‹ Le mystère de Platon: Aglaophamos (volume 2)Chapitre 2 sur 22 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

simple de ses pensées, son dialogue n'a plus le caractère esthétique.

Au fond, c'est même contre la philosophie, et non pas seulement contre une règle de l'art, que pèchent les dialogues dont les interlocuteurs ne présentent pas sincèrement et ne défendent pas dans leurs parties spécieuses, dans celles qui leur ont valu des adhérents, les doctrines dont Fauteur les prend pour les représentants. Il y aurait un grand avantage pour la méthode, pour le progrès des systèmes en précision et en exactitude, pour Téclaircissement réciproque des principes dont dépendent les plus sérieuses opinions contendantes en philosophie, à ce que des œuvres de polémique philosophique, — et tels sont bien les dialogues, — eussent pour loi la plus franche présentation et la défense la plus intelligente possible des idées des adversaires auxquels Tauteur prête la paroh?. II est vrai que le dogmatisme, ni celui qui se réclame de la révélation, ni Celui qui prétend à l'évidence, ne peuvent aisément subir cette exigence esthétique, parce qu'il se môle toujours une certaine mauvaise foi, de celle qu'on appelle intellectuelle, pour ne risquer pas de la calomnier, dans la manière dont un philosophe a coutume de traduire ou d'interpréter toute opinion qui n'est pas la sienne. Il y a une philosophie seulement, une seule, h laquelle il est possible, et qui peut du moins essayer, avec une bonne volonté parfaite, de pénétrer profondément, jusqu'il sa raison d'être, et de formuler dans ce qu'elle peut offrir de plus fort à un esprit eu quête de vérité, chacune de ces doctrines principales qui ont régné ou qui régnent encore, plus

PRÉFACE vil

OU moins transformées, dans le monde. Cette philosophie est le néocriticisme, parce que, ne regardant pas les vérités d'ordre transcendant comme susceptibles d'une démonstration proprement dite, sans pétition de principe, ou les premiers principes comme des objets d'affirmation nécessaire, irrécusable, elle cherche l'ultime appui de chaque doctrine dans une croyance demeurée toujours libre au fond. Les croyances fondamentales sont diverses et S(* classent comme mutuellement contradictoires. Il y a donc un intérêt supérieur à les reconnaître pour les étudier et approfondir les motifs logiques et moraux de préférer les unes aux autres. La position du néocriticisme, h l'encontre des systèmes courants qui, soit ouvertement, soit comme il ressort de l'apparence qu'ils se donnent par leurs façons de s'exposer et de se défendre, prétendent à l'irrésistible démonstration, est celle d'une philosophie critique prise en un sens qui commence à peine à être compris en philosophie : celui d'une investigation conduite à des conclusions fermes. Et observons, en passant, que ce criticisme diffère essentiellement du criticisme kantien, car l'auteur de la Critique de la Raison pure se déclarait dans l'impuissance d'arriver à des conclusions dernières, simples et nettes, à l'aide des mêmes méthodes, du même principe et du même genre de raisonnements dont il usait et auxquels il se fiait naturellement dans le cours des deux critiques principales, et dans l'examen des deux raisons. Le néocriticisme conserve l'unité de la raison et ne consent ni à l'opposer h Y entendement ^ ni à lui trouver différentes lois, suivant qu'il s agit de la théorie ou de la pratique.

Page 1