‹ Le mystère du château de ChamblasChapitre 19 sur 22 · I.K MVSTKRR DU CHATRAU HE CIIAMI5LAS "iid · texte numérisé non relu

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avaient même parlé. Or, circonstance singulière, cet homme, rencontré au Puy par tant de gens dans la soirée du crime, s'empresse de déclarer qu'il ne croit pas avoir quitté sa chambre ce jour-là, quand il est entendu comme témoin le 4 septembre 1840. C'est donc que l'alibi n'est pas encore prêt. Et puis les semaines, les mois passent. Une influence occulte s'exerce et l'armée de l'alibi s'augmente sans cesse de nouveaux volontaires. Tous ont certainement vu Besson le 3 1 août par exemple ; ils ont conversé avec lui à cinq heures, à six heures, à sept heures. Ce sont des âmes simples. Rien de plus facile, en leur rappelant avec tous ses détails le fait réel de la rencontre, que de les faire trébucher sur la date, puis de les ancrer, dans la conviction, devenue bientôt certitude, d'un jour tout voisin du véritable. Avec le temps on fait bien des choses. Avec des : « Vous vous rappelez ... le soir de l'assassinat. » — « Pourtant, il me semblait que c'était la veille. » — « Mais non, souvenez-vous bien. Même, vous avez parlé à notre .Jacques à tel endroit. Il était habillé de telle façon. 11 vous a répondu telle chose. C'est le lendemain matin qu'on a appris la mort de notre pauvre Monsieur. » Tout est exact, sauf le dernier renseignement. N'importe. Le coin est enfoncé dans le cerveau, et, chaque jour, on l'enfoncera un peu plus.

Et voilà comment se fabrique un alibi.

Il se dégage nettement d'ailleurs de l'ensemble des rapports des magistrats que l'effort désespéré tenté à Lyon pour renforcer et étayer l'alibi se retourna plutôt contre la défense. Le jury ne fut ni convaincu, ni même ébranlé. Il considéra, avec le simple bon sens, que si d'aussi nombreux témoins avaient vu l'accusé au Puy, de cinq heures à huit heures du soir, le 1" septembre 1840, ils n'auraient pu s'empêcher de parler de la rencontre à leurs amis ou voisins, créant ainsi, dans cette petite ville, une sorte de notoriété destinée à éclater fatalement au jour des poursuites. Or, il n'en avait rien été.

L'impression d'audience fut si fâcheuse que le président des assises du Rhône songea un moment à les faire arrêter tous. Il recula devant le nombre. 11 recula surtout devant l'impossibilité de distinguer entre la fausseté et l'erreur, erreur résultant de l'ancienneté des faits ou des influences perfides.

Mais, sans avoir à insister davantage sur la question de l'alibi, il est de la culpabilité de Besson une présomption bien impressionnante, et le moment paraît venu de la révéler.

S'est-on demandé pourquoi, dans cette cause où M* Lachaud soutint jusqu'au bout la thèse de la complète innocence, M* Rouher manifesta à la

fin de sa plaidoirie une sorte de découragement? pourquoi il sembla se plier à une transaction et concéder une culpabilité atténuée? pourquoi surtout il ne fut pas, à Lyon, aux cotés de son client? 11 n'était cependant pas l'homme des défenses négligées et des désertions.

De cette étrange attitude, on eut l'explication après que la tète de Besson fut tombée. Le procureur général de Riom lit connaître qu'à la fin des débats de la cour d'assises du Puy-de-Dôme, Besson s'était penché vers son avocat et lui avait demandé à mi-voix : « Dois-je avouer la possession du pantalon de velours olive qui a disparu dans la prison ? »

Imprudente et impudente révélation ! Comment l'énergie morale de M" Rouher, comment sa foi et son éloquence y eussent-elles survécu ?

Quoiqu'il en soit, ce qu'on s'explique mal dans cette mystérieuse affaire, ce sont les égards de la justice envers les dames de Ghamblas. Quand Jacques Besson comparut, le 14 mars 1842, devant les Assises de la Haute-Loire, ni madame Théodora, ni sa mère n'avaient été entendues une seule fois au cours d'une procédure qui avait nécessité un an et demi d'efforts. On a peine à le croire.

Dans une note au public qui porte bien la marque de l'époque, M. Exbrayat de Labo-

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riette, dès le début de l'instruction, crut devoir défendre son activité et son indépendance. La protestation est du 1^'' novembre 1840 et quelques habitants du Puy l'ont conservée. Elle en valait la peine. Sans manquer de respect à la mémoire de cet excellent homme, peut-être sera-t-il permis de sourire à la lecture de certains passages :

« Il a été répandu dans les salons et dans les cercles de la ville du Puy devenus les conlidents des opérations de la justice répressive, que je renonçais à informer contre les assassins de M. de Marcellange. C'est un mensonge impudent. Quel sujet aurais-je de me récuser? La peur! Elle ne serait tout au plus excusable que chez celui qu'une timide souris a la puissance de faire trembler... Que l'on aime le bruit, que l'on en fasse beaucoup, et même dans la rue, c'est la chose pour laquelle je suis d'une indifférence complète, mais j'ai grandement à cœur que mes compatriotes sachent que l'âge me laisse encore une énergie et un courage suffisants; que, dans la circonstance importante, j'ai la volonté et la force de remplir mes devoirs, avec le zèle, l'attention et la prudence qu'exigent les fonctions dont je suis chargé. »

Personne ne doutait de la vaillance du vieux juge, mais M. Exbrayat de Laboriette eut été mieux inspiré, semble-t-il, si, dès le premier moment, il s'était transporté à l'endroit même où

le complot avait pu être perpétré et s'y était livré, spécialement dans la chambre de Besson, à une perquisition minutieuse. Ne devait-il pas examiner les souliers, la chemise, les vêtements, rechercher le fusil, demander aux médecins-légistes si les pieds de l'individu soupçonné ne gardaient pas les stigmates d'une marche forcée, stigmates différents des meurtrissures de la petite vérole, interroger séparément tons les habitants de l'hôtel de Chamblas et les inviter à rendre compte des faits et gestes du domestique dans cette soirée fatale du l^"" septembre?

En matière judiciaire, le temps perdu ne revient pas et les indices négligés s'évanouissent pour toujours. La faute commise a lourdement pesé sur la suite des événements et l'instruction s'est privée d'une source de renseignements qui pouvait être capitale. Que serait-il advenu sans l'admirable effort de M' Bac? Lui seul a osé frapper à la porte massive de Ihùtel de Chamblas et il semble bien que la tète de Méduse qui la surmonte lui ait livré son secret.

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