‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 30 sur 88 · TABLETTES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

TABLETTES HISTORIQUES

Les événemens grandissent*, Les résultats qut naguëres on n'apperccvait qu'à une certaine distance , s'avancent rapidement* Tout annonce que le but ^^ux fois manqué, aéra bientôt atteint, et que desi. combinaisons à la fois meilleures et plus justes , donneront enfin la paix à TEu^ rope y en arrêtant le cours des révolutions.

L'expérience faite et renouvellée en France a démontré l'impossibilité absolue de laisser plus long-temps ce pays , en proie à la tjrannie qui Topprime* Les vœux presque unanimes de ses habitans ont été entendus. La protec-» tien se rell^che , et dès-lors laphûte est prochaiue. Comment aurait'-il pu compter sur sa durée , ce pouvoir que le hazard et l'incertitude avaient produit , et qui tirait se force , non de l'assentiment de la nation , m^is de cer« taines convenances mal appréciées , 9U d'uue bieuveil^ V. 4. 53

lance clônt il fut toujours indigne ?••••• La ooalition victorieuse n'a pas cru qu'il fôt honorable ou possible d*anëatitir la France en la divisant. Elle aurait dû penser qu'il était encore plus impossible de la plier à un joiTg qu'elle redoutait avant de le connaître , qu'elle abhorre depuis qu'on le lui a fait sentir^ Ce fut une grande faute des puissances liguées , que de terminer la campagne de iâi5 par le rétablissement des Bourbons. Un tel dé* ^noiiement ne convenait ni à la grandeur de l'entreprise , ni ^ la gloire de la plupart de ceux qui j avaient concouru. . ^

Les événemens s'étaient succédé dans un ordre qui sembikft indiqtier dé lui-même une autre fin. Il avait pu y atoir en t8t4 une raison d'agir ainsi* On pouvait alors avoir eu en vue de dégoûter les peuples i\es grajids mouvements , en lui montrant qu'après un cercle péniblemeiit parcouru ^ on se retrouve au point de dé- <fwrt. Il j avait au moins là une sorte de moralité atta* «hée à la plus importante période de Fhîstoire moderne. C'était une leçon pour les peuples fi' une garantie pour le pouvoir. La leçon aurait pu ^tre profitable , si on ne l'eût corrompue par l'abus insigne qu'on 'Cn fit. Pour qu'elle fût réelleifient utile, il aurait fallu qu'on rendît ce nouvel état favorable ou tout au moins supportablo pour la trance , et qu'elle put croire avoir gagtaé quelque chose à retrouver ses anciens souverains.

Hais lorsque par une succession de fautes graves, présage trop certain de crimes qui ont été commisdepuis, les Bourbons eui^ent éloigné l'affection de leurs sujets ei se furent placé» avec eux dans une situation hostile ; lorsque leur puissance efEacée en un jour et sans résistance feut démontré qu'ils n'avaient, par eux - mêmes aucuti Bioyen de régner; on devait suivre d'autres combinaisons , et chercher» dans tl'autres élément , les moycàis d'assurer le repos de l'Europe. Les choses étaient alors disposées de manière à ce que les rois pussent accomplir les vues de leur politique , sans attenter aux droits d^% nations et bteïs^r leii règles de la flistice. On conçoit

qu'ils aient dû poursuivre dans la |)^r^piipç .4^ ^^fP'^ léon , l'homme qui avait conjuré leur abaissement pu leur ruine , Thomme qui pour se consoler de îa priva* tion des mers , avait naguëres entrepris de subjuguer le continent. Mais on ne conçoit pas qu'ils se soient'yolon^airement réduits à l'alternative de ne choisir qu*entr^ Napoléon et Louis xvuu L'un avait abusé ^e la fortune , Tautre n*avait pas su en profiter* L*un avs^it allarmé se^ voisins, l'autre avait allarmé son peuple. jL'ya avait ét^ Partisan de la guene extérieure , l'autre était une Clause permanente de guerre civile. L'un avait écrasé les trônes en se plaçant au-dessus ^ l'autre déshonorait la ro.yfi^\ité m restant au-dessous des devoirs qu'elle i m posjp • U fallait les écarter tous les deux. Par ïtt on donnait un grançl et mémorable exemple ; on faisait cesser une dangereuse rivalité, parce que deux compétiteurs se neutralisent rérciproquement. Le nouveau possesseur aurait réuni les vœux trop long-tems divisés de la nation. Son gouvernement aurait été facile. Deux écueils également funestes lui traçaient la route à suivre. Il lui aurait suffi de ne pas entreprendre au dehors , de ne pas opprimer au dedans«i Et si, contre toute apparence, les factions s'étaient encore agitées, il aurait pu les contenir l'une par l'autre , s'attacher les révolutionnaires .par la crainte d^s Bourbons , et les royalistes par la crainte de Napoléon. Cependant les puissances coalisées restaient fidèles à leur parole-, ell^s n'infligeaient pas à la France un gouverne;ment repoussé \ elles se montraient après la victoire , ce qu'elles avaient promis d'être avant le combat •, elles ne détruisaient pas leur ouvrage , car le rappel de Louis- Stànislas-Xavicr avait été prononcé par le sénat*, ellçs n'offensaient pas le principe de la légitimité , car Louis Aui inutilement rétabli avait «'ibdiqué lui-même, en aban» donnant son peuple et sa couronne.

