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Le mystère de Robert le Diable

Ceci ne sera, avec développements et notes, que la reproduction de la conférence dont nous fîmes précéder, le 2 mars dernier, sur le théâtre de la Gaîté, la représentation du drame :

Miracle de Nostre Dame de Robert le Dyable , filz ou duc de normendie, a qui il fu enjoint pour ses meffaiz qu'il feist le fol sans parler et depuis ot Nostre Seignor mercy de li, et espousa la fille de l1 empereur }

Titre que nous avions cru devoir simplifier sous cette forme : Mystère de Robert le Diable, de même nous avions dû rendre le texte du xive siècle plus accessible par une transcription en vers plus modernes, qui suivra parallèlement ici celle de ce texte primitif.

Nous laisserons au lecteur à juger si notre transcription est fidèle.

Nous y avons mis tout notre soin, tout notre effort, après avoir revu, sur le manuscrit, le texte donné en i836 par Frère ot Le Roux de Lincy et l'avoir redressé en plusieurs endroits.

La seule liberté que nous avons prise a été de partager la

LE MYSTÈRE DE ROliERT LE DIABLE.

pièce en deux parties, que nous avons Tune et l'autre divisées par scènes.

Notre conférence ou causerie, dont on voudra bien excuser par endroits le ton familier, avait commencé par quelques mots sur la farce de la Cornette, appropriée aussi en langage moderne par M. Jacques Normand, et dont la représentation avait précédé celle du Mystère.

Nous ne conserverons pas ici tout ce que nous disions de cette jolie farce et de son auteur Jehan d'Abundance.

Nous nous en tiendrons à ce que dans cette courte notice sur un homme, qui, comme Gringore, et plusieurs autres de son temps, semble avoir touché avec succès à tous les genres alors en faveur au théâtre, se rapporte plus directement à Thistoire de notre littérature dramatique.

En ce temps-là — la fin du xve et la première moitié du xvie siècle — il fallait, pour être un auteur complet, pouvoir manier le triple genre du Mystère, de la Moralité et de la Farce, en substituant seulement quelquefois à la moralité trop sérieuse la Sottie, qui était une moralité à personnalités plus comiques, où se firent tour à tour une renommée populaire : le type de « Mère sotte, » dont Gringore ou Gringoire porta le mieux le béguin aux longues oreilles, et le t}^peplus longtemps célèbre du « Prince des sots. »

Ces trois genres Mystère, Moralité, Far ce formaient, comme

INTRODUCTION

nous dirions aujourd'hui une « trilogie. » On commençait par le pieux Mystère, la grave Moralité suivait, et pour ne pas finir sans gaieté, on concluait par la Farce, qui n'avait, il s'en faut, rien de leur édifiante allure.

Les spectacles étaient ainsi un mélange, un salmigondis, bref une « purée » disons le mot, qui est le vrai, car dans le peuple on les appelait « les pois piles ; » or, qu'est-ce que des pois piles ? de la purée *.

On s'est longtemps demandé d'où venait ce nom de « pois piles » donné aux réprésentations de ces pièces de trois espèces si différentes. On en chercha partout l'origine, excepté à la cuisine : c'est là cependant, selon nous, qu'il était possible de la trouver.

Il s'en faut de beaucoup que dans les premier temps du moyen âge, le théâtre eut cette diversité, cette multiplicité des genres. Il était alors tout à la piété. L'Église s'en était emparé, et le gardait.

