SCENE XVI
Chez le duc.
L ABBE
Sire duc, Diex de mal deffendre Vous vueille et tenir en léesce, Et vous, madame la duchesse, Tienç-ne en santé.
l'abbé.
Sire duc, soyez en liesse, Et vous, madame la duchesse, Bien en santé.
LA DUCHESSE
Sire, sa sainte voulenté Soit faille en nous.
LE DUC
LA DUCHESSE
Sire, la sainte volonté En vous soit-elle.
LE DUC
Dams abbes, ça bien veignie\ vous, Ça, Damp abbé, quelle nouvelle Quelles nouvelles) Apportez-vous?
l'abbé.
l'arré.
Mon chier seigneur, bonnes et belles.
Voslrc fil\, dont avoir grant joie Dcvc\, cesle clef vous envoie, El à vous moult se recommande ; Et si vous supplie et demande Mcrcy, de ce il n'a pas tort ; Et qu'alons nous .ii. en son fort ) Car nous y trouverons, pour voir, Si comme il dit moult grant avoir Qu'il a aux églises osté Et aux gens lai\ ; daulre coslê, Si nous charge que despendu Soit, convient qu'aux gens soit rendu Et qu'ils soient restitué.
Il a tous les larrons tué Qu'il avoit en sa compagnie, Pour ce que de leur roberic Il ne se sont volu\ relraire, Ny a eu\\ repentir alraire.
Au pape, a Rame, droit s'en va Le chemin, qu'ains mais nesprouva.
Si que, sire, vous me dire\ S'il vous plaisl, que vous en fere\ ; Car je lien qu'encore sera Preudomme et moult de bien fera ; Ainsi l'espoir.
Seigneur, bonne et belle pour tous.
Votre fils, dont vous aurez grand'
[joie,— Dieu Téclaire enfin — vous envoie Par moi cette clé que voici.
Pour obtenir grâce et merci, A vous beaucoup se recommande ; A mains jointes, il le demande Ce dont, messire, il n'a pas tort.
Il veut que nous allions au fort, Où se trouvent toutes ses prises Sur les couvents et les églises; Et que par nous leur soit rendu Tout ce bien qu'ils croyaient perdu.
Il a — tant son passé renie — Tué gens de sa compagnie Qui ne voulaient se départir De voler, ni s'en repentir.
Pour son salut rien ne redoute.
A Rome, sans savoir la route, Il s'en va. Que décidez-vous De ce qu'il désire de nous?
Je crois qu'il peut encor bien faire, Et, lui, l'espère.
LA DUCHESSE
LA DUCHESSE
Dieu li en doint force et povoir !
Par foy, j'ai de li grant pitié
Pour ce qu'il veut, qu'il ait pouvoir Et force! Vous l'avez dû voir
Et, pour Dieu, s'en va il a pié Ou à cheval ï
L ABBE
A pied se Dieu me gart de mal, S'en va, pour plus sentir grevance.
El vous dy, si grant repenlance Ot, quant de moy dubt départir, Que je cuiday le cuer partir Ly déust en deux, vraiement; Tant plouroit des y ex fondanmcnt Ses meffai\, dame.
Ore Diex en corps et en ame Le vueille sauver! Nous irons Au fort, dans abbes, et ferons Les biens lever san^ détrier, Et puis ferons par tout crier S'il est nul qui de li se plaingnc, Qu'ait eu du sien, à nous viengne, Et nous li restituerons Si tost qu'enfourmé en serons.
Dites me voir se oneques damage Vous fist aussi, en voslre aage ; N'en mente\ mie.
l'abbé.
Damage, sireï L'abbaïe Certes a mis à povretè Par les biens qu'il en a osté
Quand il commença ce voyage.
Avait-il valets, équipage, Chevaux, ou — ce serait pitié — Va-t-il à pié.
l'abbé.
Oui , dame ; il veut plus de souffrance Pour prouver plus de repentance.
Son cœur semblait sefendre en deux, Quand il partit larmes aux yeux, Comme rivière.
LE DUC
A ma rigueur je dis : arrière !
Que Dieu le sauve ! Nous irons, Abbé, dans son fort et ferons Lever les biens, comme il souhaite.
Proclamation sera faite, Pour rendre chaque chose à qui Pourra prouver qu'elle est à lui.
Pour vous même, dites, car certes Vous subites dommage et pertes, La vérité.
l'abbé.
Il nous a mis en pauvreté,
Il est trop vrai, par son pillage,
Nos joyaux pris nousfont dommage;
El les joyaux qu'a pris à tort, Qui sont, ce dit, encore ou fort, El qui me dit que les préisse Si tost comme je les véisse N'en doubte\ point.
LE DUC
Dans abbes tout vcnra a point ; Le vostre tout rare\, c'est droi\ ; San\ plus ci eslrc entre nous trois, A Ions au fort.
l'abbé.
Chier sire, alons, j'en suis daccort Puis qu'il vous haitte.
Mais il a dit qu'en son manoir Les prissions, quand les pourrons N'en ayez doute. [voir
Tout vient à point. Vous prendrez
[toute, Quand nous serons en cet endroit, Votre richesse, c'est de droit.
Faut nous y rendre.
l'abbé.
Puisqu'il vous plaît, sans plus at- Avec vous vais. [tendre,