‹ LE NAIN NOIRChapitre 1 sur 99 · LE NAIN NOIR · texte numérisé non relu

LE NAIN NOIR

Nous avons réuni dans ce volume las plus saillantes des fictions légères échappées à la plume du romancier calédonien. Plusieurs n'ont pas encore été produites en français ; telles sont : la Fan-' iasmagorie , rEyrbiggia-Saga et la Mort de Jock, Nous y avons ajouté la description du domaine de Walter Scott dans son pays natal, description faite, dit-on, par un Américain. On aime à connaître les moindres détails de la vie d'un grand écrivain : Tibur et Femey ne cessent d'attirer la foule des visiteurs, amis des arts et des lettres ; Abbotsford aura inévitablement son tour, et s'il ne doit pas attirer une foule aussi considérable de pèlerins littéraires, ils ne seront ni moins fervents ni moins enthousiastes , car ils viendront dans le but spécial de voir ce lieu retiré , les montagnes nébuleuses de l'Ecosse ne pouvant leur offrir le même attrait que les Alpes et les Apennins, sans parler des souvenirs que réveillent la Suisse et l'Italie, cette terre classique des arts, dont le beau ciel est déjà, seul, bien plus que suffisant pour motiver les douces prédilections du voyageur.

Enfin, le peu d'étendue des matières qui composent ce volume nous ayant permis de rechercher d^autres productions de Walter Scott, qui par leur brièveté pussent encore y entrer, nos regards se sont arrêtés sur un essai de tragédie en prose ayant pour titre * la Maison éCJspen^ et nous en présentons de même la traduction. Le motif de notre préférence s'explique par l'analogie du genre tout à fait germanique de cet opuscule avec le genre sombre de la Melpomène anglaise. La Maison d'Aspen sera , du reste , pour nos lecteurs un sujet de comparaison avec le Tribunal secret de M. Léon Thiessé, tragédie qui a été représentée avec succès sur le théâtre de l'Odéon.

LE IVAIN HOIR.

INTJRODUCTION

MISE £N T£T£ DE LA PIIEMI^ ÉDITION D'EOIMBOUAG.

«G^eat très-biAD, dit le prêtre; i^portei-nuti .cm lirres, car j^ai envie de les Toir.— De tout mon cœur, té^nfik l*iiéte.i> Et ailMt -à m ckanibre, il en raypoilii BBe Tàlia* ay^nt uo cadenas et une cbaioe ; .et Itaur^an^ il en tira trois gros yolumes et un manuscrit en beaux caraelères #6critare. Don Qursotte. Partie I, ohap. 8t.

Comme je puis sans vanité me flatter que le nom et les qualité^ officielles détaillés en tête des présents prolégomènes leur assu* reront de la part de la portion sensée et réfléchie du genre humain, à laquelle je désire qu'il soit bien entendu que je m'adresse, 4oute l'attention qui est due au diligent instructeur de la jeunesse .et à l'exact observateur de ses devoirs du dimanche, je m'abstiendrai d'allumer une chandelle en plein jour, ou d'ofirir ce produit de mes travaux comme recommandable aux personnes judicieuses qui l'auront nécessairement jugé tel^ d'après la lecture du frontispice.

, Cependant je n'ignore pas que , comme l'envie suit toujours d/e près le mérite , il peut se trouver des gens qui disent tout bas que, bien qu'on ne puisse (le ciel en soit loué ! ) me refuser de Jinstruction et de bons principes, néanmoins l'état que j'exerce à Gandercleugh m'a été plus avantageux sous le rapport du perfectionnement de mon savoir que sous celui d'une extension de connaissance des voies et des œuvres de la génération présente. A une pareille objection, si par hasard elle m'était faite , je ferais une triple réponse.

Premièrement, Gandercleugh est, pour ainsi dire, le point

central, le nombril (si fas est dicere, s'il est permis de parler ainsi),

du royaume d'Ecosse, notre patrie; de sorte que les voyageui^

qui , de tous les coins du pays , sont appelés par leurs affaires ,

Jes uns du côté de notre métropole de la loi, par laquelle dénomi^

nation j'entends Edimbourg , les autres du côté de notre métropole et grand marché du gain, ce qui donne à entendre que c'est Glasgow, se trouvent fréquemment à même de faire de Gander^ (deugh un lieu de reiai et de repos pour la nuit. Et le sceptique te plus déterminé devra convenir que moi , qui ai passé pendant quarante ans mes soirées , hiver et été , excepté celles du dimanche, assis dans le fauteuil de cuir, 'au coin gauche de la cheminée, dans la chambre commune de l'auberge de ff^allace, je dois avoir été plus à même d'étudier les mœurs et coutumes des diverses tribus et nations, que si j'eusse été obligé de me fatiguer par des voyages pénibles pour aller faire mes observations dans les contrées elles-mêmes. C'est comme le percepteur du droit de péage à la barrière très-fréquentée de la grande route de WeUbrae-Head, qui, assis tout à son aise dans son bureau, fait une recette plus abondante que si , allant et venant sur le chemin , il demandait une contribution à chaque personne qu'il pourrait rencontrer dans sa course, tandis que, suivant l'adage vulgaire , il courrait risque d'être salué de plus de coups de pied dans le derrière qu'il ne recevrait de demi-sous.

