‹ Le mystère de Platon: AglaophamosChapitre 6 sur 23 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

pourtant lui-même s'est le plus souvent contenté, comme on sait, de faire face aux coryphées de ses dialogues par des demi-muets dont tout le rôle est de couper le discours par des mots d'approbation bénévole, ou de recevoir par suggestion des idées, et puis d'autres, qui les mènent peu à peu à se contredire faute de s'être aperçus à temps des pièges oîi ils allaient tomber* L'enchantement de la dialectique, méthode alors nouvelle, l'embarras des définitions psychologiques, si difficiles à fixer, entre le vague et les équivoques, les rapports variables des idées dans le commun langage, et l'exigence scientifique de la méthode d'analyse imaginée par Socrate, enfin cette confusion des questions qu'il eût fallu diviser pour les éclaircir, et que la logique, encore si tâtonnante avant Aristote, laissait se mêler, telles sont les raisons qui nous expliquent les formes volontairement subtiles, et les longueurs fatigantes, et l'absence ordinaire de conclusions formulées, ou même qui puissent l'être, dans les dialogues platoniciens, et la difficulté de traduire les termes grecs en une terminologie philosophique moderne, fixe et cohérente, qui exprime exactement les mêmes rapports.

Platon, qui n'était pas seulement un philosophe, mais un grand poète en philosophie, est parvenu, en surmontant avec une grâce infinie qui a fait l'admiration des siècles, les difficultés d'une méthode aussi peu assurée. Il a su éviter le dogmatisme, tant affirmatit que négatif, en se montrant bien instruit des points forts et des raisons d'être des doctrines dont il a combattu les vues exclusives, — l'éléatisme, d'un côté, l'héraclitisme, de l'autre, — et en donnant une idée

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approfondie de leurs principes. Il a réfuté les sophistes dans la partie immorale de leur enseignement, et fait ressortir, dans leur dialectique, cette aveugle négation des idées générales qui réduit la connaissance à un empirisme hors d'état de se formuler lui-même. Les doctrines les plus contradictoires étaient de tous côtés en lutte à cet extraordinaire moment où elles se sont en quelque sorte nouées pour toute une suite de siècles, après la mort de Socrate. Celles qui se sont attiré la qualification de sophistiques, en un sens alors nouveau et défavorable, présentaient, dans la répudiation systématique du devoir, dans l'éloge de l'égoïsme et des beautés et des grandeurs de la force triomphante, dans le mépris que mérite la faiblesse écrasée, un caractère dont notre époque aussi commence à voir une forme nouvelle apparaître chez nos sectes littéraires décadentes^ et chez quelques soi-disant philosophes. Platon a rendu en traits d'abord tout dialectiques, et puis progressivement vivants et passionnés, ce caractère, dans les personnages de son Gorgias^ et il n'a pas laissé de partager sur l'instabilité des phénomènes et le néant, pour ainsi parler, du monde de l'expérience, la manière de voir de l'une des principales de ces sectes de sophistes que l'on se plaît souvent à croire qu'il n'a' fait que combattre. La doctrine transcendante des idées en soi, et, sur d'autres points où la dialectique n'atteignait pas, la théorie de la création démiurgique, et les mythes, sortes d'hypothèses proposées pour tenir lieu avec vraisemblance de l'inaccessible vérité pure, formaient la grande réserve où Platon tenait renfermées les solutions des questions dont on avait à regretter

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