‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 13 sur 63 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Chez Robert.

PIERON.

PIERON.

Alons, je conseil que nostre erre Soit de droit à son fort aler Là, pourrons miex à li parler Qu'ailleurs et plus privéémcnl ,

Serons, je crois, bien conseillés Si nous allons, marchant bien vite, Tout droit vers le fort qui l'abrite.

Mieux qu'ailleurs pourrons lui par-

S'il n'y est, s'orrons-nous comment Et savoir où devrons aller [1er

Le trouverons. S'il ne s'y trouve.

HUCHON. HUCHON.

Je tiens que voirement ferons ; C'est de bon sens, et je t'approuve.

Alons. Hé! là le voy estant; Pieron avançons nous bâtant.

Sire, Dieu vous doint bonne vie !

Mais qu'il ne nous desplaise mie, Voulentiers à vous parlerons Un petit, et si vous dirons Que venons querre.

ROBERT

Marchons, mais je le vois là bas, Me semble. Allonsvers lui bon pas.

{à Robert.)

Que Dieu vous donne bonne vie, Sire, et s'il ne vous déplaît mie, A vous un peu nous parlerons, Volontiers, et nous vous dirons Qui nous amène.

ROBERT

Etquoy, seigneurs ï Dites : bonne Bien. Quelle que soit votre an- Je vous oray. [erre! J'écouterai. [tienne,

PIERON.

Chier sire, je le vous diray.

Mon seigneur le duc voslre père Et madame aussi, voslre mere, Vous saluent et si vous mande Le duc et prie mais commande Qu'en ce cas li obéissiez Qu'à venir à li ne laissier, Isnellement.

PIERON.

Cher sire, tout je vous dirai :

Monseigneur le Duc votre père, Et madame aussi votre mère Nous font venir vous saluer, Pourqu'après puissionsvous parler.

Sans tarder, sire, l'on vous mande, Le seigneur Duc prie, et commande Afin que mieux obéissiez, Et que tout ici vous laissiez, Accourant vite.

ROBERT

Dites-moy se Dieu vous amenl, Save\-vous point pour quoy me [mande l Grand' chose pas ne vous demande, Responde\-moi.

ROBERT

D'où vientqu'on me mande et m'in- Ainsi, dis-moi? ("vite

HUCHON.

Nous ne savons pas bien pour quoy.

Mais tant vous povons nous bien

[dire Que lou\ les plus grands barons, sire.

Du pais sont venu\ à li ; El sache\ qu'il n'y a celui Qui de vous ne seplaingne et dueille, Et l'on supplié quily vueille Remède mellre.

HUCHON.

Nous ne savons pas bien pourquoi Mais pouvons pourtant vous apprendre, Sire, que nous vimes se rendre Vers le Duc les plus hauts barons Du pays et des environs, Disant que ce n'est qu'une plainte Contre vous, que tous sont en crainte Et deuil, navrés et mécontents, Et qu'à la lin il serait temps Remède y mettre.

ROBERT

Esles-vous volu entremettre De moy ce message apporter) Sa, seigneur, sa! sans déporter, Prene\ moe ces ij, je le vueil ; Creue\ à chascun le désire œil Sans demourée.

ROBERT

Et n'avez craint vous entremettre Pour ce message m'apporter ?

A moi! ça, ça, sans hésiter, Compagnons à tout faites trêve.

Saisissez-les, et qu'on leur crève Chacun l'œil droit.

LAMBIN

Maislre par la Vierge honnorée, Tanlost, puis que le commande^ Sera fait ; un po attende^ ; Brise-Godet, vien avait!, vieil, De ceslui-ci le chevis lien.

De cestui-ci chevira bonne erre, Avant, biaux amis, sie\ te à terre En ceste place.

Maître à vos ordres feront droit Tantôt, un peu daignez attendre.

Brise-Godet, aide à les prendre.

Beaux amis, à terre seyez; L'un ni l'autre, pieds et poings liés, Ne m'embarrasse.

PIERON.

Ha chier sire, par vostre grâce.

Ou point que sommes, nous laissiez Pour Dieu mie ne nous facie\ Qreve\ les ieul.x.

ROBERT

PIERON.

Très cher seigneur, par votre grâce, Daignez avoir pitié de nous.

A nous tenir contentez-vous Dans l'état fâcheux où nous sommes .

Ne nous laissez point par ces Crever les yeux. [hommes

ROBERT

Taisie\-vous ; en dormire\ mieux. Tais-toi, vous en dormirez mieux,

Quand sere~ en vos VA\COUchie\; Quand vous serez sur votre couche.

Faites tost, si les depeschie\, J 'ai dit ; sans que rien ne vous touche

Con dit vous ay. Dépèchez-les.

BRISE-GODET

En. le tire san\ point de delajr, Puis con m'a cestui-ci livré, Feray qu'il sera délivré Sans lonc devis.

LAMBIN

J 'ay aussi tost, ce m'est avis, Fait comme toy.

HUCHON.

Ha las! cheslif goule ne voy, Tant sens d'angoisse.

BRISE-GODET

Allons, oui, c'est trop de délais.

Tiens Lambin à chacun le nôtre, Prends celui-ci je prendrai l'autre, Vite et j'agis.

D'accord, c'est aussi mon avis :

La chose est faite.

HUCHON.

Hélas dans la nuit il me jette, Chétif ne sais plus où je suis, Où trouverai-je des appuis; Que j'ai d'angoisse.

PIERON. PIERON.

Diex! il n'est riensque je congnoisse, I! n'est plus rien que je connoisse.

Tant av de rage et de meschief, Espéciaument en mon chief Diex ! que fer ay )

Pour moi le sang se mêle au pleur.

Je suis toute rage et douleur.

O Dieu que faire?

ROBERT

ROBERT

Seigneurs, d'ciler ent vous donrray Retournez vers le duc mon père. Confié, vuldie\ tost, san% respit, Qu'il sache, quand l'aurez trouve,

C'est du due mon père, en despit, Et le li dites.

Qu'en vous ainsi je l'ai bravé.

EtMe lui dites.

(// sort avec ses compagnons.

HUCHON.

HUCHON

Vraiement, nou en morrons quittes, Des si tost qu'a li parlerons.

Sire, de ci nous partirons De cucur dolens.

Du message nous serons quittes Aussitôt que lui parlerons.

Tristes partons.

PIERON.

PIERON.

Huchon, d'aler ne soion Uns, Puis que donné nous a congié ; C'est un dyablc tout enragié, C'est nulle double.

Vite! car au mal qui m'accable Je sens que cet enragé diable N'a son pareil.

HUCHON.

HUCHON.

Au mains, des corps si chier nous Je crains que prière ou conseil

[coustc Rien ne l'amende.

Que jamais ne l'amenderons.

Par aventure et si ferons S'il chiet à point.

PIERON.

PIERON.

De ceci ne mente% vous point. Qui sait? de Dieu la grâce est

Mais à présent nous fault souffrir; [grande

Devant le duc nousfauli offrir.

Et présenter.

Nous cependant il faut souffrir Et devant le duc nous offrir.

C'est grosse peine.

HUCHON.

HUCHON.

C'est voir, pour lui dire et conter Ce qu'avons en son fil\ trouvé,

C'est de nous qu'il faut qu'il ap- [prenne

Et comment s'est vers nous prouvé Ce qu'en son fils avons trouvé Vilainement. Et comme il s'est à nous prouvé

D'affreuse sorte.

PIERON.

// // apperraclerement.

Alons m'en.

PIERON.

Il ne peut, tant l'épreuve est forte, Douter de nous.

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