Mais, secondement, supposons que l'on voulût me presser, en disant qu'Ithacus, le plus sage des Grecs, acquit son grand renom, comme le poète romain nous l'assure, en visitant les pays et les hommes, je répondrai au Zoîle qui s'attachera à cette objection que, de facto^ j'ai vu des pays et des hommes, moi aussi; car j'ai visité les fameuses cités d'Edimbourg et deGlasgow> deux fois la première, et trois fois la seconde, dans le cours de mon pèlerinage sur la terre. Et de plus, j'ai eu l'honneur de m'asseoir à l'assemblée générale (comme auditeur, dans les galeries), et j'y ai entendu dire de si belles choses sur la loi du pâturage, qu'après les avoir fait fructiGer dans mon esprit, j'ai été considéré comme un oracle sur cette doctrine, depuis mon heureux retour à Gandercleugh.

EnGn^ et troisièiçement, si, malgré tout cela, on prétend que ma connaissance des hommes, quelque étendue qu'elle soit^ quelque peine qu'elle m'ait donnée à acquérir, par ma persévérance à demander des renseignements dans mon pays, et par mes voyages à l'étranger, ne me rend cependant pas capable de rem* plir la tâche de recueillir les agréables récits de mon hôte, je ferai savoir à ces critiques , à leur éternelle honte et confusion , aussi bien qu'à l'humiliation et à la déconfiture de tous ceux qui vou*

nîTRODUCTiON. f

draient témérairement me contredire , que je ne suis point l'auteur, ni le rédacteur, ni le compilateur des Qmtes de mon hôte, et que je ne suis pas responsable d'un seul iota de leur contenu, soit &i plus, soit en moins. Et maintenant, 6 vous, génération de cii* tiques, qui vous élevez comme autant de serpents d'airain , pour siffler avec vos langues et mordre avec vos deats , courbez vos têtes jusque dans la poussière d'où vous ôtes sortis, et reconnaissez que vos pensées vous ont été suggérées par l'ignorance , et vos paroles par la folie. Eh bien ! vous voilà pris dans votre propre pi^e ; la fosse que vous aviez creusée s'est ouverte pour vous. Renoncez donc à une tâche qui est trop pénible pour vous; ne détruisez pas vos dents en rongeant une lime ; n'épuisez pas vos forces en frappant du pied contre le mur d'une forteresse ; ne vous essoufflez point en luttant de vitesse contre un agile coursier, et laissez peser les Contes de mon hôte par ceux qui apporteront avec eux la balance de la candeur, purifiée de la rouille des préjugés par la main de l'intelligente modestie. C'est pour eux seulement que ces Contes ont été compilés , comme le prouvera le petit récit suivant , que , dans mon zèle pour la vérité , j'ai cru devoir ajouter comme supplément à ce préambule.

On sait fort bien que mon hôte était un homme amusant et facétieux, très-bien vu de tous les habitants de la paroisse de Gandercleugh , à l'exception seulement du laird , du collecteur de L'accise et de ceux à qui il refusait de donner de la bière à crédit. Je vais dire quelques mots sur les motifs de mécontentement de chacun en particulier, et j'y joindrai ma propre réfutation.

Son Honneur le laird accusait notre hôte, prédécesseur de celui-ci, d'avoir encouragé, en divers temps et lieux, la destruction des lièvres, lapins,^ volatiles noirs et gris, perdrix, coqs de bruyère, chevreuils, daim3 et autres oiseaux et quadrupèdes, en temps prohibé, et en contravention aux lois du royaume, qui ont, dans leur sagesse , réservé le massacre de pareils animaux pour les grands de la terre , j'en ai fait la remarque , qui y prenaient un plaisir extraordinaire , auquel, quant à moi, je ne comprends rien. Maintenant, avec Thumble déférence que je dois à l'honorable laird, et pour la justification de mon défunt ami , je répondbrai à cette accusation, que , quelque ressemblance que l'on pût trouver entre ces animaux et ceux qui sont protégés par la loi, c'était pourtant une pure deceptio visûs ,- car ce que Ton prenait pour des lièvres était de jeunes moulons, et ce qui paraissait être

n lE NAIN NOIR.

