LES CONTRE-VÉRITÉS ET LES ANTIPHRASES
ou l'art de dire ce qu'on me dit pas.
Toute vérité n'est pas bonne à dire : c'était assez l'avis de Fontenelie , et c'est tout-à*fait le mien. Pour «n menteur châtié par hasard vous trouverez cent
honnêtes gens victimes de leup franchise. Des milliers d'individus sont payés pour trahir la vérité, aucun &'est gratifié pour la dire ^ aussi n'est-il rfen de plus rare dans le monde que la vérité^ on ne sait où la prendre : tous les poètes assurent qu'elle habite au fond d'un puits *, si cela est , le mensonge est logé in<finiment mieux qu'elle.
Le roi Jean , qui en valait bien un autre , disait que si la bonne foi était bannie de la terre, Me devrait trouver un refuge dans le cœur des rois. Le roi Jean entendait, par la bonne foi, le respect de sa parole, la fidélité à ses engagemens ; et c'est déjà quelque chose ; mais il ne prétendait point par-là autoriser ses sujets à s'exprimer librement et avec sincérité sur son compté. Je suis sûr qu'il aurait trouvé très-mauvais qu'on se permît de lui adresser des remontrances, lorsqu'il fit assassiner le comte d'£u , son connétable.
Quand on dit que les hommes ont de l'éloignement pour la vérité , cela signifie seulement qu'il ne leur plaît pas de l'entendre , car ils aiment passionnément 2i la dire. Malheureusement les périls de toute espèce attaches depuis long -temps à la sincérité rendent l'exercice de cette vertu aussi pénible qu'il est hono-^ Table. II n'y a que des morts dont on puisse dire sans trop d'inconvénient oe qu'on pense ; encore fautil que le temps ait refroidi leurs cendres et sùflisamment vieilli leur tombeau. On peut, par exemple , affirmer aujourd'hui sans danger que Néron et Galigula fie furent que des monstres couronnés. On ne risque rien de se donner carrière en retraçant les attentats de Frédégonde , d'Isabelle de Bavière et de Catherine de Médîcis. On peut encore, si Ton veut, prendre quelque liberté avec Louis xi , avec Louis xm surnommé le juste , parce qu'il naquit sous le signe de la balance , avec Louis xv dit le bien-aimé , sans doute à cause du grand nombre de ses maîtiesses ^ mais je ne conseillerais à personne d'aller fort au-delà. Je cou* nais vn écrivain qui \ic s'appeHo pas Antoine et qui
iflait sur le point de publier une histoire de France beaucoup plus ^ndue que toutes celles qui ont paru |usqu*à ce jour. Je Tai vu , je lui ai ooosetUé d'at<^^ ten4re, et il attendra* '
*— Quoi ! faut^il donc se borner li détester en silence les vrces et les crimes des contemporains? Faut-il se résoudre à ne dire la vërité qu^à des ombres ii quS «lie est inutile et qui probablement ne Pentendent pas? — Kon sans doute-: aussi d'excellents esprits ont-ils inventé depuis long'-temps un procédé ingénieux au moyeu, duquel on peut dire tout ce qu'on pense en évitant tout ce qu'on craint ^ «dénoncer les plus condamnables ^ excès du pouvoir avec le ton de la flatterie , et ridi-^ culiser la sottise avec toute la politesse imaginable^' c'est ce qu'on appelle une contre ^ stérile ^ ou une on/^ phrase : espèce de figure de rhétorique qui consiste ^' énoncer une proposition dans' des termes absolument contraires au sens qu'on lui donne , tour de force uniquer pA* lequel on fait servir le mensonge au succès de li^ vérité.
C'est par antiphrase que les anciens donnaient aux trois furies le nom à^Euménides qui signifie divinités bienveillantes y ou si Ton veut, anges consolateurs» Ce fut probablement par antiphrase qu'on appella au« trefois du nom de franche ~c omté , une province fran^ ^ise dans laquelle la plus grande partie du peuple «e composait de serfs, et oîi toutes les terres d'un vî-< lain mort sans lignée appartenaient de droit au sei-^ gneur foncier. Quand Boiieau, feignant de se recon^^ cilier avec ses ennemis , s'écrie avec l'accent de la fran-n chise et de la candeur :
Je le déclare donc, Quînaolt est un Virgile, il déguise sous le voile d'une contre-vérité très-plaî^ fiante une épigramme très-déplacée contre l'auteur d*Atys et d'Armide. Quand le même ppëte compare Louis XIV au héros Macédonien, il ne dit pas une contre-vérité , mais un mensonge ^ ce qui est bien di^
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lérenU Le mensongt peut être uile cliose fort ntfle^ jDais ce n*est pas une figure de rliétorique.
