SCENE IX
Chez le Sénéchal.
l'escuier au Séneschal.
Monseigneur, sachiez vraiement Je vien d'ouïr un cri sauvage : L'cmperiere par mariage Promet donner sa fille, sire, El la moitié de son empire A celui qui li portera Le fer de quoy esté ara
l'écuyer (au sénéchal).
Je viens d'entendre, et c'est pitié, Monseigneur, un cri bien étrange, L'Empereur propose un échange :
A qui pourra venir vers lui Sous blanches armes aujourd'hui, Ayant au défaut de l'armure, Sous le cuissard, une blessure,
Navré, en une de ses hanches ; Et portant à la main le fer,
Mais qu'il soit armé d'armes blan- Que le choc laissa dans sa chair; Et que la plaie monstre aussi {cites II promet sa fille, et l'empire Que le fer li a fait ; ve% ci Par moitié. Ne faut-il pas dire,
Cri bien cslrange ! Ainsi que je l'ai dit d'abord,
Qu'un pareil cri surprendra fort; Il est étrange.
LE SENESCHAL
LE SÉNÉCHAL
C'est espoir, a fin qu'il se vange D aucun qui na pas fait son gré ; Ou s'est pour autre fait secré. Voir est que la pucelle joins, Et pour samour sui si atlains Qu'en nul estât ne puis durer , Pour ce que le père endurer Ne souffrir ne vcult que je l'aie A femme, dont le cuer m'esmaie ; Nient mains, se je puis tant feray A ce cop ci que je l'aray.
Va t'en chie\ Jehan de Savoie L'armurier, et dy quil m'envoie Un parement a armer gent Tout blanc, combien qu'il coust dar- Et tandis je me garniray [gent; De fer, et itel me feray Corn l'empereur a fait crier ; Et puis a li san^ detrier Monstrcr m'irar.
Cher sire, ou l'Empereur se venge De quelqu'un qu'il n'a pas à gré Comme gendre; ou, je le saurai, Il a quelque raison secrète; Mais, quoi qu'il veuille et qu'il ap- J'aime sa fille, et je l'aurai. [ prête, Je l'aime, et d'un amour si vrai.
Que malgré la haine du père Qui ne me veut souffrir, j'espère.
Oui, de cœur ému, j'agirai Si bien que je l'épouserai.
Va-t-en trouver 'Jean de Savoie L'armurier, et dis qu'il m'envoie, Quelqu'argent qu'il faille en donner, Ce qu'il me faudra pour m'armer Tout de blanc, afin de paraître Par devant l'Empereur. Pourctre, Suivant le cri, bien à son gré, A la cuisse je me ferai, De mon épée, une blessure, Et, quand j'aurai la blanche armure.
Vers lui j'irai.
L ESCUIER
Sire, gy vois et revenray A vous bien brief.
LE SENESCHAL
E Diex! trop me fait de meschief La cuisse où je me suis navré :
Ne scé se la pucelle auré Pour qui je sueffre cestc pain: :
Ne men chaut combien je mepaine Ma douleur ne prise une quille, Mais que je puisse avoir la fille Que tant désir.
L ECUYER
J'obéis, sire, et reviendrai Ici vous joindre.
le sénéchal (après s'être frappé).
Oh! douleur! encor c'est la moin-
[dre, Car ce dont je me sens souffrir, Avant tout, et jusqu'à mourir, Ce qui fait ma plus vive plainte, C'est l'amer souci, c'est la crainte De perdre celle, au cœur si cher, Pour qui je m'armai de ce fer Et me frappai. Le mal, qu'importe !
S'il me sert, et si, de la sorte, Jusqu'auprès d'elle puis venir, Et l'obtenir.
L ESCUIER
De' venir pour voslre plaisir Acomplir, sire, en vérité, Tant coin je puis me suis haslé.
Un parement vous apport, sire, Garde^ sil y a que redire.
Essaie^ le premièrement Sil vous est bon, du paiement Point ne s'esmaie.
L ECUYER
J'ai fait hâte, et rapporte, sire.
Armure, où rien n'est à redire.
Premièrement essayez-la, Sans regarder ce qu'il faudra Qu'ensuite on paye.
LE SENESCHAL
LE SENECHAL
Da, puis quilfaull que je l'essaye Elle me sied, quand je l'essaie,
go
// me semble que je suy bien; C"est bien. Porte le heaume, tiens,
Pren mon heaume, avec moy vien Et marche, viens.
Délivres ioy.
L ESCUIER
L ECUYER
Voulentiers, chier Sire, par foy, Pour faire plus de diligence Je voys devant. Je vous devance.