ICONOGRAPHIE
I. — Il existe dans divers pays, particulièrement en Allemagne, un assez grand nombre de monuments auxquels une tradition, qui paraît remontgr au moyen âge, a appliqué le nom de Roland. C'est un témoignage incontestable de la popularité qui, dans tout le monde chrétien, s'est attachée au neveu de Charlemagne jusqu'à en faire l'archétype du héros chevaleresque ; mais ces œuvres, d'une valeur fort inégale, ne rentrent pas dans le domaine propre de l'iconographie. En France et en Italie, au contraire, nous rencontrons des monuments qui doivent être considérés comme la traduction plastique de l'idéal enfanté par Timagination populaire.
(1) Voir les Notes d'art et d*archéologie (pubUcation mensueUc de la Société de Saint-Jean).
Je. dois, cependant, avant de vous conduire à Chartres, à Vérone, enfin à Brindisi, mentionner un manuscrit allemand du xiie siècle, où Charlemagne est représenté agenouillé et prosterné devant un ange, aux ailes relevées. Le messager céleste tient ,de la main gauche un sceptre fleurdelisé, tandis que, de la droite, il lève deux doigts pour bénir le héros. Ci-contre la reproduction qu'eu a donnée M. Léon Gautier [Che- Valérie, p. 308). 'Cette scène respire une incontestable grandeur. Si les mains sont rendues sans aucun souci de la perspective, le groupe est bien agencé, les attitudes appropriées et les mouvements vrais. Ce simple trait produit une impression qui reste gravée dans la mémoire.
Je dois aussi faire remarquer que les artistes se sont appliqués à peu près exclusivement à représenter la catastrophe fi.nale, bien que, même dans la seule Chanson de Rolandy il ne manque pas d'épisodes pour ainsi dire plastiques. Ce n'est pas un elFet du caprice ou du hasard. La chanson de Roland est une épopée douloureuse, comme il y a des épopées triomphales. Ce n'est pas le lieu de nous étendre sur les
causes intimes et profondes de ce caractère; mais il faut relever qu'en s'y attachant, les artistes ont montré une intelligence très nette de l'œuvre quîils entreprenaient de nous faire voir, après l'avoir entendu réciter par les ménestrels.