SCENE IV
Chez le paysan.
Soit Brise-Godet, je le vueil.
Qui dort céens ï
Soit. Holà! Pendant que je veille Qui dort céans?
LE PAYSANT
LE PAYSAN
// n'y a n'estans né séans Qui y dorme, sire, par foy ; Voulez-vous riens, n'y a que moy En tout cest estre.
Pas un ne dort ici dedans, Car, si ce n'est moi, dans ce gite Nul ne s'abrite.
BRISE-GODET
BRISE-GODET
Cest le seigneur de ccens, maistre, C'est le riche que vous ai dit Que vous ay dit. Sans contredit
ROBERT
Prene^ le tost, san\ contredit ; Liez h les Pie\ et les poins, Et m'en délivrez de toux poins, Je n'y voy miex.
LE PAISANT.
Pour si hault seigneur comme est
[Dicx, Biaux seigneurs, je vous cri mercy.
Ne croy pas qu'a nul de vous cy Onques encore mal féissc, Né c onques mais de vous véisse, A mon avis.
ROBERT
Qu'il soit saisi, qu'on m'en délivre
— Nous verrons après s'il doit
[vivre. —
En lui liant, l'on ne peut moins,
Et pieds et poings.
LE PAYSAN
Grâce, seigneurs, que l'on m'en- Parpitiéjevousledemande: [tende!
Quel mal est-ce que je vous fis?
Jamais nul de vous je ne vis Qu'il me souvienne.
ROBERT
E ! ne nous fais point Ici devis; Fay si, nous monstre le trésor Que tu as fait d'argent et d'or ; Ou tu mourras à tel meschief Que je te copperay le chief En ceste place.
LE PAISANT.
Sire, ne double- que ne face Ce que vOulre\} san\ contredire ; Pour Dieu, vene\ le véoir, sire, Voulentiers le vous monstreray, Ceste huche vous ouverray.
Esgarde^, sire.
ROBERT
Qu'a il ci ? vueilles me voir dire ; Sont-ce florins )
LE PAISANT.
OU, anges et moutons fins ; Et ve\ ci lou\ parisis d'or ; El ci autre monnoie encor Qu'est bonne et belle.
LAMBIN
As-tu d'argent point de vaisselle, Nulle autre part )
LE PAISANT.
Nanil, sire, se Dieu me garl,
ROBERT
Paix! c'est assez de cette antienne.
Montre-nous tout l'argent et l'or Qui te font un ample trésor, Où je te vais, sans plus d'enquête, Couper la tête.
LE PAYSAN
Volontiers vous le montrerai, Et ma huche vous ouvrirai.
Regardez, sire.
ROBERT
Qu'est-ce cela? Tu vas le dire Sont-ce florins?
LE PAYSAN
Oui, puis moutons, angelots fins, Parisis d'or, riche monnoie Toute — il suffira qu'on la voie — De bon aloi.
LAMBIN
Autre part n'as-tu pas, dis-moi, Quelque vaisselle?
LE PAYSAN
Nenni, sire, je n'ai que celle
Se ne sont ces vj gobcle\ Qui ne sont pas moult ncttele^ Ce véc\ bien.
ROBERT
Sa, Rigolet, passe avant, lien ; Ces gobelet c^ ces sas Cl Me garderas, et toy aussi, Lambin, cesli lien en ta main; Ore sce\-tu qu'il est, vilain, Di grans merci? la compagnie Quant nous ne le tollons la vie.
Sus, alons m'eut.
LE PAISANT.
Que vous voyez : six gobelets.
Regardez-les.
ROBERT
Allons, Rigolet, que l'on prenne Sacs, gobelets; c'est mon étrenne, Qu'on me les conserve, Lambin, Aide-le. Quant à toi, vilain, Puisque nous te laissons la vie, Dis : grand mercy la compagnie Allons plus loin.
LE PAYSAN
Seigneurs, je pri Dieu bonnement Seigneurs, prierai Dieu qu'il ait soin
Qu'il vous tiengne tou\ en santé Vous tenir en santé parfaite.
Et qu'il vous doint, par sa bonté, Que son amour, je le souhaite, Enfin s' amour. Vous vienne enfin.
RIGOLET
Sanç faire cy plus de demour Alons m'en en celle abbaïc, Et si soit de nous envaïe.
Je sui certain que grant avoir Y trouverons, à dire voir.
Alons y, maistre.
BOUTE-EN-COURROIE
Certainement il ne peut estre
Qu'il n'y ait léens grant trésor
De ioiaux et d'argent et d'or,
Comment qu'il aille.
RIGOLET
Aurons encor un meilleur gain Si nous gagnons cette abbaïe.
Par nous qu'elle soit envahie.
Croyez-moi, rien de plus certain Nous aurons là fort gros butin Allons-y, maître.
BOUTE-EN-COURROIE
Il a raison : il ne peut être Qu'on n'y trouve du haut en bas De richesses très grand amas.
Tout y foisonne.
ROBERT
Si irons donc; Lambin, or baille A Rigolet ce sac que liens, Porte à l'oslel tout cl reviens Là tosl à nous.
RIGOLET
Je revenray si tosl que vous En pourrez bien esmerveillier, Ne penses^ que de bien pillier Tosl et asse%.
ROBERT
Or tost, seigneurs, devant passe\ :
Nous ne mangerons mais des dens, Si cirons esté la dedans, Et bas cl hault.
LAMBIN
A Ions m'en de ce ne me chaut Je trouvay orains compagnie Avec qui me desjeunay mie ; Ne m'en repens.
BRISE-GODET
Tu le di\, mais certes je pens Que lu nous gabes.
ROBERT
Allons-y donc. Toi, Lambin, donne A Rigolet ce que tu tiens
(A Rigolet.) Porte à l'hôtel tout, et reviens,
Sans qu'on t'attarde.
RIGOLET
De m'arrèter je n'aurai garde; Courrai tant qu'en serez surpris.
Mais, vous, avant qu'ayez tout pris N'ayez de cesse.
ROBERT
Passez devant; cette richesse, Qui s'entasse là, nous l'aurons, Ou jamais nous ne mangerons Je vous l'assure.
De ce jeûne cours 1 aventure.
Je trouvai compagnons tantôt, Avec qui j'aurais, comme il faut, Pu tout à mon gré faire fôte; Ne le regrette.
BRISE-GODET
Est-ce vrai, comme tu le dis?
J'en doute, et crois que tu te ris De nous peut-être.