‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 47 sur 63 · LE MESSAGER · texte numérisé non relu

LE MESSAGER

Chicr sire! il vous est bien chéu Sire, bien vous prend, je vous jure,

De ce que vo\ gens arme\ voy, Que soyez restés sous l'armure

Et vous mesmes ; qu'en bonne joy Vous et les vôtres; car voici

Ve\-ci venir paiens, san% faille Que le payen revient ici

Qui vous pensent donner bataille Vous combattre en belle ordon- Toute ordenée. Et grand'puissance. [nance,

L EMPERIERE.

Or tost ! seigneurs, san\ demourée ; Cy endroit plus ne nous tenons, Mais dealer contre eulx nous penons, Sanç plus atendre.

ije CHEVALIER.

// ne fault a chascun que prendre Son bacinet, nous sommes prest\.

Alons m'en puis quilç sont si près, Sans nul detri.

l'emperiere.

Save\ vous de quoy je vous pri ) Se le blanc chevalier revient A la bataille, et sil avient Que nous face aide et secours, Qu'il ne s'en voit pas si le cours

L EMPEREUR

Partons, seigneurs, de cet endroit. Pour aller contre lui tout droit Sens plus attendre.

DEUXIÈME CHEVALIER

Il ne faut à chacun que prendre Son bassinet. Nous sommes prêts Pour aller, puisqu'il est si près Lui tenir tête.

l'empereur.

Pour quelques mots je vous arrête :

Si vous voyez se rallier A nous encor le chevalier Auxblanchesarmes; s'il nous donne De nouveau son aide, j'ordonne.

Que ne sachie\, soit gaing ou perte, Que l'on mette sur lui la main, Qui il sera, ainçois qu'il parte Soit que Ton ait défaite ou gain,

D'entre vo\ mains. Et qu'on le garde. Il faut connaître

Ce qu'il peut être.

PREMIER CHEVALIER

Sire, vous n'en are\ ja, mains ; Alons m'en, de par Dieu, alons Sur paiens, et point ne parlons,

Mais ferons desloc et de taille, nie puissons de la bataille

L'o:in:ur avoir.

Fiez-vous à moi, sire, allons, Sus aux Payens ! plus ne parlons, Mais frappons d'estoc et de taille Tant que puissions de la bataille L'honneur avoir.

ije CHEVALIER.

Je tien que si arons nous voir, Et que Dieu arons en aide, Autrement ce seroit grant hide, Par ceste chiennaille païenne Fust soubmise gent crestienne, N'en riens sub jette.

l'emperiere.

Or tosl penseç aue chascun mette Main a lespée pour ferir Sur ceulx qui viennent requérir No% biens a tort.

PREMIER CHEVALIER

A culy, a eul\î a mort, a mort.

Tou% y mourre\.

DEUXIEME CHEVALIER

L'aide de Dieu fait mon espoir.

Ce serait si la gent payenne Soumettait ainsi la chrétienne Trop grand'pitié.

l'empereur.

Pour les combattre pied à pied, Qu'on mette la main à l'épée.

Il faut que sans merci frappée Cette canaille de payens, Qui se croit des droits sur nos S'enfuie ou meure. | biens.

PREMIER CHEVALIER

A mort, payens, oui c'est votre Tous vous mourrez. | heure.

llje PAÏEN.

H ara marc, far a mare\ Astripodis.

ije CHEVALIER.

De moy n'iras pas escondis ; Tien, pren ce la.

L EMPERIERE.

Sainte Marie ! que vc\ la, Seigneurs, un noble chevalier !

Comment peut-il tant batailler ï S'il ne fust certes, je sui fis !

Nous fussions du tout desconfis El mis a nient.

PREMIER CHEVALIER

Qui y peut eslre, ne dont vient, Se je puis, ben tost le saray, Car par de ça guelticr lira/ En ce chemin.

// a mis ceste guerre a fin.

Amis, ale\.

TROISIEME PAYEN

Hara Mare, fara marez A stripodis.

DEUXIÈME CHEVALIER

Pas de quartier, je vous le dis, Tiens, toi, tiens, quisoustaronda- Si fièrement fait le bravache, [che Tiens prends cela.

l'empereur.

Sainte Vierge! que vois- je là?

Ce chevalier de riche taille, Comment peut-il dans la bataille Si bien faire? Je suis certain Que, si nous n'avions eu sa main, Pour nous tirer de cette affaire, Nous nous y serions vus défaire Et mettre à rien.

PREMIER CHEVALIER

D'où vient-il? Je le saurai bien, Et je verrai ce qu'il peut être, Car au guet vais aller me mettre En ce chemin.

l'empereur.

Allons, amis; il a mis fin A cette guerre.

(// sort.)

PREMIER CHEVALIER

Chevalier, Sire, a moy parle-, El vous arreste\ par amour.