On conçoit aîsdfnent toute la puissance de ce res* sort oratoire entre des mains habiles et expérinient^es. jC*est une arme dont la trempe est aussi vigoureuse itfue la forfne en est agréable, et avec laquelle vous blessez ii mort votre ennemi sans qu'il ait le droit de proférer une plainte. Avez-vous affaire à un despote ignoble et cruel, la honte du trône et Thorreur des peuples, lâche dans le përil, atroce dans le succès >, et ipélant à la volupté de tous les vices, l^jpoCrisie de toutes les vertus? préconisez la douceur de son gouvernement, vantez la loyauté de son caractère, ^xaltHK la félicité de ses sujets. Dites effrontément qu*il est plus hi^rnain que. Titus, plus populaire qu'Henri iv , plus valeureux que Napoléon^ plus tempérant que Charles XIL... Ccn est assez. La public vous a entendu, et Toriginal est trahi par Tinfidélité même de la copie.
L'idée seule de la feinte vous révolte? l'emploi de *]a ruse la plus innocente a pour vous quelque chose d'odieux? Vous voulez dire une bonne vérité; mais vous entendez le faire sans déguisement et sans détour? Héfléchissez-y bien , je vous prie. Il vous en coûtera, s'il vous plaît, cinq cents florins, au plus bas prix : ce n'est pas marché donné, ce me semble, et le plus riche pourrait bien se ruiner en très -peu de temps. Vivent les contre-vérités ! ! On les répand par centaines et sans bourse délier. C'est un charme... Et les rieurs, les comptez -vous pour rien ? croirez-vous être bien plaisant qtiand vous direz de tel officier soi-disant Français, qu'il n'a jamais manié l'épée de sa vie, et qu'il ne s'est élevé à la plus haute dignité militaire que par la bassesse et par la trahison ? ne voilà-t-il pas quelque -
chose de bien drôle ? vantez-moi au contraire sa
l)ravoure, son désintéressement , sa fidélité. Comparez* le hardiment u Turenne , à Villars^ ^ Catinat , et [e
Toifs réponds que tout le monde va pouffer de rire d«l puis Dublin jusqu^à ParU.
* Il n'est chose si bonne ici bas qui n'ait avec elle se^ inconvénients. L-usage de l'antiphrase est d'une utilité incontestable , mais le lecteur qu'oiT li'a pas mis danr la confidence, ne voit pas toujours la malice oîi eWé cfst , et la voit quelquefoi où elle n'est pas. Il y
a des gens qui ont offert de parier que tous* les dtsV cours proniyncés depuis un an par Mr. Bellart et par M. • Dambray , toutes les adresses des chaitibres , «Telles des préfets et des conseils généraux sont autant de contre - vérttés adroites et piquantes. Le^ autres ne veulent y voir absolument que de grossiers mensonges. Il faut nécessairement que ce soit l'un ou^ l'*autre. Mais la question me paraît difficile à résoudre)^ j'avoue franchement qu'elle m'embarrasse et je demanda trois mois pùtir y^ répondre.
~ Inutile de dire que lès coiltre* vérités ne' sont de con« venance*qu*à Tégard des grands de la terre. Aux mis4»' râbles on ne doit que la vérité, toute la vérité, riea' que la vérité. Ne v6ilà-t-il pas une plaisante engeance jiour qti'on ^ torture l'esprit à lui faire des antiphrases? Ne faudrait-il pas preridi-c des gants avec cette foule' de drôles' qui n'ont ni dignités ni titres et qUi se mé^w Jent d'être impertinents ï Non sans doute , qu'ils se ftchent s'ils en ont envie ,' nous leur répliquerons avec Figaro : es-tu prinfcé pour qu'on te flagorne ? SouSrif la vérité , faquiii , puisque tu n'as pas de quoi pàyei^ lin menteur*
BIOGRAPfflE GÉNÉRALE
PES CHEVALIfiES DE L*£T£IGNOIA*
Cboiseul ^ ( le duc de ) , si connu par la douceur de •es mœurs , ses qualités sociales et la s&reté de son Gom-«. merce , dans tous les spectacles et dans tous les salons' iQ Farx«« Ccst k c«r titres pr^squ'autant que par ^m
titre , <fue M. le dac de Choiseal a été perttf à ta cliraibr# des pairs -, là , il s*est jette les yeux fermés dans les bras de MM. d'Âmbray , Montesquiou et Ferràed , aree tant, d'abandon qu'on en vint ii douter s'il n'avait pas fait violence ii sa vocation en recherchant avec tant ds. vivacité depuis trente ans tous les lieux oii il pouvait appercevoir de la rue quelques lumières de plus que d» coutume.
