‹ Le mysticisme musical espagnol au 16e siècleChapitre 35 sur 66 · COI-LET · texte numérisé non relu

COI-LET

et que pratiquera plus tard le « musicien des Anges » César Franck.

Il nous semble inutile d'insister davantage sur l'art consommé des modulations que possède Cômes, art qui relève bien plus de l'ancienne discipline liturgique que delà pâle simplification du dualisme tonal renaissant. Contentonsnous de signaler un manuscrit où le musicien écrit les louanges de la Vierge (1) dans lejoyeuxetlydien cinquième mode.

Telle est Fœuvre magnifique de Cômes avec toutes ses qualités de pureté, d'envolée lyrique, de noblesse et de majesté qui sont aussi celles de l'Ecole Valencienne tout entière, mais que Ton trouve chez lui à un degré « d'exaltation » peut-être unique. Nous disons « peut-être » parce que M. Pedrell a découvert un auteur majorquin qu'il déclare génial et qui, bien que Catalan, ofTre plus d'affinités avec la tradition valencienne et, en particulier, avec Comes : c'est Pablo Yillalonga, mort en 1603, maître de chapelle à la cathédrale de Palma, dont un manuscrit contenant des hymnes, des Magnificat du IV% du VP et du VHP ton, un Salve^ un Nunc dimittis, un 0 Béate Sebastiane et surtout un Vexilla régis (2), révèle un maître puissant, aux idées empreintes de ferveur, au style véhément. Sans doute des analyses — que seuls des Espagnols peuvent faire — viendront préciser davantage la manière de cet artiste étrangement oublié pendant près de trois siècles. Au reste, il conviendrait aussi de tirer de la poussière des archives d'autres maestros contemporains de Cômes, tels que Vicente Garcia, maître en 1619 ; Jéronimo Vicente, maître en 1621 ; Marcos Ferez, maître au Corpus Chris ti ert 1635 et mort en 1662 ; Francisco Navarro, maître en 1644 ; Matias et Antonio Navarro qui se succèdent à Elche, de 1610 à 1692 ; Diego Pontac, qui occupe en 1650 la place laissée par Navarro ; Urbano Vargas, qui fut

(1) Motet à 4 : Alabada sea la Purisima Concepcion. Cf. catâlogo de ob. de Mus. del Arch. del Inf. S. Fr. de Paula Antonio. B. N. M. : M. 1007.

(2) Cf. Gaceta de Mallorca. 7 de Ag. de 1907.

LES ÉCOLES valrnciennf: kt catalane 307

ensuite, en ](l;)l, chanoine el orj^aniste à Bi'irf^os, etc.. Quoi (ju'il en soit, l'Ecole Valencienne est sunisammcnt définie par l'étude de maîtres tels que Ginés Pérez, Amhrosio Cotes et J.-B. Cornes : elle représente la phase « exultante » du mysticisme musical espagnol.

B. — L École catalane

Plus nous nous rapprochons de l'Italie, et plus le sentiment profond de la foi chrétienne espagnole semble se modifier et s'affaiblir en devenant extérieur. Déjà à Valence nous avons signalé dans l'œuvre de ses musiciens un souci marqué de la forme générale aux dépens de l'idée particulière, une recherche d'expression du texte en son ensemble plutôt que de chaque nuance de ce texte même. Seulement les Valenciens conservaient cette ferveur religieuse qui était le legs du moyen âge mystique et qui les avait empêchés de tomber dans le dramatisme profane où s'étaient égarés les « madrigaliers » italiens. En Italie le théâtre et le temple divin mélangaient leurs chants : à Valence, au contraire, il y avait toujours eu comme une barrière infranchissable entre les deux édifices. Leurs langages furent toujours distincts, et chacun d'eux se développa sans se préoccuper de l'autre, dans le seul objet de trouver pour soi l'expression la plus heureuse et la plus achevée (1).

