‹ Le Nain jaune réfugiéChapitre 52 sur 88 · COUP-D'OEIL POLITIQUE · texte numérisé non relu

COUP-D'OEIL POLITIQUE

Apr^s un an d^lne sanglante monotonie , quelques nuances légères attirant de nouveau tous les regards de TEuropc sur le tableau de la France. Jusqu*i.ci rien n*est changé si ce n'est le langage du prince. La chambre; m'est plus \ mais elle vit dans st$ lois ; l'impulsion qu'elle, a donnée subsiste \ son règne se prolonge alors néme

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«piVlle a disparu ; et la sation entière cotirKc encart la tête tous ,1e joug que lui oot impose les nobles qui ont enfin cessd d*etre ses législateurs. Nous ne pr^tendons pas ici émettre une plaint^ ; mais consigner dd fait : les lois , quelque impure qu^en soit la source , les lois commandent tant qu'elles ne sont point constitu«tionnellement abrogées. Mais on ne saurait trop regretter que le monarque ait attendu pour provoquer le libre choit des vrais représentans du peuple, le moment où ce peuple ne jouit d*aucune espèce de liberj^é. Quel-que confiance que puisse inspirer Tordonnance du roi , la loi des prévenus , les cours prévôtales, la présence des autorités dont la conduite récente n'offre pas au* tant de garanties que celle de sa majesté , intimideront un grand nombre 4*^lecteurs et justifieront peut-» its:ç les doutes qu*on élèvera sur Tindépendance de leurs votes et sur la constitutipnnalité de la chambre nou-velle.

Ces graves inconvéniens , dus au malheur mên»e dea circonstances que Ton se propose de réparer , pouvaient cependant disparaître en partie. On aurait pu , en fa« veur de la nécessité et dans l'intérêt même de la cons* titution , se relâcher un peu de la rigueur avec laquelle on maintient la stricte exécution d'une loi qui doit expirer à la prochaine session : nous voulons parler de la loi qui enchaîne la liberté de la presse. Il nous semble que le meilleur moyen de répondre d'avance à toutes les interprétations \ de convaincre et les Français et les alliés, de calmer toutes les inquiétudes , eût été, non pas d'abolir la cens.ure , puisqu'un pareil acte, ne pouvait légalement avoir lieu , mais d'enjoindre aux censeurs dé fermer les yeux sur les opinions individuelles manifestées par la voie des journaux et des écrits imprimés.

Cette réflexion nous est suggérée naturellemen* par le désir que nous aurions de satisfaire la juste curiosité de nos lecteurs et de guérir l'incrédulité d'un grand nombre d'entre-* eut ^ en bgur offrant une peinture exact»

Je la situation des choses et des esprits en France de^. puis la dissolution d'une chambre tiop fameuse. Toute* fois nous essayerons de suppléer rabdence de la li-^ bertë de la presse , et de saisir quelques lueurs à travers les ténèbres qui enveloppent l'exécution de l'ordonnance libérale de sa majesté: nous présenterons à cet effet à la sagacité de nos lecteurs le résumé comparatif des nouvelles et des réflexions consignées dans les journaux de France , dans les journaux étrangers et dans les renseignemens partifiiliers que nous avons obtenus.

Le jour qui précéda rordonnance royale , les feuilles françaises conservaient encoi*e leiir caractère de bassesse et d'exagération. I^ jour qui la suivit ne fut marqué par aucun de ses élans si naturels aiix cœurs français : seulement , /e Journal G^pe'ral , l'ancien panégyriste de la chambre , s'écria que le renvoi de cette clxambre, sauverait peut-être la France. Le Journal des Débats^ releva cette expression avec amertume , et prétendit que ^t acte de l'autorité souveraine avait uniquement pour but de i^ieillir la chambre haute , et de limiter le nombre des députés d'après les termes de la charte \ il ajouta N que S. M. n'avait point eu l'intention de retracter par cette mesure les justes éloges qu'elle avait prodigués à cette chambre composée de ses sujets les plus fidèles et les plus dévoués. Le Journal de Paris dans un article dont l'intention véritable n'est pas fa-» cile à saisir , affirma, sans le prouver, que dissoudre la €hambre , ce frétait pas la punir ; que Quêtait encore moins la craindre* Le Journal des Maires , cité par le Moniteur , répondit en ces termes : « Le considérant de cet acte mémorable est d'une clarté qui ne permet aucune équivoque. Ce n'est pas simplement Texécutioix d'un article d£ la charte , c'est le retour ferme et dé^ cidé aux principes consacrés par cette loi fondamen^ taie \ ç*est une déclaration solennelle qu'aucune atteinte ne lui sera portée désormais \ enfin , c'est une mesur» lie la plus haute et de la plus loyale politique, et tell»