L'effroyable licence des théâtre antiques2, au moment d'une décadence que ces désordres orduriers avait hâtée, lui avait été un prétexte pour le saisir et le retenir. D'abord, pour que la

i. La preuve de cette synonymie se trouve dans cette lettre de Malherbe à Peiresc, du 21 mars 1607 (édit. Biaise, p. 24) : « C'est assez, monsieur, il faut finir mes fâcheux discours qui sont plutôt pois piles, c'est-à-dire une purée, un salmigondis qu'une lettre. »

2. Édit. Duméril, Origines latines du théâtre moderne, gr. in-8°, p. 5, note.

transition ne fut pas trop brusque, on s'était contenté de substituer, en des drames de la même forme, des sujets tirés de la Bible aux sujets tirés de la fable et des temps héroïques de l'antiquité. On fit même en cela de véritables tours de force. Il y eut entre autres un arrangeur, qui, pour tout concilier, et donner à la fois un texte païen et un sujet chrétien, composa avec des vers d'Euripide un drame de la Passion.

Ce n'était qu'un expédient de prestidigitateur lettré. L'Église, après de nouveaux désastres pour l'Empire, et'l'invasion définitivement irrésistible des Barbares, auxquels vainement il résistait, et que, plus habile, elle convertissait, l'Église, disons-nous, procéda plus franchement qu'elle ne l'avait encore fait.

S'appuyant sur l'autorité de ces rois Goths, Francs ou Burgundes, qu'elle seule avait presque domptés, et dont elle guidait l'ignorance, elle mit la main, pour le transformer, sur tout ce qui de plus ou moins près tenait aux choses du théâtre.

Il n'exista plus, elle le remplaça. Les cathédrales, avec ce qu'elles avaient de splendeurs, furent les nouvelles enceintes ouvertes à ces jeux, à ces représentations dignes au reste d'y figurer, car on n'y trouvait rien que d'édifiant et de sacré. C'était V Ancien ou le Nouveau Testament mis en action dans le langage consacré, celui de la liturgie latine, sous l'immense voix de l'orgue, avec le chant des clercs et des prêtres.

Malgré ces prestiges, il y avait là beaucoup moins de grandeur imposante que de bizarrerie, en quelques détails surtout. Ainsi, savez- vous comment en Allemagne — car pour tous les pays de l'Europe les spectacles étaient alors à peu près les mêmes — on avait trouvé moyen de résoudre le problème de

INTRODUCTION

la Trinité ? On en avait fait un trio chanté : Dieu le père faisait la basse, le Christ était un ténor, et la voix suraiguë d'une haute-contre chantait pour le Saint-Esprit *.

Comme les offices s'appelaient alors Mystères'*, les pièces qu'on y jouait et qu'on y chantait, en prirent le nom, et le gardèrent, même lorsqu'ils furent chantés et joués autre part que dans les églises, ce qui ne tarda guère.

Les proscriptions dont les comédiens avaient été frappés par le clergé qui substituait, comme nous venons de le voir, ses offices dramatisés à leurs tragédies et à leurs farces, ne les avaient pas tous fait disparaître3.

Il en restait de nomades qui couraient le pays par bandes, et qui, profitant de ce que les foires laissaient liberté plénière à quiconque voulait y étaler son commerce et y vivre de son métier, n'en manquaient jamais une seule pour y dresser leurs tréteaux, et de là narguer l'Église à l'ombre même de ses parvis.

Chez eux, dans ces théâtres en plein vent, qui ne faisaient que camper et passer, la farce et la chanson prenaient leur revanche, à la grande joie du populaire, qui, au lieu de l'éternel latin qu'il ne comprenait pas, retrouvait là le gai langage qu'il parlait lui-même, et, au lieu des psalmodies des chantres, les refrains sur lesquels il buvait et dansait.

i. Hase, Das geitliche Schauspiele, p. 24.

1. Un synode tenu à Worms en i3i6 emploie le mot mysterium avec la signification d'office divin.

3. « Les canons des Conciles, dit M. le baron James de Rothschild dans sa remarquable Introduction au Mystère du Vieil Testament, démontrent jusqu'à l'évidence qu'il y a eu dans tous les temps des histrions, des chanteurs, des acrobates, c'est-à-dire un théâtre profane. »

Ce n'est pas tout, quand ces farceurs errants avaient disparu d'un canton pour passer dans un autre, on y voyait accourir les jongleurs qui vous récitaient en monologues sur les places, les Chansons de gestes et les Dits, que les trouvères et ménestrels, qui étaient d'un ordre de diseurs ou récitateurs plus relevé, allaient, eux, débiter dans les châteaux.