CoifSTAiiT k> de Eebecque (Benjamin *)«. A ce nom pit>fane nous devinons l'étoonement de nos frères : quoil diront-ils , celui qui travaille depuis vingt ans à éclairer les hommes sur leurs v;rais intérêts , celui dont le près* ]mier ouvrage fut écrit pour prouven le danger detf réactions et l'inutilité de' la terreur dans le système politique, celui qui mérita l'honneur d'être exclu du tribunat pour avoir défendu les droits de la nation contre le despotisme^ cet amant constant de la liberté qui voudrait nous livrer à tous les périls de la liberté individiyielle , aux hérésies de la liberté des cultes , auK insultes de la Uberté de la presse et à tout l'éclat d'une représentation nationale y enfin ce disciple des philosophes y cet ennemi des ténèbres doit-il prétendre k l'insigne honneur de voir son nom dans les fastes de notie sombre histoire ? Nous répondrons à ces justes xéclamatioDs en priant nos frères de jetter un coup^d'œil sur la tragédie de ^Valstein , le chapitre de l'esprit de conquêtes , l'acte additionnel de la constitution de mai x8i5, et sur cette professiou de foi (i) dans laquelle l'auteur prouve si évidemment que le plus fin politique peu} devenir la dupe d'un charlatan couronné , et que îhomme le plus éclairé peut se laisser aveugler par œ rayon de gloire*
Ces différents essais dans le genre obscur méritaient p. si non des récompenses , du moins des encouragemens^ ■ FiivÉE k s'enrôla tout jeune encore sous la baftnière que levait en ces-téms là le vénérable Geoffroy contre les lumières et la liberté* On sait que le premier coaw '^) Chapitre XX du p4a<vp«i dt^ politiqa#|
lui daignait sourire aux efforts de la pieuse croisade $ 0OUS ces auspices notre héros opéra un débarquement en Angleterre qui pensa coûter à la nation britannique «a constitution*, les lettres qu'il envoya de Londres à cette ^^poque au journal des Débats, démontrent victorieu'tfement la sottise de Delorme et de Montesquieu , et l'absurdité de ce prétendu chef-d'œuvre. L'histoire dira comment ce fut une des causes occultes de la rupture de la paix d'Amiens.
Depuis ce moment M. Fiévée toqr-à-tour journaliste , maître de requêtes , conseiller du prince , préfet et membre de la chambre des députés , a milité glorieuse* ment pour la plus grande gloire des saines doctrines. .* M. Fiévée méprise Fénélon ; il lui reproche d'avoir donné des leçons aux rois ; M. Fiévée aime mieux ap-f jMuremment qu'on leur donne des renseigneroens.
FounQVEVAiTx ^ ( M* le marquis de ) l'admirable mé^ eanique ! cela passe l'imagination ! Bon dieu quel enthousiasme , qu'avez-vous donc vu? Ce que j'ai vu lé Phonorganon , instrument auquel , M. Robertson fait prononcer des phrases entières* N'est - ee que cela T C'est bien la peine de se récrîer; un jour à la chai»« I>re des députés, j'ai entendu,* moi qui vous parle, prononcer un long discours contre la liberté de bt presse, par un phonorganon bien autrement étonnant ; cet instrument articulait clairement > il ne manquait pas un mot , pas une syllabe. v
MoBEAu ^ ( Madame , née Hulot )• Ouvrage parfait d'upe mère dont miss Egdwoi'th a tracé le portrait. Dès l'âge de dix ans elle répondait dans plusieures langues^ jouait du piano pour tout le monde et ne dansait déjà plus pour son plaisir* Aucune femme n'a poussé plus loin le métier des arts et l'ambition du succès : sacrifiant toujours le désir de plaire à la volonté de réussir ^ ton cœur n'a jamais dérangé les calculs de sa raison.; e'est par les avantages d'une nature aussi supérieiire «[u'elle est parvenue à devenir la femme d'ua kétûB 4^SaU et la yeun d'à» (éa^al lum^
NOTICE Sur ta vie et les ombrages de M. J. de Chênier.
DEUXIEME JIETICLE.
