JOAN., XVIII
Le prophète de l'Apocalypse l'appelle le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs (1).
Les Pères ont célébré cette royauté de Jésus- Christ. Qu'il suffise d'entendre Tertullien disant au nom de la Tradition : « Pour tous les peuples et pour tous les hommes le Christ est Roi, Juge, Dieu et Seigneur (2V »
C'est ce que chante l'Eglise dans le triomphal Te DeuTïi : Vous êtes le Roi de gloire, ô Christ. Tu rex glorise, Christe ! et dans le Credo : Son règne n'aura point de fin : Cujus regni non eril finis (3) .
Il est roi d'abord par droit de naissance, caw l'union hypostatique l'établit héritier de tous les biens divins : Parce que tu es mon fils, parce que je t'ai engendré, tu peux me demander "toutes les nations de la terre, et je te les donnerai en héritage (4).
Il est roi ensuite par droit de conquête, c'est-àdire par voie de mérite. En opérant la Rédemption il est devenu le grand libérateur, il a
(1) Avec, XIX, 6.
(2) TEETULL, Adv. Judaeos, c. VII ; P. L. U, 651. — Voir aussi S. CHRYSOST., Homil. 83, m Joan., 4-5; P. L.. LIX, 452- CYEILL. ALEXANDE. lib. XII, in Joan., XVIII, 33-38. P. G., LXXIV, 617-624. S. AUGUSTIN. Tract. 115 in Joan.; P. L., XXXV. 1938-1941.
(3) On sait que Sainte Thérèse et d'autres saints éprouvaient une sorte de ravissement en entendant chanter ces paroles.
Quiconque aime ardemment Jésus-Christ ne peut que tressaillir à la pensée que son règne et son triomphe n'auront point de fin.
(4) Ps. II. 8.
sauvé son peuple et de l'esclavage et de la honte et de la mort ; il retourne enfin de sa laborieuse expédition avec son drapeau glorieux, sa croix triomphante, et gardant encore les traces de ses blessures : comme il mérite d'être acclamé, exalté, couronné roi des hommes !
Nous n'avons pas à traiter ici la question de sa royauté terrestre pendant sa vie ici-bas, sujet débattu parmi les théologiens et qui ne rentre pas dans notre plan. Ce qui est certain, c'est que, soit par le fait de l'union hypostatique, qui est un titre suffisant à tout l'héritage divin, soit en vertu de ses mérites si parfaits, qui lui donnent droit à une exaltation complète, le Christ peut revendiquer la souveraineté même temporelle de l'univers. « Tout a été soumis à son empire, dit saint Paul, après le Psalmiste ; tout, sauf le Père, qui lui a soumis toutes choses (1). »
Mais, en fait, il n'a pas voulu s'attribuer ici-bas cet empire, ayant déclaré que son royaume n'est pas de ce monde (2) et s'étant soumis pendant sa vie aux lois humaines (3) ; et même après son Ascension, il consent à ce que son règne ne soit pas absolu : « Nous voyons que tout ne lui est pas encore soumis (41. »
Il fawt pourtant qu'il règne un jour sur toutes
(1) I. Cor., XV, 26-28. *