‹ Le mystère de Roncevaux [drame héroïque]Chapitre 28 sur 29 · II. — Le vitrail de la cathédrale de · texte numérisé non relu

II. — Le vitrail de la cathédrale de

Chartres, consacré à Gharlemagne, est trop connu par les publications de M. Durand et autres pour que je m'attarde à le décrire. Les Annales archéologiques en ont donné, au trait, une petite reproduction très soignée.

Un médaillon rond, placé en Taxe central, sur la partie supérieure du vitrail, représente Roland dans les deux actes qui ont précédé sa mort. Nous ne sommes plus à nous scandaliser de rencontrer deux fois le même personnage dans un seul cadre, pas plus que de voir les mystères dramatiques placer les diverses localités à la suite les unes des autres sur le même terrain .

Tout cela est affaire d'habitude ou de convention*

Dans Tune et l'autre scènes, le héros a les pieds cachés sous la même couche épaisse de guerriers étendus morts. La

main de Dieu, issant d'en haut, sépare les deux figurations adossées.

Des vingt mille hommes que Charlemagne a laissés à Tarrière-garde, il ne reste plus qu'une poignée. Roland, déjà blessé, prend son cor dont il n'a pas voulu user plus tôt.

C'est pour rappeler Charlemagne qui a passé les défilés pyrénéens avec le gros de l'armée française.

Avec douleur, avec si grand effort, Le preux Roland a sonné de son cor Que le sang clair lui jaillit par la bouche.

De son cerveau les tempes sont rompues.

Charles, qui passe aux défilés, Tentend —

Nayme Tentend; tous les Français l'entendent

« J'entends le cor de Roland », dit le roi

Telle est la scène que représente le médaillon à la droite du spectateur.

La pose générale est bonne. Il y a une grâce juvénile dans la tête ; le bras droit est bien placé, ainsi que la main et le cor.

Si les jambes ne sont pas tournées tout à fait comme il aurait fallu, l'ensemble ne donne pas- moins un bon spécimen du grand art verrier du xiii® siècle.

Si j'intercale ici quelques citations, c'est parce qu'elles peignent, pour ainsi dire,

des scènes aussi dignes d'inspirer les artistes français que le suicide de Caton ou les frasques de Jupiter (1).

Les Français ont entendu le cor : ils retournent sur leurs pas.

Les monts sont hauts et ténébreux et grands, Les vaux profonds, rapides les torrents.

Clairons. sonnaient et derrière et devant :

Ils répondaient tous au cor de Roland.

Le roi chevauche avec emportement Et les Français courroucés et dolents.

Tous de leurs yeux pleuraient amèrement Et priaient Dieu de garantir Roland.

Jusqu'ils viendront ensemble sur le champ, Gomme avec lui frapperaient-ils gaiement!

Mais à quoi bon? C'est inutilement :

Trop ont tardé ! Ne peuvent être à temps.

Il n'était plus temps. Roland était resté seul après avoir vu fuir les Sarrazins.

Roland sent bien que la mort lui est proche.

Il ne veut pas laisser aux ennemis son épée Durandal et il s'efforce de la briser :

Ce n'est le droit que les païens te tiennent : Par les chrétiens tu dois être servie.

(1) • J'emprunte ces translations en français quasimoderne à rédition populaire : un volume in-18. Paris, Duret, rue des Archives, n» 68.

Voilà le sujet de la scène de gauche .

Il frappe encor sur une pierre grise ; Plus en abat que je ne vous sais dire.

Grince Tacier; ne fléchit ni ne rompt :

Contre le ciel Tépée a rebondi.

Le comte voit qu'il ne la brisera.

Tout doucement, il la plaint à soi-même :

« Eh! Durandal que tu es belle et sainte!

)) Que, dans ta garde, il y a de reliques

» Dent de saint Pierre et sang de saint Basile » Et des cheveux de mo^ sieur saint Denis; » Du vêtement de la Vierge Marie ! »

Le compartiment de gauche représente Taffaissement du héros, sans doute pour faire comprendre qu'il ne réussira pas à briser Durandal. L'effet voulu ressort bien de la tenue du corps et des bras.

IIL — Puisque nous avons associé ici deux formes de l'an qu'il ne faudra jamais disjoindre, qu'il me soit permis d'entrer en Italie par trois vers du Dante. Il a entendu un cor retentir :

Dopo la dolorosa rotta, quando Carlo Magno perde la santa gesta, Non sono si terribilmente Orlando,

Je mentionnerai d'abord deux figures sculptées qui représentent Roland et Olivier

(CATHéOBALE DE VÉRONE)

sur le porche de la cathédrale de Vérone.

Les noms des deux épées sont inàcrits sur les lames. Ces statues, sont du xii" siècle et ne font pas pressentir les splendeurs sculpturales du XIII®.

Nous arrivons à un monument capital, qui a été divulgué en Finance par M. E.