Les faits qai se rattachent aax représeotatioiis de Cdius Gracchus , nous ont fait empiéter , sans nous eq •pperceyoir , sur Tordre des c véueueus. Reprenons-le* Chénier avait donné deux ouvrages nouveaux et ei^ lésait répéter un t|-oi5iè;iBe iorsquM se vit contraint à Tenoocer momentanément à la scène. Les deux .pre-r aaiers ouvrages sont Jedn Calas et Ftnélofi \ Timoleou est le troisième.
Jean Calas y qiie Tautenr n*a pas voulu flétrir du nom dé drame, d'après la condition des personnages, et la na^ ture des intérêts quou y discute, paraît à certaines personnes ne pas devoir prendre, le nom de tragédie» Cependant, si l^on considère que dans cette pièce, oit les genres ne sont pas mélangés , Tiuitérét est grave, le style noble et pathétique \ et que les scènes les plui touchantes sont terminées par un dénoûment terrible ^ lui donnera- t-on une dénomination qui le rabaiitee att xii?e«tt de VHonnéte Criminel et de la Brouette diê yinaigrier f Ne plaçons pas Calas auprès de Phèdrm DU de Zaïre , mais pJaçons-le auprès de Mélanie , que ,^ irn le sens vulgaire*attaché au mot drame , aucun hommû de goût n*est porté h appeller drame y bien que Tin-r térét de cette pièée semblé ne résulter c^e d*intérét& prives , et que les personnages qui y figturent ne soient pas des hommes publics. Mélanie et Calas , au ^t , ont plus d'un rapport ensemble. Dictés tous deux par le même esprit, produits d'une philosophie amie de Inhumanité, tous deux attaquent les crimes du fanà-^ tisme et prouvent que la piété éclairée ne peut pae différer de la philantrdpie* Tous deux- appartiennent ^ dés hommes d'une raison et d*un talent supérieurs, ▲vouons pourtant que sous le rapport du goût LafUUpf^ a Favantage iû sur Chcniec > U a jaieux senti , loieiijt
sJb^ttTTÉ les convenances : son style totijoih*s noble est toujours uatuvel. C/ténier Âonne quelquefois dans Tem* phase ^ et c>st dans le rôle de la servante de Calas ^ <■ que ce défaut se fak sur-tout remarquer* »
Ce devant ne se trouve pas dans Fénélon^ une des pi^es les plus touchantes qui soient au théâtre. L'auteur j fait preuve d'une souplesse de talent bien rare* Par cet ou vra^e^ où il prête ^ /^<;ft^a/2 une bonne action que cet arche vêq je eut étë capable de faire et que Fléchiero, faite , Cliénier mérita la haine de l'intolérance irreligieuse sans se concilier le suffrage des dévots* La représentation de cette pièce où Ton voit un pontife compatissant aux faîblessses humaines , est défendue aujourd'hu^en France comme elle le fut lors . de l'autre terreur ; tant il est vrai que les hommes exagérés se ressemblent. Les nfts trouvent que c'est trop relever , les autres trouvent que c'est trop abaisser un prêtre que d'en faire un homme ! Fénélon leur répondrait comme' Térence r homo sum , humani nihîLa me alienum*
Timoleon dont les répétitions lurent interrompues quelques mois avant la mort éC André Cliénier et qui fut représenté peu de tems après celle de Robespierre^ obtint un grand succès. Les sentiments républicains dominent dans cette tragédie , où cependant à l'exemple de Voltaire dans Brutus , Ch^nUr a eu Fart de con^ citier les sentiments naturels avec les devoirs du cî^ toyen. Timoleon n'offense ni les uns ni les autres^ il n'est ni faible ni atroce : il fait pour prévenir la perte de son frère et pour empêcher l'asservissement de sa patrie , tout ce qu'on doit attendre d'un héros. Sa situation est éminemment tragique. Il s'en faut de beaucoup que Laharpe qui a fait un Timoleon , se soit élevé dans ce sujet a la hauteur de Chcnier.
A l'exemple des anciens , Chcnicr fait intervenir le peuple dans cette tragédie , coupée de choeurs. La musique de Méliul n'a pas peu ajouté h l'effet de ces cbœurs qui sont fort beaux par eux-mûmes*
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Quelque succès qu'ait obtenu Timol/on « il fat plèii» 4dt une source de peines que de jouissances pour Chénier^ puisque Ton «n prit occasion pour Taccablcr des ca— loninies. dont nous avons parle et qu'on s'appuya àvk choix de ce sujet pour affirmer que l'auteur ne l'avait traité que dans l'intention de faire applaudir en scène ces propres principes et ses propres actions.
