‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 47 sur 88 · SOCIÉTÉS ACADÉMIQUES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉS ACADÉMIQUES

Nous ne croyons pas pouvoir donner un gage moine équivoque de notre réconciliation avec l'auguste famille des Bourbons qu'en publiant une des]pièces qui ont con* couru pour l'éloge de la campagne mérididnale du duc d'Angoulême , proposée il y a quelques mois par l*académie royale de Lyon comme on peut s'en souvenir.

Ce sujet devait, d'après le programme, être traité en Ters *, mais l'auteur de la piëce qu'on va lire s'est moqu^ eu prc^ramme j ri a pensé qu'il était inconvenant que

hr eteduile Iférot^ue du duc: d*AitgDuléme fôt dflâirél dans la langue ées fictions et du menionge^ et c'est.saus doute, ce' qui est caoïae que l'acaqdémie ne lui a pas dë-fc cerné te prix. L'auteur, aussi modeste qu*ëloquént, n'a ]pa$ voulu se (aire connaître -/.il s^esH borné à signer son ouvrage des initiale^ J.» F^'^ce qui né laisse pas que d^ouvrir Hane carrière assez vastic aat eonj^cturçs. Cependant , flonime diaque^ outebr a s6nr cachet qtii lui est propre ^ quelques personnes* otit cm rfcoomi attire dans My J. F^ ^ndes aides- de*<»unp de son ailesse roy^ie^ quant à nous^ nous seinons assez disposés à croire' qiie c'est unofficief des' gardeoT du corps-/ peut-être le lecteur pên«èra-t-it t)e' scfrr côtil que ce pourrai^ bien éthe uA. dilft rédacteun^ «te ' POriécle où dti h^ Quotidienne. ■ '.

JPe la c€(mpa^âdè' S\ A^ R\ le dut d^jHg^oùKniè dans l^

Veuitj'vîdil et caftt«ra.

Messieurs*, • Le pancfgyriqlie des licros ordinaires n'est' que Diîa^ tQÎre des malheurs du genre humain. Les noms trop célèbres d'Alexandre, de César» de Chaf lemagne et d% r ^ant d'autres , ne i*ap(ielleiit que des idées de carnage et de dévastdtîoh; et la philantropie indignée frémit ett ^butant le récit de leurs déplorables exploits. Tels ne sont pas , mcssienrs, lessentimens qu'ex'citera dans votre &raé la péîhtiire'exacfe'cf fidbte'de's'iritistres'fàîfs de raoïv héros. Sa vie piiHCaire ne prAen^e, j'ose lé dire , qu'un èoHlThste perpétfciei avetfc^llé des" cortqnéTiitis q«e'je Vicns'dé nonirtiéi',' Guerrier pieux , humain et paciiîqueV Pbflipp^ Aht<rttte' n'a jamais répandu d*r sang dans lA cômbë'ls : la' campâfgite que nofti célébron^f^ijourd'hui est' ab^tilumdot la* seule qu'il ait f^iite , oui*f messieurs» 1»^ seule , et son' itrrtiée toute- entière' attefteria qnll la fit malgl^é liii , en même-temps que la, Franue reconnaîtra qu'elle n'a jamais joui d'ilnç^lme plus pur* d'une tranquillité plus parfaite ^ue pendant la dur^ de cette guerjfe mémor^Ic^i

Qoo^^

\ jL^ènvte , dpxit r-îctt pe désarme la X^re^ , nV poîn| J^argné Phtlji^pe J^toipe : c'est le ;s^r|: de, tous \pf. iiomfnea.eidtr0O^tdii)^ir/^s.d^èjijra ip^connu^ (^ leurs çon^ lemporain^^ fitfai jwMçe u^jc^^n^.li^orantiage ^Jex|r5 verUi^