Voilà pour les campagnes, les castels et les villages.

Dans les villes, le théâtre avait peu à peu échappé aux églises par une autre tangente.

Il s'y était formé des corporations de métiers, dont chacune avait son patron, et qui toutes à la fête de ce patron donnaient un « Jeu » ou « Mystère » en son honneur, c'est-à-dire où l'on mettait en action sa vie et ses miracles.

Avec le temps, les corporations ne s'en tinrent pas là. Plusieurs se réunirent pour en constituer une plus considérable, qui, reprenant avec plus d'étendue, et en langage vulgaire, ce que le clergé avait joué en latin dans les cathédrales l, se mit à représenter des mystères, tels que celui de la Passion, et bien d'autres d'un plus grand développement.

Toutes les histoires du Vieux Testament, par exemple, et toutes celles du Nouveau, furent ainsi mises en drames ; et, à

i. Tous les mystères joués dans les Églises sont en latin. Ch. Magnin n'en a pas pu trouver un seul qui fût en langue vulgaire (Journ. des Savants, 1840, p. 45 1). C'est sous cette dernière forme qu'ils échappèrent, mais pour ne pas aller loin. Ils furent joués surtout dans les parvis, dans les cimetières. En Italie, la langue vulgaire mit plus de temps que chez nous encore à s'introduire dans les jeux de théâtre. On ne l'y croyait pas propre. On recourait plutôt à la pantomime, même pour les mystères. Un personnage parlait pour exprimer le jeu, les autres faisaient les gestes. (Signorelli, Vincende délia cultura nelle due Sicilie,etc, 1785, in-8°, t. III.)

INTRODUCTION

ta suite, pour compléter cet ensemble des saintes Écritures dramatisées, on eut aussi le Triomphant mystère des actes des Apôtres, le seul peut-être dont on connaisse bien les auteurs. Ce sont deux frères, Arnould et Simon Gréban. Ils récrivirent vers 1450.

Vous comprendrez aisément qu'il fallait, non pas une seule corporation de métier, mais plusieurs réunies pour jouer ces mystères, quand vous saurez ce qu'on y exigeait d'acteurs parlants ou muets. Rien que pour une seule partie, la dernière, du Mystère du Nouveau Testament, joué à Lille en 1484, et, dix ans plus tard, à Malines, on avait dû enrôler trois cent douze personnes, deux cents qui ne faisaient que figurer, et cent douze qui parlaient. Or, quelques-unes parlaient beaucoup. Il n'y avait pas, dans cette seule partie, moins de 3o,ooo vers. Le Christ n'y paraissait pas, puisque cette partie était le drame de sa Vengeance et de la destruction de Jérusalem. S'il y eût paru, le nombre des vers eût encore certainement augmenté. Dans le Mystère de la Passion, l'acteur qui le représentait en avait à réciter plus de 3,400.

Il arriva que tout ce que les métiers pouvaient fournir d'acteurs ne suffisait pas. Que faisait-on alors ? On recourait au recrutement. Il y avait pour distribuer les rôles enrôlement forcé. C'était du drame obligatoire, mais non laïque, les grandes pièces religieuses étant les seules qui exigeaient ce déploiement

de personnel ou plutôt de multitude. L'autorité se chargeait elle-même des engagements. Ils étaient faits bon gré mal gré par le Prévôt au nom du Roi. Nous en avons la preuve par un document très curieux et très sérieux, quoique en vers, et dont voici le titre :