àmco^ de broyèrer, était réeRemeni dm pîgeoiû^ ramiers, 6t^ servitt^et tÊmagés ea nomine , et ûon aotremetit. . B^u» attCre télé y te coltectemp de Faeeise prétendait que fea ' «NM Adiv encourageait cette espèce de manofaetinre appelée À>' iVia&on^ sans avoir une autorisation ^ciale de la partdes grand», appelée en termes techniqnes une Uetnce. Sb tnen! je me pré-sente pour eonfondve cette fausseté , et en dËépit de lui , de sa^ ^ îange, de sa plume et descm éeritoire, je lui déclare que je n^i }Hhaîs yu:^ ni goûté un rerre d'ean-de-vie ttlidte dffiis kt maison' démon Mlr; et jedis plus^ c'est qu'au contraire nous n'avions paSj knoifr d^ceer de pareiHes sopereberies à l'égard d'une liqueiti' agréaUe et un peu séduisante, débitée et consoimnée à l'auberge de Fy^êMaee , soua le mon de Rosée des MtmAagmn. S1I f a une' peiM prononcéef contre la fabrication d'une pardile liqueur, 4if H* me montre la toi, et alors je lui dirai û je veu^i m'f êoBtùt^ nier 00 non.

Qoanl à cecoL qui venaient demander à bolr^ k rnavi Mi4^ et tfà fen rétoïK'Hafent le gosier sec, faute d'argent pour te lÈfh^ ttenf , m de crécfit ponr l'avenir, je ne puis m'empéetier de (Mre: que mes entraifiee en ont été émues , eoinme si la chose m*eêi regardé personimlfement. If^nmoins movi MV^ avait égard anx liéeesfitttés d'^n» pauvre diabte altéré, et tni permettait, dans «n^ tesotn extrême, et lorsqu'il voyait que son estomac était appauvri iMr le insmque de moiteur, cte boire jusqu'à concurrencede Telh fiftre vatenr de sa montre on de ses babits , à PexcfcKâon (ontefo^ des vêtements inférieurs qu'il le forçait inexorablement à gardait, penr f honneur deaa mmson. Quant à moi, je puis bie^i dire qff il fie m'a jamais refesé la petite dose de rafiralebiss^nent avec M*^ guetté far rHabitode dé tanîmer mes esprits, après lés fatigues dt ÊÊiM école. B est vrai que je donnais à ses cinq garçens des leçoM dTangUâs^et de latin, d^^éeriture, de tenue des ^», avec jêù^ Mhtaife ctes^matilématiqees, et que j'enseignais le ptain-ehant à sn fiUe. Mais, borsces petits verres^ je ne metsouviens pasd'aveît jÉSMisi rien reçu de lui, à titre d'appointements, ou âtkanom^ rkm^ ponr cet objet ; et néanmoins cette sorte de compensatfoft eesrvenaît parhitement à mea Habitudes , car c'est une terrible sentence que celte qui condamne un gosienr altéré à attendre le payement du prochain quartier ^ .

Mals^ dans le fhit, ets'itâtutqnejediselachoêeMïequejela

i: fin Anglf ferreoti paie par quartier, et non par mois. a. a.

cospiiSy japraM qœ e» qaieBfmoa<^|vnd|Hilaneak mon Mit à àkûget eue mt fiiveiir à^ .habîtade d'exiger le pftyeioeiit de ràiot r ^éfaHtJe:|iaî8tt'qii:'iL {ffenaiti €rï saàSesSy qisi,. qaoiqneaB feni sobde et éttiiote, était comme aa priMlneii fattÊ, iMTce^ <|iie je TenlxeBB^is de réeîte facétîei»x et dë^bcaoB: iDots , qcà étakait eoBoto» des déeoratiûi» et des orne*

