‹ Le mystère de Robert le DiableChapitre 7 sur 63 · BRISE-GODET. BRISE-GODET · texte numérisé non relu

BRISE-GODET. BRISE-GODET

Nous le vous dirons, sire doulx. Sans plus débattre on peut, beau sire,

Nous venons d'un po besoignier Et de celle maie gaingnier Qu'en mon bra\ port.

Et sans barguigner, vous le dire.

Nous venons d'un peu besogner, Et de cette malle gagner, Que mon bras porte.

ROBERT

A qui, dites-mo/ sans déport, L'ave\ tolue '.

RIGOLET

A un ne scé s'il a nom Hue, Mais comme moine estoit vestu\ Et s'a trop bien esté balu\, Pour ce que se voull entremettre De soy en deffense en po mettre Encontre nous.

ROBERT

C'est besogner de bonne sorte, D'où ce butinr

RIGOLET

Je ne sais, mais il est certain Que celui pour qui l'aventure Tourna mal, d'un moine a l'allure, Et l'habit. Nous l'avons battu, Mon doux sire, à bras que veux-tu ?

Il criait : Pour Dieu quelle offense ! Et voulait se mettre en défense Contre nous deux.

Vous n'ai'e- riens valu, quant vous Ne li ave\ copé les poins, Ou l'eussie\ tué de tou\ poins.

Ainsi de telx gens le /croie.

Dites où est Boute-en-Courroie.

Né Lambin, né Hupin le Grant l Je vueil de savoir eslre engrant Que m'en dire-.

ROBERT

C'est bien, mais vous auriez pu

[mieux, En ce cas, rien ne m'embarrasse.

Il fallait, sans merci ni grâce, D'abord lui couper les deux poings Puis le tuer. C'est là le moins Pour moi, quand ces gens sont ma

[proie.

Où se trouve Boute-en-Courroie, Son compagnon Hupin-le-Grand Et Lambin? Il faudrait tout franc Ça me le dire.

BRISE-GODET

BRISE-GODET

En vostre hostel les trouverez Us doivent être chez vous, sire.

Sire, au mains nous les y laissasmes, Là du moins les avons laissés,

Quant après le moine en alasmcs, Quand au moine sommes passés Pour li pillier. Pour le pillage.

Sus! il nous/ault du pic billier Et jusques en maison aller.

Or ça ! a vous lou\ rucil parler ; Si vous diray comment il est:

Je vueil que chascun soit tout prest De venir où je le menray.

M' entente est que ne fineray D'aler d'une abbaie en autre Afin que ces moines espiautre ; Tant qu'aray serchié, c'on le die, Toutes celles de Normandie, Et ton? leurs trésors cercherons.

Et si les en apporterons Et tou{ leurs bons joiaux aussi ; Si, pourrons trouver par ainsi S'il y a prestre né convers Qui mot en die de travers Ou qui à groucer vucille prendre, Qu'en celle heure san^ plus attendre Soit mis à mort.

ROBERT

Venons au fait sans barguignage.

Allez les quérir à l'hôtel.

(continuant quand ils sont arrivés.)

Tous, soyez prêts à mon appel, Et sachez comme il faudra vivre, Quand j'aurai dit ? il faut me suivre. Vous ferez ce que je ferai, Vous irez où je mènerai :

Ce sera d'un couvent à l'autre, Car ces diseurs de patenôtre, Moines, dont le ciel est le jeu, Les écorcher, voilà mon vœu, Je prétends piller, qu'on le die, Tous les couvents de Normandie, Leurs trésors nous y chercherons, Et céans les apporterons, Avec tous leurs joyaux. Peut-être, Quelque frère lai, quelque prêtre Voudra, nous traitant de pervers, En parler un peu de travers Et grognera. Sus, qu'on le prenne, Que d'un gibet, il soitl'étrenne, Et mis à mort.

BOUTE-EN-COURROIE

BOUTE-EN-COURROIE

Maistre, par foy, j'en sui d'accorl, Puisqu'il vous plait, j'en suis d'ac-

Puis que c'esl vostre voulenté. [cord,

Nous y cirons losl conquesté Et — ce qui mon courage aiguise —

Moult grant avoir. Ainsi pourrons à notre guise

Grands biens avoir.

LAMBIN

Boute-en-Courroyc tu di^ voir, Et bien y a raison pour quoy ; Il\ sont gens qui en leur requoy Se tiennent et petit despendent El a amasser toujours tendent ; Et si ont de grands revenues, Des maisons qui d'eulx sont tenues Et de leurs autres labourages; Pour ce est bon sur eulx le pillage, Si com moy semble.

ROBERT

Bien est. Or regardons ensemble Où nous irons premièrement :

Car, je vous vueil dire briefmenl, Je me pense entre eulx si voultrer Et tel par paroles monstrer, Et de fait en tel estât mettre Que les plus sages feray estre Gens esbahies.

LAMBIN

Il a raison pour cet espoir, [sent.

Ce sont gens qui bien peu dépen- A faire amas d'or toujours pensent.

Des biens qui par eux sont tenus, Ils tirent de gros revenus, Sans compter tous leurs labourages; C'est pain bénit pour les pillages.

Courons-y tous.

ROBERT

Bien dit. Mais voyons entre nous Par où commencer l'aventure.

Il nous la faudrait belle, sûre, Telle que sages ou hardis Soient ébahis.

RIGOLET

RIGOLET

Maistre, avecques ces abbaïes, Des couvents nous irons en ville,

Trouverons-nous bien, par ces villes, Où des vilains riches à mille De ces villains riches à milles N'osent leur argent déployer,

Qui le leur n'osent desploier ; Là se fera bon emploier Aussi san% double.

Il s'y fera bon employer Aussi sans doute.

BRISE-GODET

// dit voir; suive\ moy à roule Et vous menray chie\ tel homme, Qu'on lient à riche de la somme De Vm voire et de plus, El est un païsant cmplus Qui ne fait pas despens à gast ; Je ne croy pas que onques mengast D'un bon morsel.

BRISE-GODET

C'est bien dit. Mettons-nous en

[route.

Chez un paysan vous mènerai Riche dit-on, et l'on dit vrai, De cinq milleet plus. Sansdépense.

Il n'a jamais mangé, je pense, Ne vivant que de pain et d'eau, Un bon morceau.

ROBERT

Brise-Godet, lost et isnel, Nous y mairies et je t'en pri ; Or, avant, seigneurs, san% détri Alons après.

Brise-Godet, conduis-nous vite.

Et vous, seigneurs, je vous invite Allons après.

LAMBIN

De vous suivre sommes tou\ près, Marchez bon pas, nous sommes Marchiez bon pas. Tous à vous suivre. [prêts

BRISE-GODET

BRISE-GODET

Maislre, ne vous mentiray pas, Ve\-ci du vilain la maison, Entrons-y sans arrestoison ; Je le conseil.

Sans différer, je vous le livre ; Sa maison, maître, la voici.

N'arrêtons pas, vite entrons-y Je le conseille.

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