« Le cry et proclamation publique pour jouer le Mystère des actes des Apôtres en la ville de Paris, faict le jeudi seizième de décembre mil cinq cent quarante par le commandement du Roy notre sire François Ier de ce nom, et monsieur le Prévost de Paris affin de venir prendre les rooles pour jouer le dict mystère. »

C'est celui des frères Gréban, dont nous parlions tout à Theure. Il était un des plus considérables, du moins par le nombre de ses acteurs, soit muets soit « entreparleurs, » comme on disait. Quatre cent quatre-vingt-dix y suffisaient à peine. Nous ne connaissons qu'un mystère en langue tchèque, celui de Sa'ùl, joué à Prague en i5yi, qui en exigea davantage. Il y fallait 600 personnes, 100 qui parlaient, 5oo qui ne disaient rien, mais qui agissaient : Ils étaient là, dit une note manuscrite de l'un de ces mystères, « pour faire les armées et peuple des villes. »

Malgré cet immense personnel, les mystères étaient des drames nomades, qu'un « maître et entrepreneur » — ce sont les titres qu'il prenait — faisait jouer tantôt là, tantôt ici, bien sûr qu'avec l'aide du Prévôt, il trouverait toujours, partout où il dresserait ses échafauds, le monde qu'il lui faudrait pour la représentation.

Le point principal pour lui était d'être détenteur de la pièce.

[NTRODUCTION.

De quelle façon l'obtenait-il de Fauteur? Comme une marchandise, par une acquisition argent comptant. Il en devenait toutefois bien moins le propriétaire que l'usufruitier. Si l'auteur, en effet, la pièce une fois jouée, trouvait un autre entrepreneur qui lui en offrait une somme plus forte, il pouvait la reprendre au premier, mais à condition de le désintéresser, en lui restituant ce qu'il avait reçu de lui. Ce qui formait la plus-value et rendait la seconde somme supérieure à la première était son gain nouveau. Cette façon de régler les droits d'auteur était un souvenir, un reste des théâtres antiques. On voit par un passage du prologue de YHécyre ou la Belle- Mère, comédie de Térence, qu'il en était à peu près ainsi à Rome *.

Les auteurs n'avaient pas toujours affaire aux « entrepreneurs » de Jeux. Ils avaient à traiter souvent avec les municipalités même, qui, lorsqu'en certaines circonstances il leur semblait à propos d'amuser le populaire, déléguaient un de leurs échevins pour s'entendre sur le mystère à jouer et sur le prix à payer. Généralement, un à-compte était donné après remise du manuscrit, qui était déposé dans un coffre bien

i. V. dans un article de M. Paulin Paris {Journ. de l'Instruct. publique, i3 juin i855, p. 429), une quittance du 3i déc. 1462, prouvant par l'exemple de Simon et Ernoul Grebain (Greban) que les auteurs dramatiques avaient le droit de vendre leur manuscrit autant de fois qu'on voulait les leur acheter. L'acquéreur retenait seulement sur le prix l'argent qu'il avait payé pour une vente antérieure.

LE MYS1 i : i DE ROBERT LE DIABLE

clos, à la maison même de l'échevinage, jusqu'à ce que les répétitions pussent commencer. Alors seulement ce qui restait à payer était payé à l'auteur.

On a su tous ces détails par un compte des échevins d'Abbeville, qui avaient, comme première avance, donné dix écus d'or pour le manuscrit des « Jeux de la Passion l. »

Par cette intervention du pouvoir municipal dans ces représentations, on peut juger de leur importance. Elles étaient, dans une ville, l'événement de plusieurs semaines , disons mieux, de plusieurs mois, en y comprenant ce qu'il fallait de temps pour apprendre les rôles, dresser les acteurs et faire manœuvrer à souhait les masses, les multitudes de la figuration. Savez-vous ce qu'à Bourges, en 1 536, dura la représentation du Mystère des Apôtres? Quarante jours2.

