SCENE XV
A l'Abbaye.
LE MOINE
LE MOINE
Celui qui tant nous a meffait, Dams abbes, voy la qui ci vient.
Mucier ou que soit nous convient, Qu'il ne nous treuve.
Damp abbé, là bas je crois voir Celui qui nous mit en grand' peine Et grand pillage ; avant qu'il vienne, Là, cachons-nous.
L ABBE
L ABBE
Voulait: n'ay point que me meuve Faites comme il vous plaira, vous;
Quant à ore, de ceste place; Moi je demeure à cette place.
Je ne croy pas que mal me face Je ne crois pas que mal me fasse Quant à présent. A cette fois.
ROBERT
Dams abbes, a vous me présent, Comme pécheur qui grâce quiert
Et qui pardon avoir requiert, De ce que tant vous ay greve\.
Sire, à mercy me receve\, Que, sachiez, j'ay grant repentance Des maux que j'ay fai\ des m'en- [fance; Et -::us dy, j'ay en tel despit Et he\ tant mal, que san\ respit Donner, j'ay mis ajnort par foy Tous les larrons d'avecques moy, Pour ce que d'accorl tou\ esloient Que jà d'ambler ne se tenroient.
Au duc mon père porterez Cesle clef, et li requerrez Qu'aler vous .ii. en mon manoir, Là trouvère^ moult grant avoir Qu'a vous et autres ay tolu, Le quel je vueil qui soit rendu A tou\ ceulx qui dire saront Combien et quoy perdu aronl.
De ce charge vous .ii. en somme, Car des cy je m'en vojs à Rom me Pour avoir, c'est m'enlencion, Du pape l'absolucion.
Adieu dams abbes.
ROBERT
Ne redoutez pas que je sois, Damp abbé, ce qu'on me vit être.
Non, ma vie a changé de maître :
Et de ce que j'ai fait icy Je vous requiers grâce et mercy.
Sire, j'ai telle repentance Des maux commis dès mon enfance, Que j'ai, pour faire acte de foi, Tué des gens naguère à moi, Larrons, qui, d'accord dans leur
[rage, Voulaient s'obstiner au pillage.
Au duc mon père porterez Cette clef, sire, et lui direz Qu'avec instance je le prie D'aller en votre compagnie Jusqu'où se trouve mon manoir.
Là, s'entasse fort grand avoir, Car en amas y furent mises Choses à vous et d'autres prises.
A qui dira ce qu'il perdit Mon vœu serait qu'on le rendit.
A vous deux, sans autre personne, Damp abbé, cette charge donne.
Moi, n'ai plus qu'une intention:
Pour avoir absolution Je vais à Rome.
L ABBE
Robert, ne scé se tu me gabbes, Ou se le di^ par moquerie,
L ABBÉ
Veux-tu que railleur on te nomme Robert? Reviens-tu pas chez nous
Mais pour Dieu ne nous deslrui\ Achever de nous voler tous Plus que f ail as. [mis Et nous détruire?
ROBERT
Sire, je ne vous moque pas ; Ale\, quant en mon fort venre\ Vo% joiaux iou\ y trouvère^, Rcprcnc\ les, point n'attende^, Et pour Dieu les autres rcnde\ Con dit vous ay.
l'abbé.
Or nen soie\ plus en esmay, Mais tene\ pour certain de fait Qu'en la guise vous sera fait Que le me dites.
ROBERT
Sans moquer je viens de vous dire Vérité. Quand au fort viendrez, Tous vos joyaux y trouverez, Que sur l'heure pourrez reprendre, Sauf ce qu'aux autresdevrez rendre, Comme je dis.
l'abbé.
Désormais plus n'y contredis. Votre volonté sera faite, En la façon qu'elle souhaite; Soyez content.
ROBERT
ROBERT
Certes tant quabsol\ soie et quilles Plus ne puis l'être qu'au moment,
De mes mesfai\ ne seray aise. Où serai du poids qui me pèse
A Dieu! je vous pri qu'il vous Délivré. Je pars. Qu'il vous plaise Prier pour moy. [plaise Prier pour moi.
L ABBÉ
l'abbé.
Or ça, damp Hugues, moy et loy Hugues, allons, dispose-toi,
Nous esconvient en l'eure alcr Jusques au duc pour li parler De ccsle chose.
— Car rien dans ceci n'est un leurre, Je le vois — à venir sur l'heure.
Jusques au duc il faut aller.
Je veux au plus tôt lui parler De cette affaire.
LE MOINE
LE MOINE
Alons sire, pour voir dire ose, Un miracle Dieu voulut faire,
Diex en cest homme a fait miracle Car sa main est dans tout ceci. Car de venin a fait Iriacle, Il prit le pécheur endurci,
Et de mal bien. Et, sa grâce venant en aide,
Du poison tira le remède.
Du mal le bien.
L ABBE
Certes, biau frère, ainsi le tien.
Quant d'un lion fier et escoux A fait un aignelet si doulx Et si humble, loe\ soit Diex !
Le duc voy là, pour noslre miex.
Alons à lisan\ plus attendre.
L ABBE
Frère, mon avis est le tien :
D'un fier lion qui se courrouce Faire un agneau d'humeur si douce Ne peut être, c'est mon aveu, Certainement qu'oeuvre de Dieu.