SCÈNE I
PROCULUS, LÉDÉTUS PROGULUS
Cet édit m’épouvante, et je ne sais pourquoi Je le vois dirigé contre ma fille et moi.
LÉDÉTUS
Vous vous troublez à tort et vaines sont vos craintes. Qui donc attaquerait le gouverneur de Saintes ?
Dans la cité, partout, Eustelle fait le bien.
PROCULUS
Elle semble inquiète et j’ai peur qu’un chrétien N’arrive à l’amener à son culte perfide.
LÉDÉTUS
Trop romaine est Eustelle et son père la guide.
PROCULUS
D’une vierge qui peut découvrir les secrets,
Qui sait où ses désirs trouvent le plus d’attraits ?
LÉDÉTUS
Oui ! Le cœur de la femme est un profond mystère. Il semble confiant quand il cherche à se taire.
Vous croyez le connaître et bénissez les dieux, L’abîme ne s’est pas ouvert devant vos yeux.
Eustelle...
PROCULUS
Que do fois, dès que l’aube première Dore ses blonds cheveux d’un rayon de lumière,
Son regard plus profond interroge les cieux î Mais pourquoi son sourire et son front plus joyeux ? Quel est le rêve aimé que son regard contemple ?
LÉDÉTUS
Il est vrai que jamais elle ne vient au temple.
Quand nos autels sont tous par le peuple entourés, Jamais elle n’assiste à nos rites sacrés.
Elle n’aime aucun dieu, pas même une déesse. Eustelle vit à part, sa riante jeunesse N’a pas de ces élans que dicte la ferveur.
On murmure et l’on cherche où l’emporte son cœur.
PROCULUS
On murmure ?
LÉDÉTUS
Oui ! tout bas ! Votre enfant est trop
[belle,
Pour ne pas soulever les cœurs jaloux contre elle,
Et l’on dit même aussi qu’un druide dément,
Un vieillard exalté, la visite souvent.
PROCULUS
Sa mère était Gauloise.
LÉDÉTUS
Et Gauloise avec elle,
Au culte des Césars renonce votre Eustelle.
PROGULUS
Renoncer ! non jamais !
(Après quelques instants.)
Sans trop l’importuner,
Aux mystères des dieux je voudrais l’amener.
LÉDÉTUS
En l’honneur de Gérés décrétez une fête.
Les roses du printemps couronneront sa tête.
De votre âme fuira la crainte ou les soupçons,
Si vous la saluez déesse des moissons.
Votre enfant rêvera, comme la jeune fille,
Aux souris des berceaux dans sa jeune famille. .
PROGULUS
Voilà mon désespoir ! Plus d’un noble Romain,
Ravi par sa beauté, m’a demandé sa main,
Et toujours un refus sérieux ou frivole ;
Et ma vieillesse approche, et son printemps s’envole.
(Des soldats entrent.)