Quand la pièce, moins longue, n'en demandait pas autant, ces jours se suivaient. « Le meneur du Jeu » pouvait dire, comme dans le Mystère de l'Incarnation :

« Ci finons (finissons) pour cette journée, Demain sera a fin menée La matière parfaitement;

ou bien encore, comme dans le Mystère de la Résurrection. par Jehan Michel :

Ceux qui de Jésus vouldront voir Jouer le ressuscitement Reviennent icy promptement Demain le matin. Car, pour l'heure, Plus ne ferons cy de demeure.

i. Edélest. Duméril, Histoire de la Comédie ancienne, t. III, p. 349, note. 2. V. sur Jehan Chaponneau, qui en tut le metteur en scène, l'excellente Notice de M. Emile Picot, 1879, in- 12 de 21 p.

INTRODUCTION

Mais quand le mystère devait, comme nous venons de le voir à Bourges, durer près de six semaines, on espaçait les jours du spectacle. On ne le donnait que le dimanche ou au moment des petites fêtes, qui étaient, il est vrai, très nombreuses à cette époque.

Pour que l'entrepreneur fut sûr que, malgré ces interruptions, le public lui resterait fidèle, il faisait prendre des abonnements d'avance. Des loges étaient disposées tout exprès. On s'y abonnait pour toute la durée d'un mystère, de même qu'à l'Opéra, l'on s'abonne à l'année. Pour les petites places, le Maître du Jeu donnait, comme appât, la diminution du prix, après les premières journées.

A Romans, par exemple, dans le Dauphiné, il y eut, en i5oc), une représentation du Mystère des trois Doms1. L'entrepreneur fit quatre-vingt-six loges2, à louer moyennant trois florins pour tout le temps que durerait la pièce, depuis la première scène jusqu'à la dernière. Il mit les autres places à un sol pour les deux premières journées, et à deux liards pour la troisième et les suivantes. Bien petite somme, qui ne semble rien aujourd'hui, mais qui alors était quelque chose.

Les représentations se donnaient le plus souvent en plein air, mais quand il y avait, comme à Bourges, à Poitiers, à Arles, quelques ruines d'amphithéâtre romain, c'est là qu'on s'instal-

i. V. sur ce Mystère, un curieux article de l'Esprit des Journaux, décembre 1787, p. 23l.

2. « En face des Establis (échaf'auds) élevés pour le Jeu étaient dressés des gradins ou plus ordinairement des galeries et des loges pour recevoir les spectateurs. L'ensemble de ces constructions temporaires et en partie découvertes, surtout dans les premiers temps, s'appelait le paix, » Ch. Magnin, Journal des Savants, 1^47, p. 5o.

lait. On jouait ainsi la Passion du Christ et les Miracles des saints sur le théâtre même où Ton s'était, aux époques païennes, amusé des incestes de Jupiter et de la corruption des Dieux J .

Ces théâtres en plein vent avaient pour leurs Jeux un terrible obstacle, le mauvais temps. Se mettait-il de la fête, il y avait des entr'actes forcés de toute une semaine. A Seurre, en Bourgogne, lorsqu'on y donna le Mystère de saint Martin, avec la moralité et la farce qui devaient le suivre, la pluie arriva la première.

Les acteurs, déjà tout habillés, durent plier bagage. Le lendemain, afin de conjurer de nouvelles averses, ils se rendirent tous à l'église, et une messe fut dite pour que la représentation pût commencer et ne plus être interrompue. La chronique n'ajoute pas s'ils furent exaucés.

L'Église, on le voit ici, ne s'était pas désintéressée des mystères, après qu'ils lui eurent échappés. Ses prêtres n'avaient pas cessé d'en être, pour une plus ou moins grosse part. G'é-

i. L'échafaud, sur lequel on jouait, avait emprunté à ces amphithéâtres païens son nom de podium, qui, peu à peu, s'altéra et devint le mot puys. A Bourges, la grande représentation de i536 eut lieu dans une de ces antiques enceintes : « Un théâtre de mystères fut fait sur le circuit de l'ancien amphithéâtre ou fosse des Arènes. Il était excellemment peint d'or, d'argent, d'azur et autres riches couleurs. » Cité par Ch. Magnin, Journal des Savants, 1847. p. 57.

