‹ Le mystère de Sainte Eustelle, vierge et martyre, patronne de la jeunesse chrétienne; drame en trois actes en versChapitre 10 sur 46 · EUSTELLE, VIRIATE, SOTER VIRIATE · texte numérisé non relu

EUSTELLE, VIRIATE, SOTER VIRIATE

Peu nombreuse est la foule, et la fête sacrée N’est plus, comme aux beaux jours, de splendeur en- Nul ne demande plus à nos prêtres pieux, [tourée. De nos rites si grands le sens mystérieux.

Père, comment savoir où va notre âme humaine ? Vers quel port, de nos jours le cours troublé nous mène, Des méchants et des bons qui divise le sort ? Pourquoi dois-je rester pure jusqu’à la mort ?

VIRIATE

Nos aïeux affirmaient que, dans une autre vie,

On se retrouve, et que plus belle est la patrie.

EUSTELLE

O père de ma mère, oui, tel est mon espoir.

VIRIATE

Plus doux sont les adieux quand on doit se revoir.

EUSTELLE

Gomme une pâle fleur que la faux a touchée Je puis être avant vous dans la tombe couchée.

Père, dans mon sommeil, est-ce une fausseté ?

Est-ce un rêve menteur ? Est-ce une vérité ?

D’un enfant j’ai parfois entrevu le visage,

Près d’une femme dont il reflétait l’image.

Il semblait me sourire et m’appeler à lui.

Le bonheur me quittait quand il s’était enfui,

Et je me demandais : D’où vient donc ma souffrance? Pourquoi ce trouble en moi? Pourquoi cette espérance ?

Mais tomber n’est pas tout, quand le terme est venu, Où va l’âme de l’homme ? C’est le grand inconnu !

VIRIATE

La Charente en dormant vers l’océan s’écoule,

Et de nos jours humains le tissu se déroule.

EUSTELLE

Mais le fleuve a son but, quel peut être le mien ? Le bonheur que je rêve immense ? Ou rien, rien, rien ? Le flambeau qui vacille, un souffle peut l’éteindre, Mais l’horreur de mourir, comment ne pas la craindre? Après ? Oh ! cet après pour un être immortel i Qui peut nous éclairer ? Auprès de quel autel Ferai-je donc monter mon ardente prière ?

Quel Dieu fera briller un rayon de lumière ?

VIRIATE

Aux druides savants, demande.

EUSTELLE

C’est en vain.

Sur Dieu, sur l’avenir, ils n’ont rien de certain.

Oh ! j’attends, je désire et je cherche le sage,

Qui, loin de mon esprit, chassera le nuage.

Avec Dieu la vertu remonte à son Auteur ;

Mais que peut m’imposer l’homme faible et menteur ?

viriate, montrant le captif qui s'est levé et fait un signe . Regarde le captif.

SOTER

C’est Dieu qui t’a parlé.

Au cœur pur qui le cherche, il sera dévoilé,

De tout mal ici-bas la vérité délivre,

Avec le Christ, avec mon Dieu, mourir, c’est vivre.

EUSTELLE

Le Christ ! Mais quel est-il ?

SOTER

La paix ! la vérité !

Il nous donne le pain de l’immortalité.

EUSTELLE

Je ne te comprends pas. D’où viens-tu, je te prie ?

SOTER

Du fond de l’Orient. La Perse est ma patrie.

EUSTELLE

Et ton Christ ?

SOTER

C’est mon Dieu que tu ne connais pas.

Un Dieu Sauveur ; pour nous il subit le trépas.

J’ai connu ses bienfaits ; j’en ai subi les charmes ; Comme il calme les maux ! Comme il sèche les larmes !

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