‹ Le mysticisme musical espagnol au 16e siècleChapitre 37 sur 66 · LES ÉCOLES VALENCIENNE ET CATALANE · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES VALENCIENNE ET CATALANE

La dédicac(^ ou « ëpîtro » au Sérénissime Duc de Savoie, Prince de Pièniont^ est une curieuse autobiographie : <( Grand est \{\ plaisir et grande est l'allégresse (jue toute (( cette principauté de Catalogne a reçus en général (;t en « particulier, pour avoir eu la visite de Votre Altesse. « Nous en sommes redevables, comme Vassaux fidèles et « loyaux, à la S. C. R. Majesté du Roi notre maître, et à u l'insigne valeur comme aux qualités très excellentes qui « concourent en Votre Altesse, autant par son illustre « lignage que par sa personne. Cependant ils nous avance tagent ceux qui vivent dans la plaine et sur le chemin (( royal, car nous sommes encastrés (encastillados) dans « les montagnes d'où il nous est impossible — à notre « grand dépit — de montrer effectivement (por la obra) la « grande affection et dévotion que nous avons tous pour « Votre Altesse ; c'est ainsi que moi, l'un d'entre eux, qui <( suis Maître de Chapelle de la Sainte Église de la Seo a d'Urgel par ordre de son Chapitre, et ayant employé (con- « sumido) ma vie entière à cette profession de la Musique, <( comme quelques curieux et amateurs de cette Faculté « (deseosos deesta facultad) m'importunèrent pour que je <( mette au jour quelque chose parmi tout ce que j'avais « fait pour elle, je résolus de servir Votre Altesse avec « cette partie plus paisible et agréable que l'on appelle des « madrigaux, parce que je sus combien Votre Altesse était i( portée vers ce genre d'exercices et avec quelle grande « bénignité Elle avait accueilli en notre pays toute perce sonne qui lui avait offert quelque chose dans ce genre. « Bien sais-je que le don est minime et indigne d'une si « haute Altesse, et que mon audace est grande. Mais, con- « sidérant l'intention dans laquelle je l'offre, et, d'autre « part, la bienveillance de Votre Altesse, je sais avec cer- « titude qu'Elle me pardonnera. Je sais bien aussi que « beaucoup diront : c( D'où cette musique lui est-elle venue, « au Montagnard (?) » Et en effet ; dans la montagne il « n'y a pas tant de politesse (cortesania) : mais s'il est vrai « que tous les Arts sont descendus du Ciel parce qu'ils

(( étaient les présents de Dieu, s'il est vrai également que la « Musique a été par un privilège spécial, semble-t-il, « abritée dans le propre sein des cieux, suivant l'opinion « des Pythagoriciens suivis en ceci par M. TuUio, si tout u cela est vrai, ne le sera-t-il pas que Torigine de la Musique « doive nous toucher de plus près, nous qui sommes retirés « sur les hauteurs des monts ?... »

Dans la suite de cette amusante dédicace, Brudieu chante Texcellence de la Musique et invoque Platon, Isocrate et Sidoine. Ce prêtre platonicien, madrigalier et concettiste, ne peut donc prendre rang dans la légion des musiciens mystiques. Par contre, Tauteur de la Missa pro defiinctis, à 8 voix en deux chœurs, Joan Pau Pujol (1), plus connu par des cançonetas, des tonadas et des villancicos (2), nous ramène à l'église.

La Missa pro defunctis est en effet une œuvre profondément émouvante et de foi sincère.

Ulntroït expose le thème du Requiem (chanté par les seules voix d'hommes)

quiem ae ter nam

d'une si poignante tristesse, mais aussi d'une si noble résignation. Dans une première partie, ce thème passe au contralto, puis au ténor par la quarte [sol), à la basse et au tiple, sur les mots : Dona eis Domine. La partie du tiple apparaît en valeurs augmentées. Par imitation entre les

{i) Sur Pujol : Cf. Pedrell. op. cit. Any II, Num. 21 et 22. — Pujol (Cf. Lozano, Memor. Hist. Cri't. del desarrollo que en Zaragoza ha tenido el Arte musical) fut nommé maître à Saragosse le 23 janvier 1595 avant d'être ordonné prêtre. Le 2 décembre, on défend de jouer ses canzonetas et villancicos, sous le prétexte qu'ils sont vulgaires. Pujol est ordonné prêtre en août 1600. Il passa plus tard à la Cathédrale de Barcelone où il forma de bons disciples, entre autres Diego Pontac. — V Archiva du Pilar de Saragosse possède de Pujol des motets, psaumes, et la Missa pro defunctis. Cf. aussi Index da Livraria de Musica de Dom Joao IV da Portugal.

(2) Cf. Pedrell, op. cit. Any. II. Nûm. 22.

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