SCÈNE VII
proculus, lédétus portant une statue de Jupiter ; un prêtre païen avec un trépied sacré où sont des charbons allumés , une jeune fille portant un vase plein d'encens.
Lédétus pose la statue de Jupiter sur la pierre . Le prêtre met le trépied allumé devant la
statue. La jeune fille , qui tient Vencens , es? à co?é du trépied.
PROCULUS
Le crime est expié.
EUSTELLE
Par vous le saint n’est plus.
PROCULUS
Vos plaintes, vos regrets sont dès lors superflus.
EUSTELLE
Vous pouvez me frapper, je suis aussi chrétienne.
PROCULUS
Tu ne le seras pas longtemps.
(. Aux soldats.)
Qu’on la retienne !
(Deux soldats mettent la main sur les épaules d' Eustelle et la placent devant la statue.)
Sur le trépied sacré qu’on étende sa main !
(Un des soldats prend le bras droit d' Eustelle et Vétend de force devant la statue , à quelques pas.)
eustelle, avec force.
Non, vous ne pouvez pas.
PROCULUS
Par le code romain,
Sur mon enfant j’ai droit et de mort et de vie ;
J’ai droit de te forcer, quand il m’en prend envie,
A brûler de l’encens avec moi sur l’autel.
EUSTELLE
Non, vous ne devez pas vous montrer si cruel.
Votre pouvoir s’arrête où commence mon âme,
Et c’est la liberté que votre enfant réclame.
PROCULUS
Pour être libre, il faut d’abord servir les dieux.
EUSTELLE
Oui ! le vrai Dieu du ciel.
PROCULUS
Les dieux de nos aïeux.
EUSTELLE
Ce sont des dieux de pierre enfantés par des songes.
PROCULUS
Qui ne sait de ton Christ les impudents mensonges ?
EUSTELLE
Mon Christ fut toujours pur.
proculus, aux soldais.
Amenez-la plus près.
(. Les soldais mellenl Eustelle à côté du trépied.) Gaides, ouvrez sa main.
Un soldai lient ouverte la main d'Eusielle. Proculus fait tomber de V encens.
C’est l’encens que je mets Sur le trépied sacré que le grand prêtre allume.
Pour le Maître des dieux, il brûle, monte et fume.
eustelle, se déballant.
Je ne m’abaisse pas à cette impiété ;
Vous dominez mon corps et non ma volonté ;
De mon Christ la servante et jamais l’ennemie,
Sur vous retombera toute cette infamie.
( A haute voix.)
De Dieu, sur votre enfant, vous violez les droits. Peuple, je suis chrétienne, à Jésus-Christ je crois.
PROCULUS
Répandez plus d’encens.
{Le prêtre jette de l'encens.)
eustelle, avec dérision.
Une vaine fumée.
PROCULUS
Un hommage à nos dieux.
EUSTELLE
D’une vierge opprimée.
proculus {au prêtre qui jette de l'encens). Encore...
Non, jamais !
proculus, furieux et s'approchant.
Tu feras comme nous,
Et devant Jupiter tu ploieras les genoux.
{Les soldais veulent contraindre Eustelle à s'agenouiller.)
eustelle, se débattant.
Adorer des humains un impuissant ouvrage !
proculus
Oh ! ne persiste pas ou redoute ma rage !
eustelle, renversant la statue dans un de ses mouvements.
C’est assez... Que ce dieu se défende !
LES PAÏENS
A la mort !
EUSTELLE
Jésus ! pardonnez-moi cet acte, si j’ai tort.
Plus de pitié !
les païens
EUSTELLE
Frappez, mon père, une chrétienne.
Il n’est plus rien sur terre à qui mon âme tienne.
Si mon corps est à vous, mon esprit est à Dieu.
[Après un inslani} en regardant Proculus.) Hélas ! combien pour moi cruel est cet adieu ! J’aurais tant désiré cesser de vous déplaire.
PROCULUS
Toi, chrétienne ! Jamais ! Je cède à ma colère.
Tu le veux ! C’est fini ! La hache du licteur Frappe le parricide et le blasphémateur.
C’est son père et nos dieux qu’elle insulte et renie ; D’un juste châtiment qu’Eustelle soit punie.
[Il sort avec les prêtres . Les licteurs entourent Eustelle .)