ces paroles d'Osée : La mort, dit-il, sera enfin anéantie, elle perdra son aiguillon, elle sera absorbée dans la victoire, dans le triomphe définitif de la Rédemption (3). — Plus de mort, plus de larmes, plus de douleurs, s'écrie le voyant de l'Apocalypse : tout cela c'est le passé (4) !

Cette idée de délivrance de la mort se retrouve communément chez les Pères et sous une forme pittoresque qui la rend plus saillante et plue énergique. — ■ Le Christ est mort, dit saint Ignace d'Antioche, afin que par la foi en sa mort nous soyons délivrés de la mort Côy — Saint Athanase fait observer que la mort est déjà vaincue pour les chrétiens, qui la regardent sans crainte : elle est détruite par la vie, par la mort et par la résurrection du Sauveur (6). — C'est ce que saint Cyrille d'Alexandrie achève de mettre en relief : Le péché étant détruit, la mort, qui en découle, est anéantie également ; la racine morte, les bran-

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