Muntz (1), et dont nous donnons une reproduction. {Voir à la page 137).

La représentation que nous reproduisons est un pavement, ce qui explique la simpli-^ cité et la nature des moyens employés, sans justifier les incorrections, mais sans nuire à la sincérité de l'exécution et à la grandeur émouvante de Timpression. Il a été exécuté en 1178 par un prêtre, nommé Pantaléon, sur l'ordre de l'archevêque de Brindisi, Guillaume, qui était d'origine française. Je crois que l'artiste connaissait seulement la chronique de Turpin.

Dans la partie supérieure de ce pavement, la seule qui soit ici reproduite, voioi d'abord deux cavaliers armés: des incrip-

(1) Études iconographiques et archéologiques sur le moyen âge. — Chez Leroux, dans la Petite BibUothèque d'art et d'arcbéologie.

lions indiquent que le premier est rarclievêque Turpin et le second Roland. La figure de Turpin -est tournée vers le cavalier qui suit. La main droite semble montrer une voie à suivre. Passons à la droite du spectateur: c'est la mort d'Olivier (Àlvier). Le héros est couché.

Suivant l'usage du moyen âge, Tâme, ou plutôt la figure de la vie, s'échappe sous la la forme d'une figure beaucoup plus petite.

Quelques fragments indiqueraient qu'elle est reçue au ciel par Dieu ou par un ange.

Olivier, couché, est démesurément grand, bien qu'il ait été de courte taille. Dans la petite figure qui représente l'âme, le mouvement des bras vers le ciel est admirablement, je ne dirai pas rendu, mais indiqué.

Il m'a rappelé les bras de la Madeleine du Giotto, aspirant à Notre-Seigneur dans le Noli me tangere. Voilà de ces effets, comme celui du ravissement au-dessus de terre, où le moyen âge a excellé et n'a jamais été surpassé ni même égalé.

Quand Roland voit que mort est son ami, A le pleurer, il se prend doucement :

« Mon compagnon, vous étiez trop hardi.

» Des jours, des ans ensemble avons été.

» Mal ne me fis, ni je ne t'offensai.

» Et quand tu meurs, ce m'est douleur de vivre* »

Tel est lé sentiment que représente la figure placée debout aux pieds d'Olivier, penchée et s'appuyant sur une grande épée.

A mon avis, elfele représente très bien. Assurément, les jambes (comme dans toute cette composition) sont déplorables; mais que voulez-vous? C'est émouvant. Les bras sont disposés très adroitement, l'un soutient le corps sur l'épée placée avec la pointe en terre; la tète est penchée sur l'autre bras.

Entre Içs deux cavaliers dont j'ai parlé d'abord, et la mort d'Olivier, l'artiste a représenté une scène qui est assurément la plus belle de l'épopée française, peut-être de toutes les épopées. Roland et Turpin restent seuls sur le champ de bataille.

L'archevêque va mourir le premier. Roland lui dit:

« Nos compagnons, qui nous étaient si chers, » Ils sont tous morts; ne les oublions pas.

» Je vais aller les chercher dans la foule )) Et devant vous les porter et ranger. »

Roland tout seul, par le champ de bataille, Fouille les vaux et fouille les montagnes..*.. Le preux Roland les a pris un à un.

Les a portés tous devant Tarchevéque

£t les a mis en rang à ses genoux

Rolsind retourne ; il cherche dans le champ Lors, il retrouve Olivier son ami, .

Contre son sein étroitement l'embrasse, Du mieux qu'il peut revient à Tarchevêque,

Sur un écu près des autres le couche

Turpin ne peut s'empêcher de pleurer.

Lève la main et puis il les bénit.

Il dit après : « Vous eûtes du malheur !

» Seigneurs, que Dieu place toutes vos âmes

» Au paradis, parmi les saintes fleurs »

Roland est représenté, transportant assez adroitement lin corps, celui d'Olivier, sans doute, pour le placer auprès des autres chevaliers déjà rangés sur la terre. On ne voit pas l'archevêque ; mais un ange descend ou plutôt tombe du ciel, on ne sait trop comment. Les jambes d'Olivier sont encore toutà fait manquées. Au-dessus de son corps, est un objet en forme de violon avec un appendice étroit, que je n'ai pas compris.

IV. Les trois figures que nous reproduisons ici sont extraites d'une gravure, qui se trouve dans l'ouvrage de Mabillon intitulé : Annales ordinis. S. Benedicti^ MDCCIV, tome 2, page 376. En tête de la gravure est placée l'inscription suivante : Tumulus Otgerii ac Benedicti, illus-

irium sub Carolo M. heroum. Postea monachorum qualis extat etiam nunc in Basilica S. Faronis apud Meldos, (Meaux).

Au bas de la page, une légende correspond à des numéros placés sur le soubasment des statues. J'y relève, sous les numéros afférents, les lignes qui désignent là fiancée de Roland, Roland, Charlemagne.

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