LE SARRAZIN
Vaincu est le neveu de Charlemagne ! Je rapporterai cette épée en Arabie.
Comme il tirait Vépée du fourreau, Roland le sent, il ouvre les yeux, il se redresse,
ROLAND
Tu n'es pas des nôtres, à mon escient.
Comment fus-tu si osé de me saisir à tort ou à raison ? Qui l'apprendra te tiendra pour fou.
De son cor qu'il n'avait pas voulu lâcher, Roland devra frapper un rude coup sur la tête du Sarrazin qui tombera mort à ses pieds.
ROLAND
La bouche du cor en est fendue.
L*or et les cristaux en sont tombés.
(Après une pâme.) Il auraété dispofié d'avance une grande pierre d'un côté. Roland frappera avec violence dix coups sur cettepiene avec son épée; Vacier gr'mcera, Vépée ne se brisera ni ne s*éhréchera.
^ROLAND
Aidez-moi, sainte Marie ! Eh ! Durandal, ma bonne 1 vous fûtes malheureuse! Quand je ne puis plus me servir de vous, je ne puis plus vous conserver. Tant de batailles en campagne avec vous j'ai gagnées! et soumis tant de vastes terres que tient Charlemagne à la barbe chenue! Qu'un homme qui luit devant un autre, ne vous ait pas!
Un bon guerrier vous a longtemps tenue; tel il n'y en aura jamais en France, la terre libre.
Roland frappera sur la pierre de sardoine (1), L'acier grincera; Vépée ne se brisera ni ne s'ebréchera. Quand Roland voit qu'il ne peut pas la briser , il recommencera à la plaindre :
ROLAND
Eh ! Durandal, que tu es claire et blanche I comme au soleil tu reluis et flamboies 1 Charlemagne était aux vallons de Moriane,
(1) Sardoine, une pierre qui ressemble à la cornaline. L'origine du mot est Sardaigne.
lorsque, du ciel, Dieu lui manda qu'il te donnât à un comte vaillant. Alors me la ceignit le noble roi, le Magne. Avec elle, je lui conquis l'Anjou et la Bretagne ; je lui conquis le Poitou et le Maine; je lui conquis la Normandie, la libre terre. Je lui conquis la Provence et l'Aquitaine, la Lombardie et toute la Romagne ; je lui conquis la Bavière et toute la Flandre et la Bourgogne et toute la Pouille, Constantinople dont il reçut l'hommage. Et dans la Saxe, il peut faire tout ce qu'il ordonne. Je lui conquis l'Ecosse, le pays de Galles, l'Angleterre, dont il fit son propre domaine. En ai-je conquis des pays et de si grandes terres que Charlemagne tient, qui a la barbe blanche! Pour cette épée, j'ai douleur et regrets; mieux vaut mourir plutôt qu'elle reste aux infidèles. Seigneur Dieu le Père, n'en laissez pas honnir la France.
Roland devra frapper sur une pierre bise : il en abattra plus que je ne sais dire, Vépée grincera et ne se froissera ni brisera : elle rebondira en l'air contre le deL Quand le comte voit qu'il ne peut la briser^ il la plaint doucement :
ROLAND
Eh ! Durandal, que tu es belle et sainte 1
Dans ta garde d'or, il y a tant de reliques : une dent de saint Pierre et du sang de saint Basile et des cheveux de monseigneur saint Denis; il y a du vêtement de saint e Marie . Ce n*est pas juste que des infidèles te tiennent en leur puissance. Par des chrétiens, tu dois être servie. Qu'un homme à faire lâcheté ne te possède pas ! Tant de vastes terres avec vous j'ai [conquises que Charlemagne tient, "qui a la barbe fleurie !
Et Pempereur en est puissant et riche.
Une pause*
Je sens que la mort m'entreprend et me descend de la tête sur le cœur.
AlorSy il $e mettra sous un pin et tournera la tête du côté que les Sarrazins ont fui.
ROLAND
Je veux que Charlemagne dise — et toute son armée aussi — qu'il est mort vainqueur, le noble comte !
Alors il disposera sous lui Vépée et le cor en se mettant à genoux et il devra se frapper la poitrine,
ROLAND
Mon Dieu, meâ culpâ! pour mes péchés, les grands et les menus, que j*ai faits.
l UORT DE ROLAND
depuis que je suis né jusqu'à ce jour qu'ici j'ai atteint.
Une pause.
ROLAND
De mainte chose, je me prends à ressouvenir, de tant de pays que j'ai conquis, de douce France, de gens de mon lignage, de Gharlemagne, mon seigneur, qui m'a nourri.
Une pause,
Noire vrai Père qui jamais ne mentis !
qui, de la mort, ressuscitas Lazare, et qui sauvas Daniel des lions, sauve mon âme de îous périls pour les péchés que j'ai faits en ma vie.
Roland devra offrir à Dieu le gant de sa main droite. Saint Gabriel prend le gant de sa main. Puis Roland joindra les mains et il mourra.
Dieu lui a envoyé ses anges chérubins et saint Michel du Péril. Saint Gabriel sera avec eux : ils porteront Vâme du comte au paradis.
A ce moment, Gharlemagne devina apparaître avec ses chevaliers. Tous les Français se mettront à genoux. Vempereur baistra Roland à la figure et au cœur.