PRÉFACE
Il faut que le dialogue philosophique soit un genre bien difficile pour n'avoir produit que rarement de ces chefs-d'œuvre dans lesquels le génie littéraire s'associe à l'explication et à la défense d'une forte thèse dont l'auteur n'entend abandonner aucun de ses avantages, ni prêtera ses adversaires des arguments trop spécieux, ou une vivante attitude de combat, capable d'intéresser le lecteur. C'est qu'à la difficulté déjà grande d'unir au raisonnement le sentiment indispensable à une œuvre d'art, et à l'argumentation la passion, il s'en ajoute une autre, très insidieuse pour le philosophe, et qu'il ne surmonte à peu près jamais, parce qu'il est toujours d'humeur trop dogmatique. L'auteur d'un dialogue philosophique, c'est-à-dire de l'imitation et de la fiction d'une controverse, s'il laisse voir son dogmatisme en ne sachant pas s'empêcher de dissimuler ou d'affaiblir les objections qu'il met dans la bouche d'un interlocuteur pour les combattre^ manque à la première condidition de l'œuvre d'art, le désintéressement. Il ne nous touche plus autrement qu'il ferait par l'exposition toute
Prat. — Le Mystère, i