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iftiM n'en existe point (Texemple dans les fastes deâ peuples. » Quelques articles dans le même sens et dont la rédaction était identique , parurent peu après et Ict même jour dans divers journaux. Le Jàumai de Paris i^nnonça qu'k la nouvelle de la dissolution delà chambre , une allégresse générale tétait manifestée dans les dépars temehs et que ton s*embrassait en pleine rue ; quelques autres journalistes, répétèrent cet article y oubliant aussi bien que leur confrère , qu'ib avaient cent fois parLf de Vallégresse publique dans un .sens absoîument op-* posé. La Quotidienne qui ^ jusqu'alors , avuît gardé ui silence profond , s'excusa en disant i « qu*^il y avait unç grande différence entre un projet de loi et une Ordon-^ nance : qu'un projet de loi par ee!a même qu'il était proposé provoquait la discussion , mais que Tou devait s'abaenir de discuter une ordonnance qui est un acte impératif de la volonté souveraine. » EÏte se rangeait^ du reste , à l'avis du Journal des Débats. Une feuilhe clont \e titre, et autant que les circonstances le perinettent , la Véracité , inspirent le plus d^intétét et de confiance , le Constitutionnel parla en peu de mots et •vec beaucoup de circonspection d'un événement qui occupait exclusivemeut l'attention publique. Depuis , la plupart des journaux se renfermèrent' dans leur siience accoutumé et reprirent leur couleur habituelle. Si cetta mesure ne surprend pas delà part du Journal des Débats , de la Quotidienne et des autres journaux du parti des ulira ^dont les éloges avaient été obligés ; on a droit de la remai*quer avec étonnement dans une fbuîHe con«sacrée h la défense des principes, surtout lorsque l'on sait que ni le talent , ni la fermeté, ni le patriotisme ne manquent à ses rédacteurs. L'étonnement s'accroît encore lorsqu'on le voit user d'adï'esse et de subter-^ fuge pour glisser , h la dérobée , dans des articles litté<-> raires , quelques traits , quelques réflexions qui , aprèa f ordonnance du cinq septembre sembleraient devoir former chaque jour le sujet d'un article spécial. Oa nous répondia que si Je Constitutionnel se ti^t^^

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lo Journal des Maires ^ toujours cité par le iKfonfteicr, et enfin le Moniteur lui-même ; de son propre niouve-ment , ont donné plusieurs articles à l'occasion des élec^ tions prochaines.

Le Journal des Maires contient en eflFet une espèce de circulaire dans laquelle il gourmande les électeurs «ur le peu d* empressement qu'ils montrent pour rcnvplir les importantes fonctions auxquelles ils sont ap^ pelles ^ mais il ne nous dit pas si ce peu d^empresse^ ment est l'effet de la crainte ou d'un défaut de zèle.

Le Journal Officiel consacre plusieurs colonnes à prouver que Vautorité royale est la meilleure garantie de la constitution ; ce qui porterait à croire que des,doutes ont été manifestés à cet égard ; il insiste sur la smcêrite du retour à la constitution , et répète avec une sorte d'affectation que Vautorité du pouvoir royal ne manquera point de vigueur pour faire respecter la vo-lonté constitutionnelle de sa majesté. Il tance d'un ton presque menaçant certains individus qui lèx^ent déjà lu tête , et qui, fiers d'une première uicloire , voudraient user de la liberté dont ils jouissent à peine contre ceut qui leur accordent cette liberté. N'est -il pas surprenant, s'écrie - t-il , que des gens qui pliaient avec tant de souplesse sons le jçug , montrent tant d'audace àh» qu'on cesse de l'appesantir sur eux ? Le Journal Officiel du 17, s'avance,' seul, et combat dans l'arène commune à tous les citoyens ; et tout en avouant que la cbambi^s était le centre d'une faction , il tonne contre ceux qu'il ti*aite de Jaction réi*olutionnaine et dissimule 1 peine l'espoir général,