^Mtf cCêfre sii^(^nt , a id^ pn ^autfspi' çf^l^re..,*. j^ qiLii.c,ç^ parole* 'pcM?;rr:a^ept-^ye9. mieux s'apjp^quer , miessieux'S^ tfu'aux iiieixj)^es d^ l'puiguste iAf7^i)lç des^u^-fao»? ?.,v JWais SI. l«l cai^moiç.pej^.tcrnjr rëcjf^ ^es pi;u? fep%? .ftclious ^ î|*apip«U7tie](it aux? i^crivain^ courageux de s'élever contre f^s ob^.ur^« attaques pt de,pafler d'ayapcp Je lang'age qjie; tieiddra Téquitablç poçj^riip.*... Ifeureujc suj#^ que celui où le panégyriste n'a besoin q.ue d'etrp Jiistorien , où la vérité est ^rop riche p^r .çUe-même pouf emprunter: d^s SiCjcour-s éti*angers !.•••• jVon , messieurs , je ne cl^iercherai point hors de rï\qiy h^o^ des ornenien^ qu'il désavouerait lui-même \, tout ce que l'imagination |K)urrait feiudre n'approcherait, p5>int ici de la réalité: pour atteindre le but que je me propose , il me si^ffira ,de montrer Pbihppe'Ântojn<^ tejfe qu^'ii. ^st* Tpop h^ujwx sî la ^opie retrace avec fidélité tous les traits de J'orîgioal ! . .

' Elle .est trop p^î^3:de iw)us encore cette époque Tii^ neste cm le meilleur des rois obligé de fuir devant 1|? plus iâcbe des Corses filla, seul ^ escorté de toi^tes ses vertus, et dans le pipa déployable abandon , solliciter auprès des nations étrangères )'appui que lui refusait 80Q peuple révolté» Ce monarque qui a toujours efj up «i tendre attachement pour tous les princes de sa famille, sans compter son auguste frère le roi martyr , jie goû,tait pas; même dans son infortune la triste consolation t[u'il eut trouvée dans la société de son neveu» Philippe ^ Antoine parcourait alors \^s départemens méridionaux qui allaient devenir le théâtre de sa gloire, e7(citait le zèle des* préfets et des procureurs crimjnels , punissant <d*avance et par un instinct de prc.scieï>ce^doiirable. l'esprit de sédition qui devait ^e manifestjer plus fard parmi les . protestants I et comprimait par une sévérité salu-

Qoo^^

taire tons les ennemis de ce trône qui sVcrouI&it li ioa

insçuet loin de lui 11 apprend que Tenne^i dn

genre humain et de sa famille a dëbarqu^ an rivage de Cannes avec six cents hommes , et menace TEurope

entière d'une nouvelle invasion Concevez-vous bien,

messieurs, tons les sentimens qui, à tette nouvelle, agiteoC

la grande âme de son altesse ? Faibles mortels ! voua

croyez qu'à ce coup terrible et inattendu un invincible

effroi va le saisir! Vous verrez tout-à-Theure ,

messieurs, si le petit-fils d'Henri Quatre' est capable d'éprouver la crainte. En ce moment tontes ses facultés sont absorbées dans une profonde^ méditation \ il a vu le danger , il le mesure dans toute son étendue ; iltfrooçoit, avec cette rapidité d'imagination que vous lui cod* naissez, le plan de campagne qu'il exécutera bientôt avec tant d'éclat. Il appelle sous ses drapeaux tous llss fidèles royalistes épars dans les départemens , et attend de pied ferme l'usurpateur trop prudent pour se mesurer avec lui.