Par là tout était concilié. Les vainquçurs obtenaient une satisfaction durable. Les vaincus trouvaient une sorte de consolation en ce que , du moins , on oç les repla^aft^ pas ^us le joug qu'ils avaient stgpuc»

L'bistttire dirs^ comment une conclusion si simple et él i<?sirable a fait place à des opérations purement tran^ sitoires ^ et comment une trèye orageuse a et^ substituée il la paijti

Maintenant on éprouve le besoin de revenii' aux idées qui furent alors négligées ; mais c'est surtout en politique que les retours sont difficiles. Le bien qui s*opère pai' ^cousses, n'est jamais un bien parfait. Plus on le diffëre , plus 11 en coûte pour y arriver. Cependant les choses tendent nécessairement \ prendre leur assiette. L'harmonie est évidemment troublée ; tout souffre , et la certitude d'un autre avenir est le seul confre-poids du mal qui afflige en ce moment l'Europe. Les rapports qui existent entre les différens états sont tels désormais que la situation de l'un ne peut plus être indiffér^te aux autres. Tous les intérêts sont liés ; une douleur locale occasionne la fièvre dans toutes les parties du corps po- 'litiqae« Si le remède n'était prompt , le mal deviendrait incurable*

La lutte ^ laquelle la révolution de France a donné lieu ne peut se terminer que par deux moyens. Il faut l*éduire l'état militaire et réconcilier les nations avec le pouvoir^ |nonarchique«

Or tant qu'on laissera une famille aux prises avec vingtcinq millions d'hommes , il existera un foyer redoutable autour duquel il faudra laisser un grand appareil de ibrce. Comment pourrait-on désarmer quand on est J)rét à crier aux armes ? Chacun .ne doit-il pas , pour des mouvemens prévus , inévitables , se réserver une anduence armée ? Il résulte de cette anxiété , une condition mixte dont il n'y a pas d'exemple dans l'histoire» l,es traités renferment une cause de révolution si probable , si prochaine , qu'on ne peut y trouver une oJnbre de sécurité. La guerre est finie •, mais la paix n'est pas faite. On est obligé de tenir les soldats en baleine , oA J^asse des revues, on s'observe, l'inquiétude est générale \ on épfouve partout ce mal-aise par lequel les crises violentes sont annoncées» On dirait ^ à entendre

i&ês sourdes rumeurs , que tout le moncle est initia aux secrets de la plus profonde politique. Il n'y a déjà plus de mérite à prédire , tant les événemens sonj ^ découvert. En cet état comment ne pas rester debout ?

D'autre part la majesté du pouvoir suprême est compromise par cette situation précaire. Il né faut pas laisser vivre les peuples dans ce besoin d*agir« Le respect ne s'attache qu*à ce qui emporte une idée de stabilité^ et il n'y a de stable , au jugement de l'opinion , que ce qui n'est pas en opposition avec l'esprit du siècle. Les Bourbons paraissant n'avoir ressaisi le sceptre que pour l'avilir. Leur administration offre le mélange con- ' fus des préjugés gothiques , et de quelques institutions nouvelles : ou plutôt ils n'ont retenu de la révolution que ce qui était propre à s'ervir leurs passions et leur despotisme. Ne pouvant se dissimuler qu'ils régnent en dépit de la nation , ils ne b% piquent pas de régner pour ellei Après de longues agitations , après l'essai rapide de toutes les théories politiques , les esprits s'étaient réunis en faveur d'une monarchie tempérée. Par quelle fatalité cette transaction serait-elle impossible ? Sous Napoléon , l'ambition du prince étouffii le contrat à sa naissance. Louis ne l'a pas mieux respecté , quoiqu'il fut son ouvrage. Il est texvpa cependant (de voir se réaliser des avantages sollicités par tant d'efforts , mérités par tant de sacrifices. Un mauvais règne déconsidère la royauté, et sous ce rapport tous les souverains sont intéressés W introduire un nouvel ordre de choses.

