‹ Le mystère de la rédemptionChapitre 58 sur 78 · RÉDEMPTEUR, SAUVEUR, JÉSUS · texte numérisé non relu

RÉDEMPTEUR, SAUVEUR, JÉSUS

Ce nom de Rédempteur résume, à lui seul, l'œuvre tout entière de Jésus-Christ et redit toute

une histoire d'amour que nous ne pouvons jamais assez méditer. Il esj donc vénérable entre tous, et l'on comprend que le pieux saint Alphonse de Liguori ait voulu placer spécialement sa Congrégation sous ce vocable, pour honorer le profond mystère qu'il représente.

Le nom de Jésus ou de Sauveur traduit le même dogme sous une auîre forme. En soi, sauver c'est moins que racheter : Jésus-Christ «aurait pu nous sauver par un seul acte d'^amour, infiniment méritoire et satisfactoire, sans payer ce prix douloureux, cette passion immense que lui a coûtés la Rédemption. Mais, en fait et dans le plan actuel de Dieu, le salut du genre humain ne devait être opéré que par la mort de Jésus-Christ sur la croix : d'où il résulte que pour lui, sauver c'est racheter et que Jésus, Sauveur et Rédempteur désignent la même réalité {\.). Le Christ est notre Rédempteur à tous, Sauveur pour tous, Jésus pour tous.

Ce n'est pas ici le lieu de traiter à fond la question de Vuniversalité du salut ; il nous suffira de rappeler brièvement les enseignements de la foi catholique.

D'une manière générale, il est certain que Jésus- Christ est le Rédempteur de tous les hommes. De même que Dieu veut que tous soient sauvés et ar-

(1) Voir, à ce sujet, S. BEENAKD,, De nominihus Salvatoris, BPrm. LU: P. L.. CLXXXIII, 676, as; S. THOMAS, III. P., q. 37. a. 2; DOM LAURENT JANSSENS. tom. V., pp. 534-578.

rivent à la connaissance de son saint nom (I ), ainsi Notre-Seigneur est-il le Sauveur de tous sans exception et en premier lieu des fidèles r Salvator omnium hominum, maxime fidelium (2). Il est mort -pour tous, dit ailleurs saint Paul, pro omnibus mortuus est Christus, afin que ceux qui vivent ne vivent point pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort pour eux et qui est ressuscité (3i.

Pour préciser, il est de foi que le Christ est morï pour d'autres que pour les élus, puisqu'il est hérétique et impie de dire qu'il est mort seulement pour les prédestinés. Voilà oe qu'a déclaré Innocent X en condamnant comme hérétique la 5* proprosition de Jansénius (4).

Il est de foi aussi, admettent communément les théologiens, que Notre-Seigneur est mort au moins pour tous ies fidèles, attendu qu'ils sont obligés de croire comme vérité de foi la parole du Symbole : Pour nous et pour notre salut, il est descendu des cieux, s'est incarné, a souffert, est mort..., pr opter nos homines et pr opter nos tram salutem, descendit de cœlis, et incamatus... ; crucifixus etiam pro nobis.

C'est une doctrine voisine de la foi, proxima fidei. qu'il est mort pour tous les adultes, même infidèles, car telle est la portée directe des paroles

'■) I, Tim., II, 1-6.

12) I. Tim., IV, 10.

^3) II, Cor.. V. 15.

(4) DENZINGEE-BaNNWAET, 1096.

de l'Apôtre que nous venons de citer : Dieu veut le salut de tous, Jésus est le Sauveur de tous les hommes ; il est mort pour tous, vult omnes homines salvos fleri...; Salvalor omnium hominum ; yro omnibus mortuus est.

C'est l'enseignement à peu près unanime des théologiens qu'il est mort même pour les enfants sans raison qui ne recevront pas la grâce baptismale. Ils sont compris, eux aussi, dans la formule générale : Omnium hominum, et de quel droit pourrait-on les en exclure ? L'Apôtre affirme, par ailleurs, que le Christ a réparé pour tous ceux qui sont morts en Adam (1) ; par conséquent, pour les enfants aussi bien que pour les adultes.

S'il arrive donc que tant de ces créatures meurent sans le bienfait du baptême, cela tient aux causes secondes qui n'ont pas apporté leur concours indispensable, non pas à l'insuffisance de la Rédemption (2).

Nous avons expliqué longuement que les satisfactions de Jésus-Christ sont surabondantes, pour tous les péchés et au delà, que son sacrifice et ses mérites ont une infinie valeur et peuvent donner la vie et le salut à toutes les créatures humaines sans exception.

(1) Bom., V, 15. 88.

(2) Le sort des enfants morts sans baptême n'est pas intolérable. Ils ont de Dieu une connaissance et un amour naturels qui sont pour eux la source de véritables joies : « Bc ipso GAUDERE poterunt naturali cognitione et dilectione. » S. THO- MAS, Supplem., q. 71, a. 2.

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