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tait par exemple, un d'eux, presque toujours, qui s'y chargeait du rôle du Christ.

Elle s'y réservait aussi des aumônes, qui furent l'origine du Droit des Pauvres.

Voici un extrait des Registres du Parlement pour la fin de Tannée 1 541 , qui vous renseignera sur tous ces détails, et particulièrement sur le dernier. Ii y est question d'une représentation qui devait avoir lieu à Paris dans le courant de l'année suivante — on s'y prenait de loin, comme vous voyez — et pour laquelle il n'avait pas fallu moins que le Parlement lui-même pour tout prévoir, tout décider, et cela sur un ordre exprès du Roi.

Lettres patentes avaient été délivrées, « portant permission à Charles Le Royer et consorts, maîtres et entrepreneurs du Jeu et Mystère de V ancien Testament, faire jouer et représenter en l'année prochaine le dit Jeu et Mystère. Suivant les dictes lettres leur a esté permis par la Cour à la charge d'en user bien et duement, sans y user d'aulcune fraude, ny interposer choses prophanes, lascives ou ridiculles, que pour l'entrée du Théâtre ils ne prendront que deux sols de chacune personne, et pour le louage de chascune loge durant le dict Mystère que trente escuz. N'y sera procédé qu'à jours de fêtes non solennelles; commenceront à une heure après midy, finiront à cinq, feront en sorte qu'il n'en suive scandalle ou tumulte \ et, à cause que le peuple sera distrait du service divin, et que cela diminuera les aulmônes ils bailleront aux pauvres la somme de mille livres, sauf à ordonner des plus grandes sommes !. »

1. C'est, nous le répétons, c< le droit des pauvres. » V. ce que nous en avons dit dans notre brochure, le Théâtre et les Pauvres, 1869, in-12.

LE MYSTERE DE ROBER l LE DIABLE.

Y avait-il du public à ces représentations? Il y avait mieux, il y avait foule. Cette somme des aumônes prélevée sur la curiosité, à défaut de la religion, suffirait pour le faire croire.

Rien ne fut plus populaire que les Mystères, on le sait par la popularité persistante de certains noms, de certains types.

Le nom de Grognard appliqué à un vieux soldat, vient du Mystère de la Passion. C'est celui d'un vétéran de la garde de Pilate placé en faction auprès des croix du Calvaire.

Lorsqu'on a dit : c'est un drôle d'Olybrius, on rappelle, sans en avoir conscience, le souvenir du Tyran qu'un mystère, celui de Sainte Reine, avait rendu le plus ridiculement exécrable.

C'est au mystère du Nouveau Testament que « Nicodème » doit la popularité d'imbécile et de sot, que ne lui avaient pas faite les Écritures !. Le Pantagruel de Rabelais est le diable d'un Mystère de saint Louis, antérieur de trente ans à celui que fit Gringore sous ce titre : La Vie de Monseigneur saint Loys. Maistre François l'avait pris là, comme il avait pris le Panurgo du répertoire italien a pour en faire son Panurge.

Rifflard, ce parasite du Mystère de la Passion qui rijjle ou raffle tout 3 est encore populaire. On l'oubliait un peu lorsque Picard le ressuscita, pour sa comédie de La Petite Ville, où il l'arma du fameux parapluie, qui a pris son nom : « un rifrlard. »

On se passionnait pour ces pièces si bien mortes aujourd'hui comme nous nous passionnons pour celles qui, plus vite qu'on ne le pense, iront peut-être les rejoindre dans l'oubli.

i. Quitard, Dlctionn. des Proverbes, p. 554-

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