DEUXIÈME BARON
Que de richesse ainsi ravie!
Que de bons prud'hommes occis !
Auprès, j'en connais plus de six, De ceux, dont on tenoit grand [compte, Qu'il a détruits et mis à honte.
Pas un n'est pire sous le ciel, Car d'ici le mont Saint-Michel, Depuis Genays jusques à Mante,
ig
Par robe rie les destruit, Pour tant que rien de bon y truist.
Après, qui plus est grans diffames, Nos niepees, no~ filles. no\ femmes Veult avoir et prendre par forée.
El de jour en jour s'en efforce Et ne pevent a li durer.
Nous ne le pourrions endurer, Ne souffrir ire.
Il n'est couvent qu'il- ne tourmente.
Tous, l'un après l'autre, ont leur
[tour; Il prend une rançon par jour.
Nous n'avons chez nous fille, nièce, Femme, que sans affront il laisse.
A ces méfaits il faut parer, Car ne peuvent plus s'endurer.
Avisez, sire.
El sire Diex, que veult-ce dire '.
Nay désiré riens tant qu'avoir Un jil\, or l'ay-je, mais pour voir Il est tel que grant joie aroie S'a mes ieulx morir le véoie ; Tant me courrouce et me tourmente.
Diles-moy , seigneurs, vostre entente Qu'en pourray faire ''.
LE DUC
Qu'est-ce , Dieu ! que cela veut d i re? Rien n'ai tant désiré qu'avoir Un fils. L'ai-je? Mon seul espoir, Mon seul vœu c'est que tout à
[l'heure
Sous vos yeux,àmespieds il meure,
Tant il me jette incessamment
En grand courroux et grand tour-
Que dois-je faire? [ment.
iije BARON.
Mais qu'il ne vous vueille desplaire, J'en dirav ce que j'en feroye :
Chier sire, je le manderoye, Et quant il sera cy venu\ Si li deffende\ bien qu'à nu\\ Ne face mal ne villenie ; Et se de riens vous contra lie, Faites-le san\ arrestoison Prendre et mettre en une prison ;
TROISIEME BARON
Je vais tâcher, sans vous déplaire.
De dire ce que je ferois, Seigneur duc : Je le manderais, Et, quand il serait en présence, Je lui ferois ferme défense De mettre plus aucun à mal, Voulant qu'en vrai preux et féal Désormais il vive et se montre Comme il doit. Veut-il aller contre,
LE MYSTERE Di: ROBERT LE DIABLE.
Là, le lene\.
Faites le, sans autre raison, Mettre en prison.
LE DUC
Par foy, voulcnlicrs — ça, vene\, Huchon, et vous Pieron Gobaillc ; (Aussi n'est-il qu'avec merdaille, Dont je le tien a fol Trubevt), Ale\ dire à mon fû\ Robert Que ci viengne tosl, je li mans ; J'esprouveray s'a mes commans Obéira.
HUCHON.
Je croy, sire, que si fera, El il y est tenu de droit.
Avant parlons, de ci endroit, Alons le querre.
LE DUC
Ainsi ferai. Pieron Gobaille, Huchon, qui n'êtes truandaille, Comme celle où fol il se perd, Allez dire à mon fils Robert Qu'il vienne tôt, que je le mande.
Je verrai, si, quand je commande Obéira.
HUCHON.
Je crois, sire, qu'il le fera, Quoi que ce soit qui le retienne.
De droit il suffit pour qu'il vienne, Que le vouliez.