Soit par suite des dégoûts que lui causa tant d'à-* cliarnement , soit par suite des occupations que lui donnèrent les affaires publiques , Chénier laissa passer plusieurs années sans rien produire de nouveau aa théâtre. Ce n'est qu'à l'époque du couronnement de Napoléon qu'il donna Cjrrus. Ainsi que M. de Lalfy^ TollendaletM* de Chateaubriant , Chénier avait trouvé de grands traits de ressemblance entre ces deuxcon*quérants (i) qui relevèi'ent les autels.
Cjrrus n'eut pas de succès ^ et ce n'est pas îi ses déifeuts comme ouvrage dramatique , qu'il faut l'imputer* Chénier en consentant h faire cet ouvrage pour la cour , js'était mis dans une situation des plus fausses. Après avoir agi si vigoureusement contre la monarchie , il jie pouvait guère écrire pour un monarque sans se com^ promettre ^ d'ailleurs son caractère inflexible ne lui per-<^ mettait pas d'abjurer ses principes. Aussi se reprodui-' sait-il à chaque vers dans cet acte de complaisance^ oîi les éloges même étaient des conseils. Les éloges déplurent au public , ies conseils ne plurent pas kvL prince ^ et Chénier perdit sa réputation d'indépendance par celui de ses ouvrages qui devait peut-être la lui jnériter le plus. Sous le rapport littéraire , Cynis qni contenait de grandes beautés , n'était pas exempt de défauts. Cette imitation du Cyro Riconosciuto de Méi€u^ taxe , rappellait un peu trop Mérope qu'elle n'eût jamais fait oublier. Le style y est aussi souvent épique que tragique. Il offrait toutefois des morceaux d'un ordre supérieur , tels que la prophétie de Daniel qui
(i) Vojcï la préface d'Ata^a^
ÇjOo^z
.ouvrait le stcond acte , et le serment par lequel Cyna «ouronné terminait la pièce , et dans lequel on te-v marqua ce vers :
« Je jore > »•
V DeAoufBrîr la verla , de permettre la gloire. .»
Ce v^xs et tant d'autres qui lui ressemblent , ne sont . pas d*un flatteur*
Depuis Cyras , Chénier ne fît rien jouer de nouveau^ Il n'avait cependant pas renoncé au théâtre. Six ou-*- VI âges trouvés après sa mort dans son portefeuille , en font foi. Ce sont rOEdipe^Roi et VOEdipt h Colonne^ traduit de Sophocle -, un Tibère , un dont Carlos ^ ■une traduction de tEcaU du Scandale de Sliéridnn p et une imitation du Nathan Lesage de Lessing. II avait commencé aussi un drame de PVerthet dont plusieurs personnes ont entendu des fragments ^ je ne sache pas «qu'ils se soient retrouvés dans ses papiers.
Indépendamment de ses compositions dramatiques « Chénier a fait nombre d^ouvrages en divers genres do littérature; des épîtres, des satires oii Ton retrouve l'esprit philosophique et sardonique de Voltaire. Comme ce grand homme il s'y venge par le ridicule des enne-' mis qui depuis si long-tems s'efforçaient de le rendra odieux , et tout en défendant sa propre cause , il sert celle de la i*aison et de l'humanité. ^
Chénier n'excellait pas moins âans la critique que dans la satire \ le rapport quUl a fait au nom de l'ins^ titut sur l'élat de la littérature en France depuis 1789 jusqu'en 1809, (i) est un monument qui ne fait pas moins 4i'honneur à la pureté de son goût qu'à l'étendue de ses connaissances. A quelques articles près , il est écrit avec une grande impartialité. Un autre morceau da même genre qui nous paraît mériter les mêmes éloges , sans restriction , est celui oii Chénier juge le juge suprême de l'époque , celui oii il fait l'examen du cours
de littérature de Laharpe , cours dont les dernières par^. * ■ ■ ■ ■ "^
fi) Cet ouvrage vient d'être publié en Frauoe,
tits ne méritent pat ^ beaucoup près Pestime qu*on n» peut refuser aux premières.
Si Ton ajoute aux ouvrages dont nous venons de Taird
. Tënumëration y ceux du même auteur qui ne sont pas
encore publicfs , on sera surpris qu'un homme occupa
* d'autre part de travaux politiques ait pu suffire à tous
«es objets, au milieu de tant d'agitations.