(1) Notons avec M. Lihory [op. cit. introd.) que l'art lyrique, l'opéra de la Renaissance fut de bonne heure dans les goûts des Valenciens, et que ceux-ci lurent les premiers à le cultiver, puisque dès le « mois d'avril 1394 on représentait au Palacio del Real la tragédie intitulée L'hom enamorat y la fembra salis fêta, écrite par Mn. Domingo Mascô, conseiller du roi D. Juan I » ; puisque dès le 4 décembre 1402, « le Conseil de la Ville payait certains frais des « entramesos representats en la entrada dels Reys en Valencia » ; puisqu'enfîn le Manuel de Concejos de Tan 1415 nous apprend que les « jurés payent au poète Mn. Juan Sist et au musicien J. Pérez de Pastrana les droits d'auteur afférents à, la représentation des entremeses qui leur furent commandés par la Ville », ce qui, ajoute M. Lihory. uni à la création des chaires de poésie et de déclamation de rUniversité, et à la nomination faite — par l'évêque Hugo — de Jaime Vidal à la maîtrise des « escuelas mayores de canto, » vient démontrer l'intérêt qu'en ces temps lointains prenaient les classes intellectuelles de Valence à généraliser la poésie dramatique et la musique. »

De plus, nous avons vu que le drame liturgique d'Elche : Transit y

Les Catalans, au contraire, n'échappent pas au reproche de secret paganisme que naguère nous adressions à Palestrina. Les deux Vila, les deux Flécha, Brudieu et même Pujol, par exemple, pour ne citer que les plus illustres, ne sauraient nous donner par leur vie ou leurs œuvres l'impression que nous ont laissée un Morales, un Guerrero, un Comes, et que nous laissera, plus tard, Victoria. Ce sont des maîtres de grand talent, d'une inspiration délicate et tendre, où perce encore cet « expressivisme » espagnol si particulier, mais où n'apparaît pas cet élan vers Dieu, élan d'amour, élan de Fâme mystique.

Nous ne savons qui est ce Ruimonte dont parle M. Soubies (1), et M. Pedrell, à qui l'on doit un ouvrage définitif sur l'Ecole Catalane (2) ne nous en dit rien. Quant à Anchieta (3), bien qu'il ait été le chapelain et le « cantor » des Rois catholiques le 6 février 1489 puis nommé chanoine à Grenade, « prestamero » de Villarino en Salamanque, recteur d'Azpeitia en 1504 et abbé de Arbas, nous ne saurions oublier qu'il se retira en Catalogne après la mort des rois — comme le montre une « cédula » de Charles- Quint datée du 15 août 1519 à Barcelone — , qu'il y mourut le 30 juillet 1523 et que l'on retrouve ses œuvres : trois Livres de Musique de Chant, dans les archives de l'église de Tarazona.

Mais l'Ecole Catalane ne commence vraiment qu'avec les deux Vila (4), l'oncle Albert et le neveu Luis [Ferrân]

Asunciô de la Verge est la première manifestation espagnole du drame lyrique complet ; et dès 1526, selon Jovellanos, il existe à Valence une maison de comédiens.

Ce goût extraordinaire des Valenciens pour le théâtre explique en certaine manière le caractère « italien » de la musique profane du xvi» siècle, dans certains madrigaux, dans les chansons, les fantaisies et même dans les « villancicos » qui prennent naturellement place dans les comedias ou dans les autos sacramentales de l'époque qui nous occupe.

(1) Hist. de la Musique : Espagne, p. 91.

(2) Musichs vells delà terra (Rev. Mus. cat. Any I. Nûm 1 y sig.) bientôt réunis en volume. Nous y ferons de larges emprunts.

(3) Cf. biographie dans Barbieri : Cane, cit., p. 20.

(4) Vila (Alberch et son neveu Luis Ferrân). Cf. Pedro Juan Corners en ses Coses assenyalades, lib. IV, Cap. xlii fol. 596. Pero Albert fut organiste et chanoine de Barcelone. Cf. Pedrell, op. cit. Any I num. I.

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