(i) Au jourd'huile Constitutionne Ih^zarde un second article oii un œil pénétrant et bien exercé peut entrevoir, au milieu d'un déluge de précautions oratoires , l'intention d'insinuer que les nobles ne doivent pas être eiçclusivement choisis pour 'représenter la nation. Cependant le Journal des Maires , toujours cité, par la gasette officielle , se déclare formellement pour les pi>Bi-

(i| Voir tous lc< Journaux du 8 au 18 ,* îuclusitMutnt.

prit^tairfl»; ( et Ton sait ce que les royalistes enten^ dent par ce mot }• La Gazette de Fnmce annoncç positi /ement «que tout le mondf? est on ne peut plut content , qu*on s*inq^iëte fort peu si Tordonnance a éié suggérée ou non ^ qu'on se ferait un crime de douter de la bonne foi d'un souverain qui daigne lui-même et de soD plein gré mettre des bornes à sa puissance. )| Les autres feuilles se taisent ou copient le Moniteur.

L'aridité même du dépouillemeiït que nous venant d'achcvei*» n'est point sans . intérêt ; car, ou fordonnance du 5 septembre a été accueillie avec indifférence et froideur , et un tel accueil serait la plus injurieuse satyre des intentions du gouvernement ^ ou cette or* donna nce a produit son effet naturel , a éveillé tous les intérêts , remué toutes les passions , et alors le& esprits sont d'autant plus agités; que les journaux sont plus mornes*

La triste certitude que dans les feuilles publiques tout est dicté, jusqu'au silence, ne laisse à l'observateur curieux que la fastidieuse ressource d'interpréter ce silence même en rat^on des circonstances , de la nature des sujets , de la moralité des rédacteurs ; ou d'étudier l'idiome des journaux , de deviner ce qui est dans ee qu'ils disent , d'épier leurs inadvertences , de rapprocher leurs contradictions, He saisir leurs moindres aveux. A l'aspect du travail pénible et tous les joura nouveau auquel doit se livrer quicoo que veut avoir une idée plus ou moins exacte de la véritable situation de^ la France, on ne peut se défendre d'un préjugé dé^ favorable sur Ja politique d'un gouvernement qui né marche que dans l'émbre et par des voies tortueusea pour atteindre un but si noble en apparence et qu'oi» ne saurait avouer trop hautement.

Si les journaux de France sont muets ou peu s'en. faut , sur ce qui touche personnellement les Français ^ ce n'est pas la sécheresse que l'on reprochera aux Journaux étrangers sur des -intérêts qui ne sont pa«. les leurs. Nous né parlerons ici que des feuilles aa^

glaises comme ^tant Te mieux et le plus promptement informées : et plaise au ciel que U franc parler sur les affaires du continent ne leur soit pas bientôt uni^ quement dévolu*

Les feuilles d*outre mer dévoilaient les intrigues diplomatiques et ministérielles qui agitaient le cabinet des Tuileries long-tems avant qu'elles n'éclatassent* Les échos de l'opposition en prédisaient l'issue prochaine et favorable : les organes du parti des princes en combattaient les avantages avec chaleur,' et lorsqu'enfin rordonnance du 5 parut, si les avis furent partagés sur le %ode et la nécessité d'une pareille mesure', si des chants de triomphe ou des plaintes «mères se firent entendre de l'un ou de l'autre côté^ ai l'honneur en fut attribué par les uns à/la coalition toute entière des puissances , par les autres aux coïtseils de Wellington, par un graifd nombre aux intrigues et à l'adresse de quelques ministres*, £ous s'accordèrent % dire que cet acte avait été surpris et arraché à Louis xvin ; tous s'accordèrent dans le récit de la lutte qu'on eut à soutenir, des refus réitérés, de la cons-> tante opposition de sa maje&tc. La veille encore, elle répétait : « Je n'ai jamais rien promis en vain ; j'ai « donné ma parole que la session de 1816 serait ou- « verte le ler. octobre, et parmi tous les motifs allé- ^ gués , je n'en ai trouvé, aucun d'assez puissant pour « me faire manquer à ma parole. «

. Cet accord unanime , la pensée du prince plus d'une fois manifestée, les délais apportés h*une mesure si urgente, ne permettent pns de révoquer en doute la vérité de cette assertion. Mais, dans ce cas, une or- 4onni^nce étant y comme )e dit la Quotidienne^ un acte 4e la volonté royale, quelle garantie offre pour Ta- Xfinir cet acte particulier de sa volonté momentané-* ment séduite ou intimidée, en ^opposition avec la irolonté générale et fixe du souverain ? C'est ce qui «vpliqnft et justifie les documcn* qui nous sont par-

venus et cette sonrde rumeur quî gronda «t rttentit ju&qu 'au-delà des frontières.