Nommd représentant du peuple en 1792, ChénierRt partie des diverses législatures qui se succédèrent depuis cette époque jusque celle de l'extinction du tribunat.
Nous craindrions de fatiguer la patience du lecteur en suivant Chênier dans tous les détails de sa carrière politique. Ce serait recommencer Thistoire de sa vie et refaire celle de la révolu tioif. Chénier prit une part très-active h cette révolution ^ mais il ne faut pas pour eela le confondre avec la masse des révolutionnaires* Il voulait un autre gouvernement, mais non la destruc-^ tion de tout gouvernement. Chénier voulut la destruc* tion de la 'monarchie , mais non le règne de l'anarchie ; il voulut l'établissement de la république et non celui de la terreur. On sait qu'il professa toujours les opinions de l'illustre et malheureuse députation de la Gironde.
Au reste , si Chênier sous les rapports politiques n*a pas été exempt d'erreurs, du moins n'a -t -il jamais laissé passer sans la saisir l'occasion d'adoucir ou da réparer les maux que la révolution avait faits à Pétat ou aux individus.
Il s'opposa continuellement à la proscription de Z^o* harpe qui dans &es éternelles diatribes n'a cessé de l'at-taquer sous tous les rapports. 11 provoqua le décret par lequel les législateurs rappellèrent le général Monr» tesquiou et le citoyen Talltyrand Perigord qui, depuis , lui en a témoigné sa reconnaissance en tant d'occasions.
C'est sur sa proposition que la convention , par trois décrets consécutifs, distribua des secours aux gen&da lettres et aux artistes nûnés pai* le loal^ur des teias,
•t Ton sait que dans les bases qu'il donna à ectte rê^ partition des largesses nationales, il avait fait abstrac^^ tion des opinions pour ne faire valoir que les droits «lu mérite.
C'est par ses soins aussi que la France vit reparaître ces'' sociétés si utiles à la propagation des lumières ^ il la conservation du goût , h l'entretien de l'émulation , et que les académies rétablies sous le nom d'institut ^ formèrent .l'association la plus imposante qui ait ja- ' nais existé dans l'intérêt des sciences, des arts et des lettres*
Après la destruction du tribunat , i! fut nommé inspecteur général de l'instruction publique , et rempUi ces fonctions avec un zèle égal à ses lumières, et pourtant il était déjà travaillé de la maladie 'qui affligea lea dix dernières années dé sa vie et le conduisit doulou*^ reusement au tombeau.
A ces souffrances se joignirent celles de la pauvreté* Une épître pleine de talent et d'indépendance , Tépîtrc à yoUairc , lui fit perdre une place dont les appoin-*^ terne nts fesaient sa fortune , et Chénier a'a jamais rieo retiré de son talent ni de son crédit.
Il soutint ces revers avec une grande constance et •hercba sa cons<»]ation dans les lettres. C'est alors qu'il lot au lycée du Palais Rojal , quelques dissertations sur les anciens poètes français. Jamais professeur n'ob-v tint dans cette chaire de succès pareils à ceux auxquels sa santé le força de renoncer. Sa fortune était devenua meilleure^ u;ie pension de 8000 livres lui avait été donnée lorsque sa maladie fugée depuis long-tems in^ curable par lui-même, Temporta enfin le 10 janvier i&i 1 1 k l'âge de quarante- huit ans.
BOUCHE DE FER
— Notre petite revue des principales feuilles da la Belgique a soulevé contre nous toute la gente jouraa-
liste. II faut qu'on ait pris nos raisons pour des in^ jures , puisqu'on nous a répondu des injures pour des raisons.
Le journal de la Flandre Orientale est le seul qxn ait entendu }a plaisanterie ^ il n*a pas craint de transcrire iine critique purement littcraire , il a fait plus , il s'est amendé , et tandis que ses confrères nous reprochent un bienfait qu'ils ne nous ont point accordé ^ il a élevé une voix éloquepte en faveur de cette hospitalité dont on parle si bien et qu^on pratique si mal.
Le premier moment de colbre passé , le journal de^ Oand est venu à résipiscence^ il a reconnu ses torts ^ il n'a pas voulu se montrer inuariable même dans sou, ressentiment.
Le Mercure - Surveillant ne nous a épargné ni Ie& . reproches , ni lés avis. Il nous a conseillé d'aller Ik l'école de la modestie. Plus justes dans nos observa.*^ tions y nous nous joignons h ses abonnés pour le rtn« voyer tout- bonnement à l'école.