Il ne daigne faire demour Mais je leferqy arresler :

De ma lance le vueil hurler

! Ou miex assener le pourray.

i // s'en va, mie ne l'arav :

Il est ou des cieulx ou de n fer :

En sa cuisse emporte le fer De ma lance, sil'ay féru, Ve\ ci par ou il est rompu ; Or voit a l'empereur, vois, puis Qu'avoir arresté ne le puis Par quelque voie.

PREMIER CHEVALIER (à Robert}.

Souffrez que je vous en requière, Sire chevalier, parlez-moi.

Dites un mot. Pas un ! Pourquoi r Un instant, demeurez de grâce.

Rien encor ! sans répondre il passe.

Je le forcerai d'arrêter, De ma lance le veux heurter A quelque défaut de l'armure.

Tiens! il part, malgré sa blessure, Dans sa cuisse emportant le fer :

Il est ou des cieux ou d'enfer !

En sa chair se rompit ma lance, Mais il va de même vaillance; Par rien ne peut être arrêté, En vérité.

Sa dites moy, se Dieu vous voie, Se save\ de ce chevalier

Qui tant s'est volu traveillier; Qui il est, ne comment a nom ;

Est-il point homme de renom f Dites me voir.

L EMPEREUR

Dieu vous ramène à point, cher sire, Eh ! bien ! qu'avez-vous à me dire, Répondez sur ce chevalier, Qui s'est tant voulu batailler Pour nous } Sait-on comme il se nom- Son pays, enfin s'il esthomme [me, De grand renom.

PREMIER CHEVALIER

Sire, je vous f as assavoir

Ne je ne lay pris, n'abalu, Combien qu'en sa cuisse embalu Ly aie le fer de ma lance, Et là se rompi san\ doublance.

PREMIER CHEVALIER

A tout je vous répondrai : non.

Il s'en va, quoique pour le prendre.

Je sois allé jusqu'à lui fendre La cuisse. Mon fer s'est rompu, Comme vous voyez. Je n'ai pu,

Xô

Ve% ci la hante dont party, Dont puis me suis moult repenti, Et repens encor ce sachic\, Quant onques de moy fu touchiez Qui mal li face.

Sire, qu'à ce moment l'atteindre.

Et maintenant je dois le plaindre, Et du mal qu'il peut ressentir, Me repentir.

LEMPERIERE.

Je ne scé se Dieu par sa grâce Nous aroit si bien avoié Qu'ange nous éust envoie Espirituel.

ije CHEVALIER.

Sire, il est un homme mortel Vous en sare\ tantost le voir.

Faites par tout dire et savoir Que qui a vous armé venra D'armes blanches, supportera Le fer de ceste hante cy, Mais que la plaie monstre aussi Que du fer li a esté faitle, Vostre fille gente et honneste A femme ara san\ contredire, Et la moitié de vostre empire.

Cest vostre vueil.

L EMPEREUR

Il s'en va sans laisser de trace.

O Dieu! serait-il, par ta grâce, Ange du ciel?

DEUXIÈME CHEVALIER

Sire, il est un homme mortel.

La chose vous sera certaine, Si vous faites que l'on apprenne Partout que celui qui viendra Armé de blanc et montrera, Avec la blessure reçue, Le fer de la lance rompue, Pour récompense aura la main De votre fille, et, comme gain, Une moitié de votre empire.

Vous plaît-il, sire?

LEMPERIERE.

L EMPEREUR

// me plaist bien, c'est bon conseil, Cet avis est bon. Écuyer,

Or tost escuier, san\ detri ; Vite, allez le cri publier,

Ale\ me publier ce cri Et que chacun, comme il conseille, Partout, amis. Prête l'oreille.

L ESCUIER

Ve\-me-là, Sire, a voie mis,

Sans plus dire, puis qu'il vous haiite.

Je voy icy de gent honneste Asse\, sans moy plus detrier.

De lempereur vueil ci crier Ce qu'est de savoir talentis. — Or cscoule\ grans et peti^ L'cmperiere vous fait savoir Que qui voulra sa fille avoir Viengne a li, s' armes blanches porte , Maislque le fer il li apporte Dun glaive, et qu'aussi monstrer La plaie du fer en sa cuisse [puisse Et qui faire ainsi le pourra Avec sa fille li donrra L'empereur et le fera sire De la moitié de son empire Entièrement.

l'écuyer.

Sire, j'y vais sans perdre temps.

A vos désirs toujours me rends, Sans que deux fois on me l'ordonne.

Je crois qu'ici la foule est bonne; Tous honnêtes gens! Donc, je dis :

Or, écoutez, grands et petits, L'Empereur m'enjoint de me rendre Céans, afin de vous apprendre Qu'il faut pour sa fille obtenir :

Sous de blanches armes venir; Apporter, épreuve absolue!

Le fer d'une lance rompue, Et faire voir, encor blessé, La plaie, où ce fer fut laissé.

Ainsi l'on peut — pour le redire — Avoir sa fille, et de l'empire Une moitié.

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