Aussi , h en croire ces documens , Tincr^duliti^ est presqii'universelle. De toutes parts on demande des garanties : de toutes parts on \es cherche en vain : elles ne reposent que sur les institutions : ces institutiotisne sont plus 9 ^t desfkiroles ne leur rendent pas Texistence* La mJfiance entre les individus se joint encore à la méiîance géne'rale» On n*ign6re pas que Tarmée de la police est par-tout invisible et présente : si les ^chafauds reposent , les loi» de la chambre et les cours prévôtales peuvent à chaque instant leur j^endre ^activité. On n'a point oubli<^ le serment qui commande ^ux roya* listes la dénonciation. De bonne foi , un appel à la franchise des citoyens lorsqu'ils sont environnas de pièges , un appel à la «libre émission d^leurs votes , lors* que toute pubhcité esj interdite , n'est-il pas un appel dérisoire ? Voilà ce que les plus hardis se confient à l'oreille : le reste se tait , et parle assez par son silence. Vous m'accusez de lâcheté , disait un électeur , parce que j'hésite h me rendre à mon poste? Il y en aurait davantage à m'y rendre pour voter contre ma conscience t et pourtant ou sont les garanties de l'inviolabilité d« nia personne. Ne peut-on pas arrêter comme/?neW/ii/ celui qu'on n'ose atteindre comme électeur ? Si l'on m'écarte par la violence, devant qui me sera-t-il permis de pro-' tester, puisque la presse est* enchaînée ? Donnez-moi une preuve de fait de la sincérité de cette conversion tant prônée dans les journaux : dans quelle ville les cachots ont*ils été. ouverts ? Quels sont les exilés que l'on a rappelles ? Où sont les assassins que Ton a punis f Que dis-je punis , lorsque plusieurs d'entre eux noua président! Cinq ou six préfets, ont été remplacés, j'en conviens , mais la plupart demeurent en place , et dieu \reuille que leurs subordonnés votent librement soua leurs yeux !

Peut-être ces craintes sont- elles exagérées \ mais elle» ne sont malheureusement que trop générales. B'un autre

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côté, le parti en apparence vaincu, la faction dd la chambre, comme Tappelle le Moniteur^ faction qui n'en gouverne pas moins la France par ses lois, les Purs enfin jettent les hauts cris, et font circuler des pamphlets anonymes où Jes reproches, les récriminations et les menaces , ne sont point épargnés. On les croit ^uis-« «arament soutenus^ et bien des gens ne doutent pas^ 1^ vu Tinfluence exercée sur les collèges électoraux , qu'ils ne reparaissent h la prochaine session du moins dans la personne de leurs amis« Dans ce conflit d'opinions ^ d'intérêts opposés , de terreurs , de souvenirs cuisans d'appréhensions plus ou moins vives \ il se manifeste cependlint une sorte d'espérance que l'on ne s'avoue pas , mais que l'on éprouve. Le plus léger change* ment est un bien quand le malade est désespéré : il peut ameuei* une crise favorable , peut-être une guérison compiette. Qui sait ? il n'est pas impossible que la chambre soit vraiment nationale *, ne le fût elle pas , un seul député courageux peut élever une voix libre , et opéiHîi' bien des réformes. . Quelle gloire d'attacher son nom à une époque mémorable \ de maintenir par son dévouement l'intégrité de la constitu* tion, et de rendre ainsi la liberté à ses compatriotes! Encore une fois , un seul homme, doué de quelqu'énergie et de quelque patiiotisme, peut seconder les intentions du ministère au-dél« de ses espérances : et pourquoi ne s'en trouverait-il qu'un seul? Cette idée console et encourage tous les Français , que leurs longues misères n^ont pas entièrement abattus.

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