Quatat au Moniteur Belge , le public Pa vu , avcé peine , se défier de ses propres forces au point d'inw plorer l'assistance des rédacteurs de l'Oracle pour répondre à une épigramme par un article en forme de dénonciation ou plutôt par une dénonciation en forme ^ d'article. .
Quoi! pour od mj^'gre auteur qae je gloie* en pfiSMiil Est- ce un crime après tout et si noir et si grraad ï Et qui voyant un fat s'^applaudir d'un ouvrage Où la droite raison trrhuchc \ chaque page, Tîe sVcrie aussi-lût : V impertinent auteur! V ennuyeux écrivain ! Le maudit traducteur l
BoiLEAir.
Les napoléon ont changé de nom* Ort ne les appelle pas des louis de peur que Ton ne dise que les louis d'autrefois valaient mieux que ceux d'à -présent 5 mais des de'sùxs , et tous les partis ont adopté cett# dénomination.
Googlç
— Quolqne la capitale de France jouisse , suîvaift leg Journaux , de la plus parfaite tranquillité , le ministre àe la police enjoint à la garde nationale de multiplier les patrouilles , et tout récemment une sentinelle à dijc heures du soir , tira^ur un passant qui ne répôhdait pas au cri de ^lîi vive. Pour peu que la sécurité et le bonheur des Parisiens s'accroissent encore , on ne pourra plus , comme dans les yilles de guerre , sortir après la retraite sans se faire escorter d'un falot.
— Les journaux anglais ont annoncé que le pape avait envoyé au prince régent , à lord Castelreagh , Toire même à M, Hamilton , r Apollon du BeU^édère , le Torse , le Laocoon et plusieurs autres chefs - d'oeuvre
. de la sculpture antique. On demande si c*est comme présent ou à titre de pot de vin i [ Voir la dialogue 4c Puscjuin et de Marforio page 338» }
AVIS
Aux Rédacteurs de Journaux.
Messieurs , X«e peuple de l'Europe qui spécule le plus et le mieux , est sans contredit le peuple anglais. C'est lui qui , par ses vastes conceptions , a reculé si loin les bornes du commerce. On lui doit les maisons d'assurance contre les incendies , la grêle , les déhordemens ,^ les épizooties et autres maux qui désolent la société ', établissemens aussi utiles aux propriétaires que profitables aux assu-» reurs. Il yient de se former à Londres un nouvcl'éta-< blissement de ce genre , qui offre d'assurer les journaux: contre tejfet pernicieux des éteignoirs. Voici les principales conditions.
« i^. Les rédacteurs devront , en parlant du ca/Yic- » tère personnel des souverains et princes étrangers , de » la légitimité de leur dynastie et des actes de leur gou-^ y» vernement , etc. etc. , employer autant que possible , » l'apologue y l'allégorie , l'allusion , la prosopopée et s la réticence*
» 2^4.Tls chercheront dans les tnCeura. anciens et xq^ » dénies , sacrés ou profanes , éti'angei'S ou nationaux ^^ » ôts (mils éC histoire , des portrxils , des réflexions , » ete. etc., ^uî auront un rapport , plus pu moins di- » rect avec leur sujet. Ils transcrii^nt ces passages dans. » leurs feuilles sans j ajoiitet* aueuae réfTexion . ayant » soin seuiem/ïnt de les placer sous ua tilre remarcjuablé^ j» et à tari ic le du pays auf[uel appartiendra le perso n-* » nage cju'ils aju'ont en vue L^ foulfe des Tecteurs est 'i» aujourd'hui assez. rnsUniîte pour ne pas. se tromper » sur Ta pplf cation.
» 3^. £nfin , quand îb seront obligée dfe paiHer a^r
* pi*ogre , ils s'abstiendront de faire usage du diction- 9 naire de Tacadc^inre. Ils devront nécessaireraent se-
* servir du no^iy^au \'Ocabidaire ^ conçu et mis au jour / »» en i9n^ , par le docte abbé^ de M. ; revu- et- aug^
» jnentë en iBi5 par un gros et puwsant seigneur-j » corrige et perCbctionn*^ en i8i6, par une société d'il-
* lustres savants qui n'existent plus. Un exemplaire de » cet ouvragn sera remis, au jo^ucnaKste a^vec la grosse » du contrat d'assurance » . -
Ces conditions acceptées, et moyeni>ant une modîq«ie rétribution de cinq pour cent sur le prix de l'abonnement ^ tout journal sera garanti, des ri^iques à courir sur mer et sur terre ^ soit de la pai*t des sbires de la police , des ministres ^ des< cours, p^rév.ôtales , des inquisiteurs , des Algériens et autres h k h h ^ etc. etc.