Malgré l'extrême tension des ressorts de la police , malgré la terreur des supplices , l'opinion irritée se fait jour. Elle éclate en discours , elle se manifeste par des Bctionv Une conspiration déjouée engendre d'autres f^onspiratfons. Le gouvernement û des satellites : il n'a J>as pu se donner une armée. Sa marche est incertaine et débile. Il ne se montre fidèle qu'à la cruauté. Inhabile à punir , inhabile à recompenser , il se fait des ennemis jusques parmi ses créatures. Tel reçoit au jour* d'hui ses faveurs qui hier était aux pieds de i'éch»*

faad et sera demain em^ore suspect de trahison. Païf là il dissuade le petit nombre de ceux qui seraient enelios h s'attacher à lui. Ou dirait qu'il sent lui-même la frd^ilit<5 de ses lien« , tdnt il multiplie les sermens , tant il en varie les formules , tant il exige de garanties. Les eviénemens du mois de mars 18149 auraient dû pourtant lui apprendre combien peu il y a de sûreté dans ces ignobles précautions. Mais il lui faut une nouvelle et dernière leçon!

CHRONIQUE UTTERAIRE.

F'ie priy^e , politique et morale dé Camol; par m onsieur Bourrienne. — Deuxième Article.

J*ai quitté M. Bourrienpe pour M. Arnault , et j'abandonne un moment M. Arnault pour revenir à M# Bourienne. J'espère que les abonnés du Nain Jaune me aauront quelque gre du soin que je prends de varier leurs lectures , eu passant ainsi tour-à-tour de la poésie à la politique, de la fable au conte , du proscrit au prescripteur* Le favori du roi de France a cependant avec rhéritier de La^ontaine uu rapport que je dois indiquer \ c'est de n'appartenir à aucune académie^.. •••• pas même à celle de Hambourg. Les distinctions littéraires ont toujours eu pour lui peu* d'attraits. Il préfère h toutes les vanités académiques les solides avan-. tages que procurent la richesse et le pouvoir. Son am?^ ]t»ition n*a jamais été dirigée vers d*autres objets y aussi ^t-efte été. pleinemeat satisfaite : il y a peu d*homme$ aujourd'hui , même à la cour du meilleur des rois , qui soient environnés de plus d'opulence ^ et couverts do plus de crachats.

il est donc évident que M. Bourienne en écrivant la vie de Camot n'a pas été guidé par la puérile tenta-* tien d^acquérir une vaine renommée , et de disputer la palme de l'histoire aux auteui*» contemporains. De fJtt3 nobiei^ ntotilj^ «nt diri^^é 90 pliyne : il a voul»

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éclairer l'opinion publique i^garëe, en appréciant h sS ▼ëritable valeur une réputation dont l'éclat impose encore aux plus incrédules, et substituer, dans le' c^ut* de tant de Fi-ançais abusés, les sentimens de la haine et du mépris, à ceux de la reconnaissance et dé l'admijration. On apperçoit déjà combien la narration de M. Bourienne est loin de ressembler à ceJle de l'honnétè homme dont j'ai parlé. On a vu dans la tersion qne j'ai rapportée le tableau de toutes les vertus unies à tous les talens , ce que le patriotisme à de plus ardenf, la valeur de plus héroïque , le désintéressement de plus pur. On a cru lire en même temps l'histoire de Caton et celle de Léonidas Ecoutez M. Bourienne, et votre illusion va sV^vanouî'r aussitôt-, cette vie illustra dont le récit a fait couler vos larmes n'est qu'un roman inventé par une faction en délire •, cette modéra*^ tion dans le pouvoir, cette philosophie dans l'adver-feité , ce sacrifice illimité de l'intérêt personnel à celui de la patrie, ne sont que des masques habilement choisis pour voiler l'ambition la plus démesurée, Vdui avez cru, sur la foi de Thonnéte homme, que lei énergiques protestations du tribun Carnot contre lè consulat à vie et l'empire avaient leur source dan]i des senti mens aussi purs que courageiix. Détrompez-^ vous •, l'adroit tribun n'a recherché qu'à se singulariser à propos ; il n'a voulu sauver la patrie que par es* prît de contradiction, et, chose dont vous ne vous fieriez jamais doutés , si par hasard tous ses coHëguei eussent unanimement défendu la cause de la liberté , il aurait infnilliblement élevé la voix en faveur dd "despotisme. L'honnête homme voos a dit encore qu'au 26 janvier i8i4 le général Carnot disgracié depuis long-temps offrit ses services à l'Empereur qui les slq^ oepta avec autant d'empressement que d'admiration^ Contes d'enfant! La nomination de Carnot au gou-^ Vernement d'Anvers n'a été que le résultat d'une iji-* trîgue • il connaissait heureusement plusieurs gi^ndf ieigneurs qui «'intérç^sènent vivement à lui ^ et ce nt

