PREFACE XI
tion de pensée par la représentation d'une fable. Ni public ni auteur ne se rencontrent dans la nation pour concevoir des choses telles que le Prométhée d'Eschyle, le Roi Lear de Shakespeare, les deux Faust de Gœthe, ou les Revenants d'Ibsen. Corneille et Racine plagièrent l'antique et l'étranger, avec une belle syntaxe ; mais en prenant soin d'élaguer de l'emprunt toute idée, au bénéfice du fait et du sentiment. L'honneur, le devoir, l'amour, ils les admirent sans les expliquer, ainsi que des évidences concrètes.
La littérature du roman copia celle du théâtre. Notre énorme production de volumes tend presque entière à prescrire la sensualité sous le masque du sentiment {Gerfaut). Elle attendrissait naguère les jeunes filles riches sur le sort de garçons pauvres, mais vigoureux et bons serviteurs probables de la chair (VAhbé Constantin). Ainsi parlèrent les livres honnêtes, selon la tradition de George Sand. « Les femmes seules lisent », constatent les éditeurs. On se demande aussi quelles intelligences viriles pourraient se plaire à ce perpétuel apitoiement sur les dames en peine de preneur.