EUSTELLE, VIRIATE, SOTER VIRIATE
Peu nombreuse est la foule, et la fête sacrée N’est plus, comme aux beaux jours, de splendeur en- Nul ne demande plus à nos prêtres pieux, [tourée. De nos rites si grands le sens mystérieux.
Père, comment savoir où va notre âme humaine ? Vers quel port, de nos jours le cours troublé nous mène, Des méchants et des bons qui divise le sort ? Pourquoi dois-je rester pure jusqu’à la mort ?
VIRIATE
Nos aïeux affirmaient que, dans une autre vie,
On se retrouve, et que plus belle est la patrie.
EUSTELLE
O père de ma mère, oui, tel est mon espoir.
VIRIATE
Plus doux sont les adieux quand on doit se revoir.
EUSTELLE
Gomme une pâle fleur que la faux a touchée Je puis être avant vous dans la tombe couchée.
Père, dans mon sommeil, est-ce une fausseté ?
Est-ce un rêve menteur ? Est-ce une vérité ?
D’un enfant j’ai parfois entrevu le visage,
Près d’une femme dont il reflétait l’image.
Il semblait me sourire et m’appeler à lui.
Le bonheur me quittait quand il s’était enfui,
Et je me demandais : D’où vient donc ma souffrance? Pourquoi ce trouble en moi? Pourquoi cette espérance ?
Mais tomber n’est pas tout, quand le terme est venu, Où va l’âme de l’homme ? C’est le grand inconnu !
VIRIATE
La Charente en dormant vers l’océan s’écoule,
Et de nos jours humains le tissu se déroule.
EUSTELLE
Mais le fleuve a son but, quel peut être le mien ? Le bonheur que je rêve immense ? Ou rien, rien, rien ? Le flambeau qui vacille, un souffle peut l’éteindre, Mais l’horreur de mourir, comment ne pas la craindre? Après ? Oh ! cet après pour un être immortel i Qui peut nous éclairer ? Auprès de quel autel Ferai-je donc monter mon ardente prière ?
Quel Dieu fera briller un rayon de lumière ?
VIRIATE
Aux druides savants, demande.
EUSTELLE
C’est en vain.
Sur Dieu, sur l’avenir, ils n’ont rien de certain.
Oh ! j’attends, je désire et je cherche le sage,
Qui, loin de mon esprit, chassera le nuage.
Avec Dieu la vertu remonte à son Auteur ;
Mais que peut m’imposer l’homme faible et menteur ?
viriate, montrant le captif qui s'est levé et fait un signe . Regarde le captif.
SOTER
C’est Dieu qui t’a parlé.
Au cœur pur qui le cherche, il sera dévoilé,
De tout mal ici-bas la vérité délivre,
Avec le Christ, avec mon Dieu, mourir, c’est vivre.
EUSTELLE
Le Christ ! Mais quel est-il ?
SOTER
La paix ! la vérité !
Il nous donne le pain de l’immortalité.
EUSTELLE
Je ne te comprends pas. D’où viens-tu, je te prie ?
SOTER
Du fond de l’Orient. La Perse est ma patrie.
EUSTELLE
Et ton Christ ?
SOTER
C’est mon Dieu que tu ne connais pas.
Un Dieu Sauveur ; pour nous il subit le trépas.
J’ai connu ses bienfaits ; j’en ai subi les charmes ; Comme il calme les maux ! Comme il sèche les larmes !