fut qu!^ force de démarches, et de sollicitations qu*3 obtint la faveur d^aller s*enfermer dans une place fortt de la Belgique pour s'y défendre avec neuf mille braves conti-e plus de trente mille hommes qui l'assiégeaieut. La relation de Thonnéte homme contient encore beaucoup de traits, qui vous ont frappe au premier abord , mais dont le faux éclat ne soutient |>ar les regards de M* Bourienne. Croyez^moi , méiie«< TOUS désormais de toutes ces histoires fabriquées par d*honi\êtes gens ; leur plume timide u*écrit que sous la dictée . de Topinion populaire •,' leur voix n'est que Fécho seiTÎle de la crédulité publique. Jamais ils ne risquent un paradoxe ; ils /sont à genoux devant lef rénommées \ pojc populi yox dei est pour eux un pria» cipe invariable , une règle infaillible , un axiome sacré» Si jamais vous êtes tenté d'écrii^e Thistoire , gardei- Yous bien de marcher sur . les' traces de ces auteurs routiniers : des guides plus hoi^dis et plus éclairé^ s'offirent u vous ; suivez les avec coniiance. Votre héros est-il un homme chargé de mépris et d'exécration ? Vous avez dans M. Antoine un modèle que vous ne pouvez trop consulter. Celui dont vous retracez la vie est- il au contraire environné de Tamour et de la vénération de ses concitoyens f méditez Touvrage de M* Bourienue* c'est un fanal qui dirigera tous vos pas et vous préservera de tous les écueils.

L'histoire du général Camot mêle souvent h son récit des réflexions politico-satyriques qui attestent To* riginalité de son esprit et la vivacité de son dévouement a Tâuguste famille de seg rois. L'audacieux jugt de Louis XVI n'a pas craint d'avancer dans son mérmoire ce principe insurrectionnel : tjfue Iç monanfuc ne pouK^ait plus ligner du moment quC' son sceptre était avili. Étrange raisonnement^ s'écrie avec indignatioa M. Bourienne , ^ du moment qu\in sceptre est avili on ne peut donc- plus régner P Ombrez V histoire , M. Car^ not , et vous y trouverez vingt exemples du contraire f •t M. Bouritînne part de là pour citer ayçc cette oç^

gueilloiUe Aatia&etioD que donné une e<MiiiMSMn^ 9tpi profondie de l'hbtolre , ton» les rois capétiens qui se sont maintenus paisiblement sur le trdne en bravant lé mëpfis àe l^urs sujets. M. Ëôurienne qui a trop de n<ï^ blesse dans le oaractèife pour chercher à faire la cour aux vivants, borne avec soin cette interressante nomenclature à ceux des monarques français que la tombe ' a livrés an jugement de la postëritéii

Qu'importe le mérite littérinre de cet ouvrage ? C'est un genre de succès dont Mw Bonrienne jui-mémé ne fait autun cas^ J'avouerai dono avec toute har * diesse que son style n'est pas moins lâche que platk..ki après cela oses dire encore avec BuSbn que le s^ù est tout thomMe.

■: Z/hermite de BraharU*

^ Des prêtres \^ de leat dààtriné et de leur conduite en opposition 4t^ec tordre social et m¥ec ta ivraie reli^ gion. (i)

En général on trouvera daas Totivrage que nous an« nonçons, un acharnement exprimé Avec trop d'amertume ^ contre une classe d*hommes aujourd'hui peu jr^dou^ tables4

Nous gommes à tkn mauvais point de vue pour f ugei^ combien l'influence des prêtres est pernicieuse h la pros* périté et à la sûreté des états. Depuis 25 ans ils n'ont pris qu*une part indirecte aux affaires'pnbliques. Disper^ àés par la révolution , ils n^ont recouvré avec le con-=cordat que la portion spirituelle de leor autorité. Mais laissez ûùr pftndré un pied eke% vous , qu'on €^%%e un Inoment de réprimer Tinsolénce de leurs prétentions ^ qu'il leur soit permis de recruter des auxiliaires parmf les jésuites,, et Pon reconnaîtra , mais trop tard , la justesse de la proposition principale que contient cette brochure : c'est que Tordre social et la religion ne comptent pas d'eànemis plus dangereux que les prêtres.

(i) À Bruxelles , chez les principaux libraires et cliez !«$ marchands de nouveautés.

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