qomtfai'û Irisait dniSGeaeailoqaes, qa'U n'y ai^: []i» de disliiet ettSeQ68e;y.c|iie^di»*j0l il D'y «fait, pour ainsi dire, pas une ccniJÊBi» poeticcdièBe eCdiatiiietiw^ qui ne devtnt le sojett d'ane dis^ scBtaÉk» «tse B0i]8^ an pomt qaeeemLqal non» eatourai^ avaient coutume de dire que le plaisir de noua eateifedrs nooe ceanmiàiq^rarniiaiidéeaTataitaëut sne booteille d'ale: Uiaeriiaît mène qiie 4ei'?eiyftg«iS' venant de paya éloignéSy ou deaoantfii^ leaphis racolés et rÉeesa^ anotfimnt.à notre conversation ^ et mâia dAntaîesb d»KNrrriles ieciieillîe& dus tespayaétrangexs^ oat SBOvéïa de ISaoUL dsaainûtreiiKipre pairie. '. Or ft advînt qfmpBnisMt oa engagement,, peur rmstroetim des dansasF snpéiieiBns de nmnj écde ^ aiwe .un jemte koBoine nommé Peter, ou Patcieli.BaltieaMir qui avait été étevé pouruclre sainte ÉgUse, qui même, en vertu de licence de la part du Près--» bytérey avait fait entendre sa voix comme prédicateur. Il prenait plaisir à faire des collections de vieux contes et de vieilles légjmdas, et à Tes orner des fleurs de la poésie^ dont il était un vain et frîvoTe amafeur ; car il ne suivait pas Terempte dé ces poet^ nerveux que je lui proposais potir modèle, mais s'attachait à cette versification moderne de contexture faible, qui exige fort peu de travail, et encore moins de présence d^esprit. Aussi m'arrivait-il de lui chercher querelfe, coonne se mettant au nombre de ceux qui veulent opérer la funeste révolution annoncée par sir Robert Carey,^ dans sa prophétie sur la mort du célèbre docteur John Dmme:

é M fTlsMft ^e^tu tffpaint, la ïfA» inradtniirt Irof lévëve» p««r le» poèlsf qni m permeUenl des licences ;a« point que la poésie, que tu «yais épurée, n^eat plus aiD|biirâ^liiii qo%ne rersiflcfltion de ballade.»

le^&puttta aussi avec ioîaa sujet du trop* grand penchant qu'il amît pour cai style eonlant et redondant , plutôt c|ue pour une dîetiem caeneiee et grave dans ses compositions- ea prose. Ha^, mtijsfé eeaaymptâmesd'un goût dépravé et sa manie de contre-:

dire ceax qui avaient plus de connaissances que loi sur des passages d'auteurs latins qui présentaient un sens équivoque, je fus profondément affligé de la mort de Peter Pattieson , autant que sll eût été mon propre enfant; et comme ses papiers avaient été conflés à mes soins (pour garantir le payement des frais de maladie et d'enterrement), je me crus en droit de disposer d'un paquet qui avait pour titre : CotUeÉ de mon hôte , et de le céder à un homme expert dans son métier, comme on l'appelait, de vendeur de livres. C'était un homme d'un caractère gài, d'une petite taille, habile à contrefaire la voix des autres et à débiter des contes et des histoires facétieuses, et dont j'ai beaucoup à louer la conduite qu'il a tenue envers moi.

On peut donc voir maintenant l'iiqustice qu'il y aurait àm'accuser d'incapacité pour écrire ces Contes, si l'on considère que, bien que j'aie prouvé que j'aurais pu les composer, si je l'avais voulu, cependant, comme je n'en suis réellement pas l'auteur, la censure, si censure il doit y avoir, retombera avec raison sur la mémoire de M. Peter Pattieson, tandis que l'éloge, si éloge est dû, me revient de plein droit, vu que , suivant l'expression spirituelle et logique du doyen de Saint-Patrice :

La caase dans laquelle une chose n^est pas Edt cause nalle en tons les cas.

L'ouvrage est donc pour moi ce qu'un enfant est pour un père, dans lequel enfant, s'il tourne à bien , le père trouve honneur et applaudissements, tandis que, dans le cas contraire, la honte s'attache justement à l'enfant seul.

Je n'ai plus qu'une observation à faire; c'est que M. Peter Pattieson, en préparant ces Contes pour la presse , a plutôt consulté son caprice que l'exactitude de la narration \ que même il a quelquefois réuni deux ou trois histoires, dans le seul but d'ajouter de la grâce à l'ensemble de sa composition. Quoique je désapprouve cette infidélilé, et que je m'inscrive en faux contre elle, cependant je n'ai pas pris sur moi de la corriger, attendu que la volonté du défunt était que son manuscrit fût imprimé sans aucun changement, ni aucune diminution-, bizarrerie d'exactitude de la part de mon défunt ami, qui, s'il eût pensé sagement, aurait dû me conjurer, par les tendres liens de notre amitié et de nos études communes , de revoir avec soin , de changer et d'augmenter ses écrits, suivant que mon jugement et ma prudence me

rindiqueraient. Mais la volonté des morts doit être scrupuleuse* ment obéie, même lorsque nous déplorons leur entêtement et leurs illusions. Ainsi, mon cher lecteur, je prends congé de vous au milieu des jouissances que vos montagnes vous procurent; j'jyouterai seulement que chaque Cionte est précédé d'une courte introduction , faisant mention des personnes par lesquelles les matériaux ont été rassemblés et des circonstances qui ont amené leur publication.

JEDEDI4H GlEISHBOTHàM.

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