— On a i*einarqué que le duc da'FelWe qui était j^*venu au grade de lieutenant gcuér' il sans avoir îamais assisté à une bataille, a obtenu le bAton de maréchal après samémorabje expédition, par le télégraphe,, de l'ordre d'arrôtcr et de condamner le brave général Travot.,
C'est ainsi ^ue ^ous Louis xui , Vitri ^ capitaine dca. jardes-du-coi ps , r^çut le bafon de marcfchal aprës avoirété chargé d'arrêter le maréchal d'Ancre et après l'avoir fait assassiner sous prétexte de résistance. C'est ainsi que Themines obtint la même récompense poucavoir arrêté le prince lit Coudé.
Qoo^^
L'abbf^ Millot ,*t]ans son h istoire gën^rale toiii« nr^ >page ^4 « ^^^^ ^^ réflexion suivante sur ces étranges promotions : Qiuel gouvernement que celui où de tels exploits conclulsent aux plus grands lion ne urs milifaircs l
— îl vient de paraître h Bruxelles une nouvelle éditioit de rEpiTHE A VoLtAïKE ♦ , de M. J. tlhênier. On ksiit combien de chagrins valut à l'auteur la pi-emière publication de cette ëpître tjue Tempereur regarda toujoui's comme une satire pereonnelle , et que ne pren^ dra pas «ans doute pâur un éloge , un autre gouverne* ment qui , à la gloire près , ressemble beaucoup au. gouvernement de Bonaparte. On y remarque les ver* suivants qui ont tout le charme de la nouveauté tt k mérite de Ta- propos.
Voilà donc le parti qui veut par ses outragei A la liublique estiai« arracher tes ouvrages , Qui.préleuu imns appel condamner k TuubU Cn ficelé où ia raison vit son règne établi.
Mais la pensée bumaine est Tame toute entière. Lu mort ne «Jctruit pas ce qui nV>st pas matiica. Le pouvoir absolu sVfibrcerait en vain ly anéantir l'écnt né d^uu suuAle divin , Du /roui de Jupiter , c^est Minerve élancée. Survivant au pouvoir , rimmorlelle Pensée , Reine de tous les iieu^L et de tous les iastami Traverse ravenir sur les ailes du tenif.
AVIS, . Dan» Vintervalle qui s'est écoulé entre la publica* tlon de la 40'"*' et de la 4ï«™* livraison , nous avons pris les arrangements et les clispositions nécessaires* «oit pour rerniplacer le Nain Jauns par uqe feuillr pcriodi(fiie , soit pour publier un troisième volume enriebi de six caricatures. Dans la dernière livraison nous annoncerons définitivement de quelle manière nous comptons répondre à Timpatience et aux nombreuses demandes de nos souscripteurs.
* (Jiez Weissenbruch , imprimeur du Roi , et ckci to«e les li« llrairee de Bruxdies. Priji ^x i ir. Se c.
LES AUMONIERS.
CMAVtifïï* À I ■ : Du vaudeville de M, GuiUmmméà ' Da boB Tieax temt ▼*Li-z-cDCor« une mcture , Qni , \eM réponJi > fera chérir oot^ bon roi. h'jr u pai d'daDgrr q* ton armée en monnore. Elle m. prouvé qa*elle a d* la foi , Bien q* des petits blanc* Taîr gaerricr en impoMif En les Tojrant j ^disais V premier :
A c* te troupe-là il manque quelque ckoM , . C'était un aum^er. ( hi». )
Puiaq* c'est ainsi qu^agissaient nos ancêtres ^ A c* te loi -là je donn^mon adhésion , En attendant des légions de prêtres ,
V* la-^un prêtre par légion.
Ces jeuuts conscrits qui sortent '^^ leur famillo ^ Qui b* connaissent pas les ruses du métier , Qui n^ saTelit ni boire , ui cajoler les filles , L'apprendront d^ raumônier. {^his.) 5, Au lien de chants d^ victoire et d'allégressa, Qu^'ls entendaient autrefois répéter ; Kos fiers conscrits n'entendront plus q^ la i
N'y a plus de Te Deunt à chanter.
£n paradis ils iront tons snns peines , Pour c*qu "^est d*la gloire on ne saurait nier , Fau-z-y renoncer , lorsque pour capitaines On a des aumôniers* ( his, )
clUDéiuecito.
loi 90!f DAltElVTALB , ARTICLE IV. — EXTRADITION D^