‹ Le mysticisme musical espagnol au 16e siècleChapitre 52 sur 66 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

la longue et florissanle Écolo Allemande. Et au premier rang de ces laborieux artistes, J.-S. Bach consacre une grande partie de sa vie musicale à ce travail de dépouillement, d'analyse des œuvres anciennes. Son style, formé par ces études attentives, sera aussi celui de ses disciples : Ceux-ci pouvaient sans doute remonter aux sources ellesmêmes, mais ils devaient reconnaître, suivant l'expression de M. Pirro, que « l'étoffe oii leur maître brodait à plus grands ramages et où il jetait des figures plus agitées, avait été tramée sur le même métier (1). »

Nous voyons maintenant que l'Art si noble, élaboré en Espagne, ne s'est pas évanoui dans l'atmosphère païenne de ritalie conquérante. Quittant le sol ingrat qui le méconnaissait, il continua au loin son œuvre de beauté. Cette œuvre, nous avons tenté de la définir : Nous en avons cherché la vertu expressive, et nous avons trouvé qu'elle était à la fois nationale, catholique et mystique. Ce mysticisme même était traditionnel. Alors que les Étrangers adoptaient Fidéal des Humanistes, les Espagnols restaient fidèles à celui du moyen âge. Leurs théoriciens reprenaient les préceptes d'Aristote, de Boèce, d'Isidore de Séville, et les musiciens se révélaient, en même temps que des ascètes ou de pieux contemplatifs, des philosophes réfléchis et conquis par ces mêmes principes.

Aussi bien leur art austère — Morales — ou souriant — Guerrero — exultant — Cômes — ou profond — Victoria, — toujours viril et puissant, exprimait les mêmes désirs et les mêmes angoisses, les mêmes espérances et les mêmes béatitudes que la prose enflammée de Thérèse de Jésus, les poèmes symboliques de Jean de la Croix, ou les toiles ardentes du Greco...

Cette union tout idéale du mysticisme le plus espagnol

(1) Op. cit., p. 402.

et (l'un art purement médiéval donne à la musique aimée de Charles-Quint, Philippe II et Philippe III, un rôle esthétique, social et relig'ieux dont la connaissance nous aide à pénétrer davantage l'âme si complexe de l'Espagne du siècle d'or.

Page 1