Cependant lisi estafettes se multiplient : Grenoble est au pouvoir de l'ennemi ; l^n a ouvert ses portes......

fyon ! qu'ai-|e dit i o trop cruel souvenir ! Pardonnez, messieurs, h cette pailie de mon récit. Le prince est juste autant qu*éclairé ; il ne vous confond point avec une population* odieuse • il sait que la ville ne se serait jamais rendue^ , si Ton eût consulté l'académie: vous lui avez donné, en proposant son éloge , une preuve irrécusable de vos sentimens. Son altesse est fière d'op* poser le suffrage des gens de lettres à la haine des négociants et des manufacturiers*

Le ciol lui-même semble enfin conspirer avec la na^ tion pour trahir la plus juste des causes. La fortune a couronné tous les efforts du plus implacable ennemi de la France; le crime est heureux et triomphant*, je m'explique : Buonaparte a fait son entrée à Pans , et Tétendard aux trois couleurs flotte sur le palais des Tuileries. Tous les mots ont perdu dans la bouche du tyran leur signification habituelle \ la légitime résistancei

Qoo^^

êé Philippe Antoine est traitée de rébellion \ U perc«p4 tion extraordinaire des impôts est appelée brigandage ^ et celui à qui vous avez donne le titre si flatteur do héros est dénoncé dans des^ roclamations inoondiaires comme le chef d*une troupe de bandits. Trois généraux so.nt envoyés à sa rencontre , et le tyran qui les a dé-« signés coiuiaît si bien la haine dont ils sont animés contre leur prince légitime , qu*il ne leur donne pour les ée-m conder que de faibles détachements. Il faut signaler « messieurs , ces lî'aîtres à toute Teifcécration Ae la posté-* rite: c'est Grouchy ^ c'est Pire , c'est Giliy..... Tous les trois aujourd'hui sont en fuite, messieurs ; ils n'ont paâ esé soutenir'Ies regarda du héros lorsqu'il a reparu triom^ phant (fans l'héritage de ses ancêtresé

Les évènemens se pressent avec rapidité. Tout ce qwm les départemens méridionaux contiennent de nobles émi^ gl^és, de Vendéens illustres, de chouans intrépides s^e«t réuni avec transport sous îes bannières du petit-llla d'Henri Quatre. Plus da sept mille braves assemblés «ont prêts à suivre le prince dans toutes les directions oh il va se porter. C'était un beau Spectacle , messieurs ^ que celui de tous ces héros bordant la grande route qui conduit à Montélimapt , agitant leurs sabres dans les airs , et s'échauffant mutuellement par le récit de leurs honorables exproits.... A cet aspect imposant et terrible , le voyageur surpris se sent arrêté malgré lui et ne peut plus continuer son chemin. ••• Cependant le prince, monté sur un cheval magnifique qui surpasse en vitesse les plus agiles coursiers de laThrace, arrive précédé d'un nombreux état-major , et papcourt tous les rangs de ces braves. La pâleur d'une rage concentrée est dans ses traits ; tout son corps est agité par le frisson de la vengeance ; des larmes d'indignation roulent dans ses yeux. Tout-à-coup il tire son épée ^ chacun l'obaerve avec inquiétude , et le héros prononce cette'courle et mémorable harang^ue qui sera recueillie un ^our par rhistoii'e: « Braves défenseurs du trône de St.-Louis M et d'IIeni'i Quatre , le peuple français s'est soulevé V. 4. 5(>

Qoo^^

y. contre mon ôntle ; il Ta d^pouill^ de sa cùnrùhtkê if pour la placer sur le froR4: d*un usurpateur ; c'est à voua 1» qu*est réservée la gloire de la reconquérir* Vos pères » ont versé leur sang dans vingt combats pour la cause » de mes ancêtres : ce glorieux contrat passé sur le cheinip n de bataille entre vos ayeux et Ids miens , il me sera. % bien doux de le reneuveller aujourd'hui* {e suivrai 7t toutes les opérations; j'observerai tous vos mouvemens* « Quant à mon panache , vous le trouverez toujours là f oh il doit être. Braves soldats ! si If fortune trahit % vos eiForts , je m'en consolerai par le souvenir de vos 3 belles actions. Ceux qui auront le malheur de succomber ti deviendront immortels. Quant aux guerriers qui sur-^ » vivront , je ne les abandonnerai pas. Les campagnes i> de Touest leur sont ouvertes , la Vendée a encore des >» lauriers, et leur valeur peut s'exercer encore sur les wi- I» pénales* Braves soldats! je n'exige aucune contrainte^ » répondez-moi avec franchise : avez-vons envie de vous battre?.... Gueri*e , guerre, s'écrient au même instant tous ces valeui^ux soldats. Je partage vos sentimens , dit le prince , Philippe Antoine est digne devons^ vous êtes digne de Philippe Antoine*

A peine le héros a- t-il achevé ces mots , qu*un aide* de^camp arrive couvert de sueur et de poussière et annonce qu'une armée formidable s'avance sur la rive opposée de PIsère écrasant «tout sur son passage. C'était le général Grouchy à la tête de i5oo hommes. Le prince n'hésite pas un instant sur le parti qu'il doit prendre. Il ordonne aux avant-postes de se replier > fait mettre son armée en bataille, se poi*te aussitôt sur les flancs et des flancs à l'arrière- garde, pour examiner par lui-même si tous ses ordres ont été ponctuellement exécutés... Hélas! messieurs, pourquoi faut* il que ma plume décrive les malheurs de cette journée? pourquoi suis-je condamné h retracer des désastres que je voudrais racheter de tout mon sang?.... que ne suis-je dans les champs de Waterloo , au lieu d'être sur les rives de l'Isère ?«. ô douleur ! ô souvenir exécrable!««

ie sublime excïs de zMe çt de sages précautions , cette infatigable activité d.u hëros qui voudrait se multiplier et être présent partout à la foi« , sont précisément ce qui lui a été funeste. Des émigrés, des Vendéens ne sont point des soldats ordinaires -, ils ne se battent pas comme des automates \ ils ne se laissent pas emponer . pai* un courage aveugle et irréfléchi. Ces braves n*appercevant plus le prince au milieu d'eux s'imaginent que la bataille est perdue , le désordre se met dans tous les rangs , l'épouvante s'empare des. plus intrépides et chacun cherche son salut dans la fuite. Soldats de l'usurpateur cessez d'exalter ce triste et facile succès.... l'impartiale histoire dira que l'action ne fut pas même engagée, qu'un seul coup de fusil ne fut pas tiré , qu'une âeule goutte de sang ne fut pas répandue *, elle dira à la gloire des troupes royales qu'on ne leur a fait aucun prisonnier.

Cependant l'armée se disperse et ne peut plus être ralliée. Quelques détachemens isolés rejoignent le héros et lui servent à peine d'escorte. •«...• Hélas ! messieurs , la fortune lui réservait un coup plus cruel encore quo^ celui qui vient de le frapper. Il apprend que sa chère Cioia^ cette fidèle épouse qu'il aime comme une sœur, est réduite dans Bordeaux aux, plus tristes extrémités^ il l'apprend , et sa position déplorable le condamne à

ne faire pour elle que des vœux trop impuissants ! Ca

dernier malheur détermine sa grande âme. Il n'attend pas que d'insolents plénipotentiaires viennentjui dicter une capitulation offensante. Des officiers vont en son nom annoncer au quartier- général des rebelles la résolution qu'il a prise de quitter la France; Cette pro-< position est acceptée sans aucune restriction •••• Le vaisseau qui doit transporter le héros est frété aux dépens de l'usurpateur.. •• Il part accompagné d'un petit nombre de serviteurs fidèles , et semblable à ce marin que son malheur a rendu illustre , il recommande son âme à dieu et sa vengeance à P Angleterre.

J'ai rempli ^ Messieurs , l'honorable et pénible tâchf

Qoo^^

que je m'étais imposée. Je Tpas ai présenté Philippe-^ Antoine au milieu des horreuis de la guerre : cî^autres le peindront dans les douceurs de la paix , s^exerçant aux travaux politiques. Je vous ai montré le héros } •vous n'avez rien vu : c'est Tbomme d*état qu'il faut connaître. '

BOUCHE DE FER

Page 1